Adoption d'un programme d'histoire toujours controversé

Une toile de Napoléon Bourassa représentant Louis-Joseph Papineau, l’un des acteurs clés de la rébellion des Patriotes de 1837. Cet événement est maintenant mentionné dans la version définitive du programme d’histoire de 3e et 4e secondaire.
Photo: Une toile de Napoléon Bourassa représentant Louis-Joseph Papineau, l’un des acteurs clés de la rébellion des Patriotes de 1837. Cet événement est maintenant mentionné dans la version définitive du programme d’histoire de 3e et 4e secondaire.

Québec — Les critiques le reconnaissent: la version définitive du programme d'histoire de 3e et 4e secondaire, adoptée vendredi par le ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, comprend des améliorations notables. Développé en secret avant les articles du Devoir fin avril, le programme a depuis fait l'objet d'importants débats et été soumis à deux phases de consultation auprès d'enseignants et «d'historiens professionnels» depuis le 15 juin. Malgré tout, la version définitive suscite encore de profondes critiques.

Dans cette version, plusieurs «repères de temps», d'événements marquants et de «conflits» qui avaient été gommés dans les versions antérieures ont été réintégrés. Ainsi, la rébellion des Patriotes, l'acte d'Union, la crise de la conscription et le rapatriement de la Constitution, par exemple, sont maintenant nommés précisément.

«De plus, les éléments relatifs à l'identité nationale du Québec ont été mis en relief», indiquait un communiqué du ministère (MELS) vendredi. On peut maintenant lire dans le programme, par exemple, que «le fait que le Québec n'ait pas ratifié la Constitution canadienne, en 1982, a entraîné de nombreux débats politiques qui ont conduit à l'Accord du lac Meech en 1987, au référendum sur l'Accord de Charlottetown en 1992, et au référendum sur la souveraineté du Québec en 1995».

Par ailleurs, le ministère a maintenu plusieurs éléments de son document initial, surtout sa perspective socio-constructiviste, propre au «renouveau pédagogique». Le cours est toujours articulé autour de trois «compétences»: «interroger les réalités sociales dans une perspective historique»; «interpréter les réalités sociales à l'aide de la méthode historique» et «construire sa conscience citoyenne à l'aide de l'histoire». On ne méprise plus explicitement les anciens types d'apprentissage de l'histoire, comme dans les versions antérieures, où l'on pouvait lire notamment: «l'apprentissage de l'histoire à l'école n'a pas pour but de faire mémoriser à l'élève une version simplifiée de savoirs savants construits par des historiens, ni de lui faire acquérir des connaissances factuelles de type encyclopédique». On soutient aujourd'hui plus sereinement que «l'enseignement de l'histoire à l'école a pour but d'amener les élèves à s'intéresser aux réalités sociales du présent, à développer des compétences et à construire des connaissances». L'enseignant y est toujours décrit comme un «guide et un médiateur».

Des bons mots

Certains de ces changements ont eu l'heur de plaire à des pourfendeurs du programme.

L'historien Robert Comeau, de l'UQAM, se réjouissait hier de la réapparition dans le document de «thématiques qui relèvent de la question nationale» et de mots tels «conquête», «lutte» et «nation» au lieu d'«empire» et de «démocratie». Il s'étonnait de certains passages toutefois, comme celui-ci: «Dans son rapport, Durham propose l'union des deux Canadas souhaitant aussi dans l'avenir l'union de toutes les colonies britanniques d'Amérique du Nord.» Robert Comeau critique du reste certains choix historiographiques, comme celui de faire commencer la modernisation du Québec en 1929. Il y voit l'influence de thèses très contestées de certains historiens posnationalistes qui veulent diminuer l'importance de la Révolution tranquille.

Le chercheur Michel Sarra-Bournet (associé à la chaire Hector-Fabre d'histoire du Québec, de l'UQAM), après une analyse exhaustive du document, conclut que, «dans les limites imposées par le renouveau pédagogique et la nature des programmes de formation à l'intérieur du paradigme socio-constructiviste, le MELS a répondu à un minimum de critiques». Il écrit que «l'identité sociale de l'élève ne se résume plus à celle de l'individu-électeur-consommateur. Et la citoyenneté recoupe maintenant l'appartenance à la société québécoise». L'historien Éric Bédard, de la Télé-Université, remarque aussi que, pour le XVIIIe siècle du moins, «on sent qu'il y a eu des efforts pour réintégrer des éléments d'histoire nationale».

Les trois universitaires participeront aujourd'hui à l'UQAM à un colloque de la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes («L'histoire à l'épreuve de la diversité culturelle», au pavillon DS-1950 du pavillon J.-A.-DeSève). Malgré les améliorations apportées, ils s'entendent pour déplorer que l'histoire demeure «subordonnée à la formation citoyenne» dans la version définitive du programme.

Éric Bédard, aussi un des fondateurs du Collectif pour une éducation de qualité (CEQ, très critique de la réforme de l'éducation), estime qu'on y privilégie excessivement les compétences aux dépens des connaissances: «L'histoire est présentée comme un prétexte pour mobiliser des informations, apprendre des nouvelles technologies, développer des raisonnements. On sent une dévalorisation des connaissances, des faits, des événements, bref tout ce qui fait la culture de base de tout ce qui fonde les références communes.» Éric Bédard souligne aussi qu'à force de vouloir faire de l'histoire pour expliquer le présent, on oublie la valeur de «dépaysement de l'histoire», «cette seconde nature dont parlait [le sociologue] Fernand Dumont et qui permet la distance». Même le critique péquiste en matière d'éducation, Camil Bouchard — pourtant un partisan du socio-constructivisme —, soulignait hier que l'application de la réforme a posé des problèmes pour l'enseignement de l'histoire jusqu'ici (les élèves du primaire et des 1re et 2e secondaire font de l'histoire). Selon lui, on a un peu trop vite «mis à la poubelle» l'évaluation des connaissances, alors qu'il eût été possible de maintenir ces évaluations tout en introduisant en parallèle l'évaluation des compétences.

Enfin, Éric Bédard explique que le colloque d'aujourd'hui (où il animera une table ronde réunissant le sociologue Jacques Beauchemin, de l'UQAM, l'ancienne ministre Louise Beaudoin et l'historien Yvan Lamonde, de McGill) permettra peut-être de mieux comprendre les grandes hésitations du MELS devant l'idée de nation. Après tout, la société d'aujourd'hui est pleine de «nous» qui font éclater la nation: les «nous» des communautés ethniques, des identités sexuelles, générationnelles, etc.

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Pour trouver la nouvelle version du programme: http://documents.educationquebec.qc.ca/prformsec2ecycle.htm
1 commentaire
  • Marie-France Legault - Inscrit 15 mai 2010 09 h 33

    Les révisionnistes à l'oeuvre....

    Au QUÉBEC, nous avons de la difficulté à obtenir une HISTOIRE impartiale...il y a toujours une histoire teintée de partisanerie...Pour cela certains "historiens" y mettent le paquet sans aucune réserve...

    Quand aurons-nous une HISTOIRE impartiale, racontant les faits tels qu'ils sont...Jacques Lacoursière semble avoir réussi ce "tour de force"...

    En France des auteurs se sont donné comme mission de démasquer les mensonges:


    Les mensonges de NAPOLÉON.....Serge Cosseron
    Les mensonges de la seconde guerre mondialie......Philippe Faverjon
    Les mensonges de l'histoire.........Pierre Miquel

    Il y a quelques années les péquistes avaient publié un Cahier pédagogique pour faire la propagande de leur option selon LEUR version de l'Histoire dans les écoles du Québec. Heureusement les québécois ont contesté cette intrusion partisane dans les écoles.