Pays en développement - Le grand défi de la croissance urbaine

Immeuble barricadé de Managua au Nicaragua.
Photo: Immeuble barricadé de Managua au Nicaragua.

Dans plusieurs pays en développement, les centres urbains vivent une croissance fulgurante. Faute de moyens financiers et de gens compétents dans le domaine, la planification urbaine laisse souvent à désirer et engendre une multitude de problèmes pour la population et les autorités locales. Le Groupe interuniversitaire de Montréal (GIM)-Villes et développement a choisi de partager son expérience en études urbaines en devenant partenaire d'universités des pays du Sud, il y a déjà 19 ans. Une aventure pleine de défis.

Généralement de tradition rurale, plusieurs pays en développement voient de plus en plus de familles d'agriculteurs quitter leur terre pour la ville, à la recherche de conditions de vie meilleures. Toutefois, leurs désirs deviennent rarement réalité puisque les grands centres urbains sont souvent déjà surpeuplés.

«Dans les pays en développement, la croissance des villes se fait à une vitesse très rapide. Cela engendre de nombreux problèmes urbains qui affectent particulièrement les populations les plus vulnérables, surtout lorsqu'on parle de villes qui ont très peu de ressources financières et où les ressources humaines compétentes dans le domaine urbain sont encore peu nombreuses. Le développement se fait donc généralement de manière désordonnée. L'urbanisation est en fait l'un des plus grands défis du monde en développement», soutient la professeure-chercheure à l'Institut national de la recherche scientifique (INRS) et directrice du GIM, Anne-Marie Séguin.

Développer des compétences

Fondé en 1988 par des chercheurs de quatre universités montréalaises, soit l'INRS, l'UQAM, l'Université de Montréal et McGill, le GIM a été actif dans différents pays en développement, dont le Costa Rica, le Mexique et Haïti. Soutenu par l'Agence canadienne de développement international (ACDI), le GIM travaille à renforcer les institutions de ses partenaires des pays du Sud. Actuellement, c'est au Nicaragua et au Honduras qu'il intervient, deux des pays les plus pauvres des Amériques. «Nous développons avec des universités locales des programmes de maîtrise avec un volet enseignement et un volet recherche appliquée dans le domaine de l'urbain», explique Mme Séguin.

Le GIM tente d'appuyer les initiatives qui visent à combler les besoins de base des populations des villes. «Nous travaillons, par exemple, sur les quartiers spontanés, appelés aussi bidonvilles. Nous abordons les questions de collecte des eaux usées, d'accès à l'eau potable et aux services publics comme le transport. Dans certaines interventions, nous tentons de sensibiliser la population et d'amener les gens à participer aux choix et aux efforts qui sont faits pour améliorer leurs conditions de vie», poursuit-elle.

Dans le projet en cours au Honduras, le GIM essaie de travailler avec les villes intermédiaires plutôt qu'avec et dans la capitale. «Dans les villes moyennes, il y a encore un espoir de faire une différence, comparativement aux capitales qui sont généralement déjà touchées par plusieurs problèmes très complexes. Si les autorités des villes moyennes arrivent à développer un plan de croissance bien adapté à leur réalité, ce en quoi un projet comme le nôtre peut contribuer, ces villes seront en mesure de capter une partie de la croissance urbaine et ainsi d'enlever un peu de pression sur la capitale», indique Mme Séguin.

Travailler en partenariat

Les chercheurs montréalais du GIM demeurent toujours très connectés à leurs homologues des pays en développement. «Nous travaillons avec nos partenaires du Nicaragua et du Honduras depuis 2004. Ils viennent à Montréal et nous nous rendons là-bas quelques fois par année pour être en contact direct avec la réalité du terrain et pour enseigner, avec nos partenaires du Sud, aux étudiants à la maîtrise ou pour réaliser des activités de perfectionnement destinées aux professeurs», explique Mme Séguin.

La révolution technologique aide également beaucoup les professeurs du Sud et du Nord à travailler ensemble malgré les kilomètres qui les séparent. «Nous nous échangeons des courriels presque quotidiennement et nous nous parlons régulièrement avec un logiciel de téléphonie Internet. Le contact verbal est très utile car, pour ne pas nous heurter, il arrive que nos partenaires ne veuillent pas nous dire si nous faisons fausse route, mais selon l'intonation de leur voix, nous nous en rendons compte», précise Mme Séguin.

Dure réalité des pays en développement

Au fil des ans, le GIM a dû surmonter de nombreux obstacles. «Il n'est pas rare que les universités avec lesquelles nous travaillons connaissent des problèmes. Par exemple, l'université nationale du Honduras a connu dernièrement une crise profonde qui a perturbé son fonctionnement durant près de six mois. Par ailleurs, comme nos partenaires du Sud travaillent avec les villes, lorsqu'un nouveau parti est porté au pouvoir, le personnel en place et les orientations changent, alors nos partenaires doivent recommencer à neuf et tisser de nouveaux liens», soutient la directrice du GIM.

De plus, les salaires des professeurs sont très modestes au Nicaragua et au Honduras, ce qui fait qu'ils doivent souvent avoir un deuxième emploi pour boucler leurs fins de mois. «C'est donc très difficile et exigeant pour nos collègues du Sud, qui témoignent tous d'un très fort engagement. Ils expriment souvent leur frustration de ne pas pouvoir consacrer toute l'énergie qu'ils voudraient au projet», ajoute-t-elle.

Dans certains pays, il est également difficile d'obtenir de l'information, comme des exemplaires de rapports de recherche effectués par les villes ou des firmes indépendantes. «Pour certains dirigeants, l'information, c'est le pouvoir, alors ils ne la diffusent pas. Heureusement, nous n'éprouvons pas ce problème en ce moment au Nicaragua et au Honduras. En fait, les villes avec lesquelles nous travaillons sont très ouvertes et enthousiastes à l'égard du projet. Des maires ont même exprimé le souhait que des professeurs du GIM se rendent dans leurs villes pour rencontrer les professionnels et les élus afin de partager leurs connaissances. C'est une belle preuve de la pertinence de notre projet pour ces collectivités», conclut Mme Séguin.

Collaboratrice du Devoir