L'entrepreneur a respecté le budget initial de l'UQAM

Pomerleau inc., l'entrepreneur général qui a signé la construction du Complexe des sciences de l'UQAM, assure qu'il a respecté à la lettre le budget de 165 millions octroyé par l'université, terminant même l'exercice avec une économie d'un million de dollars. Il ne s'explique pas le «dépassement des coûts de construction», évalué désormais par les vérificateurs de l'UQAM à 40 millions de dollars.

Surpris de la hauteur des imprévus dans ce projet immobilier, le président-directeur général de l'entreprise de construction, Pierre Pomerleau, a indiqué hier au Devoir qu'il se désolait de l'ombre jetée sur ce projet, qu'il a qualifié hier de «succès colossal». «Depuis le premier estimé qu'on a fait en 2003, on a parlé de 165 millions, et à la fin, on a terminé avec 164. C'est une économie! Écoutez: pour nous, à tous points de vue, c'est un projet qui s'est fait sous le signe de l'efficacité et de la responsabilité. C'est un succès.»

Les propos de M. Pomerleau, un des chefs de file dans l'industrie de la construction québécoise, contrastent avec le constat fait la veille par le Comité de vérification de l'UQAM, qui a analysé les états financiers de l'établissement. Comme Le Devoir le révélait hier, celui-ci a en effet conclu à des «coûts additionnels de construction du Complexe des sciences» de l'ordre de 40,6 millions de dollars au 31 mai dernier. Le montage financier initial prévoyait un budget de 165 millions, comprenant les travaux effectués sur le Pavillon des sciences biologiques, le Coeur des sciences, les résidences universitaires et le pavillon institutionnel de la Télé-université.

Le président du conseil d'administration de l'UQAM, Alain Lallier, a convenu hier qu'on ne pouvait pas expliquer la totalité des coûts additionnels, mais une partie. Ainsi, l'installation de la fibre optique dans les nouveaux pavillons a occasionné par exemple des dépenses imprévues de l'ordre de quatre millions de dollars, pendant que plus d'un million était dépensé pour de nouveaux équipements. «Dans le devis initial, il y a des coûts qui n'étaient pas prévus qui se sont ajoutés en cours de route», a-t-il exposé, convenant toutefois que cela n'expliquait pas l'entièreté des 40 millions.

On sait désormais que le conseil d'administration de l'UQAM a pris connaissance mardi de ces dépassements, qui s'accompagnaient aussi d'un manque à gagner de 66 millions de dollars dans le montage financier prévu pour le Complexe des sciences. Lors de cette séance, l'autorité de l'UQAM a également appris l'incidence de ces ratés financiers sur le budget de fonctionnement de l'université, qui affiche un déficit d'exploitation de quelque 20 millions de dollars.

M. Lallier a expliqué que le recteur Roch Denis, à qui il a été impossible de parler hier encore, n'avait pas assisté à la rencontre de mardi du conseil d'administration, «mais nous en avons convenu ensemble, le vice-président et moi». M. Denis n'a pas remis sa démission hier, contrairement aux rumeurs qui couraient sur le campus. «J'ai rencontré M. Denis [hier] après-midi, il ne m'a pas parlé de démission», a exposé M. Lallier. Le comité de vérification doit d'ailleurs rencontrer le recteur lundi après-midi, «ce qui n'a pas encore été fait et ce qu'il tient à faire». Le conseil d'administration l'entendra le lendemain.

Interrogé sur la confiance accordée au recteur par l'UQAM, M. Lallier a indiqué «qu'à ce moment-ci, le conseil d'administration considère toujours que M. Denis est recteur de l'UQAM». «Avant de chercher des coupables, nous voulons avoir l'ensemble du portrait d'analyse», a-t-il ajouté.

Selon nos informations, les vice-recteurs de l'établissement auraient toutefois demandé cette semaine le départ du recteur. Des doyens leur auraient emboîté le pas. M. Lallier a indiqué qu'il n'avait reçu aucune lettre détaillant cette demande mais qu'il avait rencontré les vice-recteurs en début de semaine «pour entendre leurs préoccupations». «Nous avons convenu que cette rencontre demeurerait confidentielle», a-t-il dit.

À deux reprises en 2006, le conseil d'administration a eu à autoriser l'utilisation de la marge de crédit à hauteur de 20 millions de dollars. Parallèlement à ces autorisations, le conseil a demandé au ministère de l'Éducation de lui verser une subvention additionnelle de 20 millions pour le Pavillon des sciences, jugeant insuffisants les 25 millions déjà versés par Québec. «Il est anormal qu'on ait reçu 25 millions sur un projet qui en vaut 98», a indiqué le président du conseil.

La décision de loger la Télé-université dans les nouveaux bâtiments a aussi donné lieu à une nouvelle demande de subvention de 20 millions de dollars dirigée vers Québec. «Nous sommes justifiés de faire une telle demande», a précisé M. Lallier. Le MELS a toutefois répliqué: «Ce n'est pas parce qu'une université nous formule une demande qu'elle doit être automatiquement jugée comme justifiée, ce n'est pas du tout comme cela que ça fonctionne, a indiqué Marie-Claude Lavigne, attachée de presse du ministre Jean-Marc Fournier. Nous calculons en fonction d'étudiants et de mètres carrés!»

La hauteur de la subvention prévue par le MELS était par ailleurs clairement annoncée dès l'automne 2003. Dans une lettre écrite à Roch Denis par l'ex-ministre de l'Éducation Pierre Reid, et dont Le Devoir a obtenu copie, Québec précise qu'«il est entendu qu'au-delà de cette contribution de 25 millions, le projet sera à la charge de l'université».

Le syndicat des professeurs de l'UQAM (SPUQ) s'inquiète de ce qu'on apprendra sur la «catastrophe financière» de l'îlot Voyageur. «Ça fait longtemps qu'on dit que les grandeurs en immobilisation auront des répercussions sur le budget de fonctionnement», a dit le président du SPUQ, Gaétan Breton. Le président du Syndicat des chargés de cours, Guy Dufresne, a assisté comme les autres groupes de l'UQAM hier à une rencontre orchestrée par des membres du vice-rectorat. Il s'est dit «rassuré» par la transparence qui y a été démontrée, mais son exécutif doit analyser tous les documents remis au conseil d'administration cette semaine.

L'Assemblée des gouverneurs du réseau UQ — l'instance suprême pour tout établissement du réseau, dont l'UQAM — ne pouvait indiquer hier la manière de faire de l'UQAM pour transgresser les règles édictées par l'assemblée. «Je ne peux vous répondre pour l'instant, mais nous sommes en communication directe avec le conseil d'administration», a précisé Pierre Moreau, président du réseau UQ.

Cette assemblée, composée de tous les recteurs des établissements UQ, a demandé au début de novembre au conseil de l'UQAM de fournir des détails sur l'état du budget de l'îlot Voyageur. C'est elle qui autorise tous les projets de plus de quatre millions lancés par une université.