Le bulletin des écoles secondaires de L'Actualité - Une étoile de bonne conduite pour des écoles au classement médiocre

Un troisième palmarès des écoles secondaires crée toujours autant de remous: encensé par ses auteurs et critiqué par tout le milieu de l'éducation, il s'arme cette année d'une nouveauté aux couleurs de «valeur ajoutée»...

Le palmarès nouveau est arrivé! Pour les parents, cette année: un classement des écoles, de la meilleure à la pire. Pour les écoles? Une cote de A à D pour qualifier la performance du personnel scolaire. Cette nouveauté décore ainsi d'un A les écoles Saint-Henri (sud-ouest de Montréal) et Lucien-Pagé (Villeray), pourtant classées 329es sur 464 écoles.

Cet outil, qui tente d'isoler la contribution du personnel scolaire à la performance des élèves, était présenté cette année par la revue L'Actualité comme une réponse à la critique omniprésente selon laquelle le palmarès ne tient pas compte des milieux socioéconomiquement faibles dans lesquels les écoles se trouvent. Nouveauté de la troisième édition, la «valeur ajoutée» permet donc de détacher les efforts de l'école — i.e. ceux du personnel enseignant — en tenant compte de quelques caractéristiques de la clientèle qu'elle accueille.

Cent neuf écoles reçoivent donc la cote A dans un tableau qu'on a conçu en marge du classement et qui ne s'insère pas dans la cote globale sur 10. Les écoles Saint-Henri et Lucien-Pagé, au dire des chercheurs liés à l'Institut économique de Montréal et à l'Institut Fraser, démontreraient donc qu'on peut faire progresser les élèves malgré des contextes difficiles. «C'est une manière de leur dire: vous avez des milieux et des réalités difficiles, et ce que vous faites est d'autant plus méritoire», explique Richard Marceau, l'un des auteurs du célèbre Palmarès, professeur à l'École nationale d'administration publique et chercheur associé à l'IEDM.

Malheureusement, impossible de recueillir les commentaires de ces écoles étoiles puisque la Commission scolaire de Montréal (CSDM), qui abrite les deux écoles secondaires, avait donné consigne hier à l'ensemble de ses directions de n'ouvrir ni la porte ni le téléphone à la curiosité des journalistes, histoire de démontrer sa profonde irritation face à l'idée d'un palmarès.

«Nous avons décidé que nous n'enverrions pas des directions au front pour défendre une non-position», explique la responsable des communications à la CSDM, Claudette Lechasseur. «Nos supposées écoles qui performent mieux avec une cote A, on n'y croit pas plus que nos écoles auxquelles on dit qu'elles ne performent pas du tout», explique le commissaire indépendant Robert Cadotte, président de la commission pédagogique de la CSDM. «Jamais on ne concédera que ce sont des écoles miracle», ajoute-t-il, réitérant sa profonde conviction que cette étude prône une idéologie dont le but unique est d'encourager les parents à voguer vers le réseau privé.

Cette année encore, le privé occupe en effet le haut du classement, avec 87 des 100 premières places, contre 86 l'an dernier, et des notes toutes supérieures à 7,7 sur 10. La cote globale est évaluée à partir du résultat moyen aux épreuves uniques du ministère dans cinq matières de 4e et 5e secondaire, en plus du pourcentage d'échec aux examens, de l'écart entre l'évaluation de l'école et celle du MEQ, de l'écart entre filles et garçons pour certaines épreuves et du taux de persévérance.

La valeur ajoutée, elle, rend compte de certains facteurs inhérents à la réussite, par exemple le revenu des parents, le pourcentage d'élèves handicapés et en difficultés d'apprentissage ou la proportion d'élèves en retard dans leur cheminement scolaire. «Pour le choix d'un parent qui recherche la meilleure école, la valeur ajoutée n'est pas suffisante», explique M. Marceau pour expliquer que la cote de A à D, «juste à 67 %», n'a pas été scindée au classement lui-même.

La valeur ajoutée «est certainement un progrès», juge le ministre de l'Éducation, Sylvain Simard, qui y voit aussi une manière pour L'Actualité de se donner bonne conscience. «Mais elle ne fait pas partie du classement, et je le déplore», ajoute le ministre, qui en a toujours contre une méthodologie qui met en comparaison des écoles sans «qu'il n'y ait de pondération pour des facteurs tels la sélection des élèves ou des milieux socioéconomiques plus faibles», comme le croit aussi le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, André Caron.

«Encore du jargon économique qui m'irrite au plus haut point», lance Monique Richard, présidente de la Centrale des syndicats du Québec, qui désapprouve toujours le principe même du palmarès et son effet accablant pour certaines écoles qui se retrouvent à la queue du train.

Ce palmarès sera toujours perfectible, avouent d'emblée les auteurs. Des données telles la sélection des élèves — «Ce sont des données impossibles à obtenir véritablement, et tous les chercheurs se cassent les dents sur cette variable», explique Richard Marceau — ou encore l'état des connaissances des jeunes à la sortie du primaire réjouiraient les auteurs de l'étude. «Ce serait fantastique de pouvoir les ajouter, explique M. Marceau. Mais nous croyons que notre palmarès, dans l'état où il est, constitue un excellent outil d'information pour les parents.»

Quant aux connaissances des élèves à la sortie du primaire, le ministre Simard confirme que le projet d'un examen national en 6e année chemine toujours dans les méandres du ministère et est étudié «sérieusement». «Sans que ce soit un examen de passage, il y a effectivement à l'étude l'hypothèse d'un test national pour vérifier l'état des connaissances de nos jeunes à la sortie du primaire», une annonce qui devrait être faite officiellement au cours de la prochaine année.