Formation à distance - Une nouvelle pédagogie prend place

Saint Paul prodiguait les enseignements de l'Évangile à ses disciples par une correspondance régulière et prolixe. Ses «Épîtres» ont posé les premiers jalons de ce qui est connu aujourd'hui sous le nom de formation à distance. Depuis lors, des milliers d'étudiants ont obtenu leur diplôme et autant de professeurs ont contribué à la popularité grandissante de l'éducation à distance. Mais pour une partie de la population, les méthodes d'enseignement et d'apprentissage qui y sont utilisées se résument, à tort, aux émissions du Canal Savoir. Pourtant, à quelques spécificités près, elles ne sont pas si éloignées de celles employées dans la classe traditionnelle.

Enseigner en équipe

«Enseigner, c'est enseigner, peu importe que ce soit dans un auditorium ou à distance», déclare catégoriquement le directeur de l'enseignement et de la recherche de la Télé-université (TELUQ), Raymond Duchesne. À la base, la formation à distance n'implique pas une approche pédagogique radicalement différente. Les professeurs qui y travaillent ont d'ailleurs tous enseigné auparavant à des groupes universitaires «en chair et en os».

Beaucoup font l'aller-retour entre les deux mondes sans transition problématique. Le recours aux nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) tend par ailleurs à rapprocher les réalités de ces formations. L'élaboration du cours à distance exige cependant davantage de ressources humaines. «L'enseignant est le chef d'une équipe qui "médiatise" sa matière, explique-t-il. Il est entouré de spécialistes en sciences de l'éducation, en télématique, en audiovisuel et en design d'édition, ainsi que de tuteurs et de personnes chargées de l'encadrement. Tous contribuent à la production du matériel didactique ou au suivi des étudiants.»

Repenser le cours

Si les notions restent les mêmes qu'en classe, la manière de les transmettre est tout de même adaptée. «Le prof doit se mettre dans la peau de l'étudiant qui demeure isolé malgré la technologie», remarque le directeur du Bureau de la formation à distance de l'université Laval, Jean-Benoît Caron.

Ce faisant, l'enseignant doit souvent repenser le contenu de son cours, ce qui n'est pas sans intérêt selon le professeur et membre du Groupe interinstitutionnel de recherche en formation à distance de la TELUQ, Pierre Gagné. «Mettre le cours par écrit nous oblige à en refaire l'analyse. On se demande "pourquoi je fais ça?", "est-ce que c'est cohérent avec les objectifs du cours?". C'est un très bon exercice. Cela intéresse nombre de professeurs, car le matériel produit peut être réutilisé en classe.»

Du coup, tous les manuels envoyés aux étudiants des quatre coins de la province — voire parfois même du monde — deviennent des publications auxquelles est attribué un numéro ISBN. Un tel rayonnement professionnel n'est pas toujours possible dans l'enseignement traditionnel. «Et c'est pratique pour les enseignants qui se lassent de toujours répéter la même chose à leurs groupes session après session. Cela leur permet de "canner" [sic] le contenu du cours une fois pour toutes et de laisser le suivi au tuteur», ajoute Raymond Duchesne.

Si la stabilité de la structure du cours est attrayante, elle peut néanmoins se révéler à l'occasion paralysante. «Il est impossible d'adapter le cours à l'actualité, déplore Jean-Benoît Caron. Dans plusieurs cas, comme en science politique, c'est un handicap.»

Le paradoxe de l'autonomie

Pour les étudiants, la formation à distance est synonyme de souplesse. «Le système est flexible. Tu commences quand tu veux. Il n'y a pas un horaire de session fixe», se réjouit Renée Léveillé, une adulte qui a entamé son certificat en gestion des ressources humaines à la TELUQ en 2005. L'apprenant n'est toutefois pas en terrain étranger.

À peu de chose près, les lectures, les exercices et les examens ne diffèrent en rien de la méthode pédagogique qu'il a peut-être expérimentée en classe. Renée Léveillé note par contre que l'éducation à distance demande autant, sinon davantage, de discipline et d'autonomie que la formation dispensée sur le campus. «Plusieurs croient encore que c'est un diplôme au rabais. C'est un gros préjugé, car c'est parfois plus difficile qu'en classe. Je peux en témoigner, car j'ai vécu les deux types de formation.»

Le manque de motivation et les atermoiements accumulés au fil des semaines peuvent être fatals à l'étudiant. La procrastination est en effet la première cause des échecs en formation à distance. Pierre Gagné explique que l'autoapprentissage cultive un vieux paradoxe. «Cela stimule l'autonomie et l'exige en même temps.»

Cela fait dire à certains que la formation à distance ne s'adresse pas à tous. «Ça demande une certaine maturité», admet Lyne Crête, étudiante au baccalauréat en gestion des ressources humaines à la TELUQ. Raymond Duchesne ajoute qu'il «ne recommande pas à un jeune sortant du cégep de suivre un cours à distance». Selon lui, l'expérience du campus est aussi importante que les études.

La bimodalité, le futur de l'éducation ?

L'engouement pour la formation à distance, l'intégration croissante des NTIC à l'enseignement traditionnel et le récent mariage de la TELUQ et de l'UQAM annoncent la venue de la bimodalité — l'offre de la formation sur le campus et de celle à distance par une même institution. Certains dispensent ainsi un enseignement hybride. La faculté des sciences de l'administration de l'université Laval, entre autres, permet à ses étudiants de suivre plus de 55 cours en ligne aux premier et deuxième cycles. Le tiers du baccalauréat en administration peut donc se réaliser à distance. Bien que la bimodalité puisse s'appliquer en théorie à tous les programmes, sa mise en pratique est loin de faire l'unanimité. «Des gens vous diront que tout peut s'enseigner à distance, dit Jean-Benoît Caron. Mais pour les études qui comportent une part de savoir-faire, c'est plus ardu. Imaginez un dentiste suivant sa formation à distance...»

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