McGill - Relier la planète universitaire

Depuis toujours, les universités cherchent à tisser entre elles une multitude de liens. Bien entendu, il y a la kyrielle d'ententes bilatérales ainsi que la mise en oeuvre d'équipes conjointes pour réaliser des projets d'envergure. Mais il y a également l'approche Universitas 21, un consortium rassemblant une vingtaine d'universités qui cherche d'une manière très simple, presque informelle et avec de petits moyens, à établir divers niveaux de collaboration.

Créé à Melbourne en mars 1997, le consortium Universitas 21 rassemble aujourd'hui 19 universités réparties dans douze pays couvrant l'ensemble du globe, de l'Australie au Royaume-Uni en passant par l'Amérique du Nord et l'Asie. «Il ne s'agit toutefois pas d'un regroupement de 21 universités, le chiffre 21 signifiant plutôt XXIe siècle», indique Jan Jörgensen, agent de liaison à l'université McGill pour le programme Universitas 21, et vice-doyen de la faculté de gestion Desautels de cette université.

Il s'agit en fait d'un regroupement d'universités axé sur la recherche qui a pour objet de favoriser l'internationalisation de ses membres, notamment en facilitant les échanges d'étudiants et les visites de recherche à court terme. Universitas 21 compte des institutions aussi diverses que les universités de Birmingham, d'Auckland, d'Édimbourg, de Hong-Kong, de Singapour, de Glasgow, de Melbourne, de Queensland, de Nottingham et de Virginie. Côté canadien, seules les universités McGill et de Colombie-Britannique en font partie. «Récemment se sont ajoutées à notre réseau deux grandes universités chinoises, dont celle de Shanghai», souligne avec satisfaction M. Jörgensen.

Mine de rien, le réseau constitue ainsi une grande force universitaire puisque, collectivement, ses 19 membres totalisent 80 000 professeurs et chercheurs ainsi que 800 000 étudiants, et disposent de budgets dépassant les

10 milliards de dollars. «Notre raison d'être, poursuit M. Jörgensen, est de favoriser les échanges étudiants ainsi que les collaborations en recherche.» Il s'agit aussi de créer des liaisons à un niveau qu'aucun de ses membres ne pourrait obtenir par lui-même ou par l'entremise d'ententes bilatérales.

Petit train va loin

L'une des caractéristiques du consortium Universitas 21, souligne le représentant de McGill, est de faire les choses modestement. «Nous opérons avec des budgets modestes et nous n'aspirons surtout pas à devenir une grosse organisation. C'est actuellement une petite organisation toute simple et nous en sommes fiers!»

Trois grands types d'activités sont préconisés par Universitas 21. Il s'agit premièrement de faciliter les échanges étudiants entre les universités membres. Ainsi, à cette fin, l'université McGill offre chaque année des bourses de 1250 $ et de 2500 $ pour permettre à une vingtaine de ses étudiants d'aller suivre des formations dans l'une ou l'autre des universités membres d'Universitas 21.

«Les montants que nous offrons peuvent paraître modestes, avoue sans peine M. Jörgensen. De fait, ils le sont. Mais ce qu'il faut comprendre, c'est que ces bourses servent surtout à défrayer les coûts de transport pour se rendre jusqu'à l'université choisie. Or, une fois l'étudiant sur place, il ne lui en coûte guère davantage que s'il suivait sa session ici à McGill.» D'ailleurs, les frais d'inscription aux cours de l'université étrangère doivent être les mêmes qu'à McGill. Or, comme les étudiants québécois bénéficient de frais de scolarité nettement moins élevés que ceux de la plupart des universités, ils profitent d'un privilège en pouvant étudier chez l'un ou l'autre des membres du consortium Universitas 21. Bien entendu, les cours suivis comptent pour le diplôme que leur décerne McGill.

L'autre volet d'activités que cherche à favoriser le consortium Universitas 21 porte sur la collaboration scientifique. À cette fin, des réunions entre doyens de faculté sont organisées afin de coordonner les recherches. «L'une de nos belles réussites, raconte Jan Jörgensen, est la rencontre des doyens des facultés de médecine.» Entre autres, ceux-ci discutent de «santé électronique» (e-health), c'est-à-dire de l'application des technologies de l'information au domaine de la santé, notamment l'utilisation des mini-ordinateurs pour la prise et le transfert de notes ou encore l'acheminement de l'information médicale via des réseaux à haute vitesse entre de grands centres hospitaliers et des collectivités éloignées. Un autre regroupement de responsables universitaires discute de la gestion et de l'utilisation de l'eau dans les grandes villes afin d'assurer la pérennité de la ressource.

Le troisième grand volet d'activités préconisées par Universitas 21 porte sur l'édition et la diffusion de matériel universitaire en format électronique. À cette fin, le consortium s'est associé à l'éditeur spécialisé Tomson Learning afin de créer une université «en ligne» qui offre des cours spécialisés. Cette «université virtuelle» vient d'ailleurs de décerner des diplômes à son premier contingent d'étudiants finissants. Toutefois, rapporte M. Jörgensen, le projet rencontre certaines difficultés, dont une croissance relativement modeste. De surcroît, le groupe Tomson vient de décider de se départir de sa division électronique, ce qui plonge le projet dans l'incertitude.

Un mode de coopération discutable

Si elle n'est pas unique dans le monde universitaire, la formule de coopération à la sauce modeste préconisée par Universitas 21 soulève quelques interrogations. Ainsi, rapporte le représentant de McGill, certains responsables universitaires se demandent s'il ne serait pas préférable de procéder par des ententes bilatérales ou plus formelles.

L'avenir du consortium sera d'ailleurs traité à l'occasion de son assemblée générale qui se tiendra en avril à Montréal. D'après ce que laisse entendre M. Jörgensen, il appert qu'après dix années d'existence, Universitas 21 se trouve à la croisée des chemins. Vaut-il mieux recourir à des ententes structurées ou favoriser les collaborations interuniversitaires et les échanges étudiants selon un mode informel et plus modeste? Comment faire en sorte de stimuler davantage les groupes d'échange sur divers thèmes de recherche? Et, enfin, comment préserver le caractère unique du consortium Universitas 21? Voilà qui reste à voir.

Collaborateur du Devoir

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