McGill - Soins en direct

Dans le monde de l'aviation, des opérations militaires ou de l'exploration spatiale, les équipes s'entraînent couramment dans des simulateurs conçus pour mettre à rude épreuve leurs compétences. Curieusement, rien de tel n'existe dans le domaine médical, notamment pour préparer les équipes à affronter des conditions d'urgence ou à réaliser de délicates interventions. D'ordinaire, l'apprentissage en médecine se fait plutôt de façon individuelle. McGill corrige la situation.

Le concept de simulation médicale est récent, mais il est en train de s'implanter un peu partout à travers la planète. C'est ainsi qu'au Canada, l'université McGill vient d'inaugurer le premier centre de simulation médicale conçu pour abriter sous un même toit différents types de formation médicale simulée. Ce centre, qui a ouvert ses portes le 14 septembre dernier, est un «mini-hôpital» capable de reproduire dans les moindres détails des salles d'intervention et, plus globalement, l'environnement hospitalier.

«Pour vous donner une idée de ce que nous faisons, relate le Dr Kevin Lachapelle, directeur médical du Centre de simulation médicale McGill, imaginez qu'on peut recréer, de façon très réaliste, une situation d'urgence au cours de laquelle un patient souffre d'un important saignement gastro-intestinal. On peut ainsi soumettre l'équipe médicale à une situation critique... qui peut même s'avérer très stressante!»

Selon lui, de telles simulations peuvent être si réalistes qu'il faut même faire attention à ce que les participants ne se sentent pas dépassés par les événements. «Il faut prendre garde à ne pas les soumettre à des situations trop intenses, des situations où ils deviendraient vulnérables.»

Ainsi, lorsque les entraîneurs élaborent un scénario, ils doivent créer une situation réaliste afin que tout le monde s'y plonge pleinement, sans toutefois que personne ne dépasse ses limites. «Il faut viser un juste milieu, stresser les participants jusqu'à un certain point, question de voir comment ils vont réagir, tout en s'assurant de ne pas les "casser", même s'ils commettent des erreurs, précise l'entraîneur. En fin de compte, il faut que chacun puisse avoir l'impression d'apprendre quelque chose...»

Le but du Centre est de reproduire le plus fidèlement possible l'expérience véritable de soigner un patient. Conçu sur le modèle des centres de simulation aéronautique, l'exercice sert à préparer non seulement les étudiants et les médecins résidents, mais également les médecins, les infirmières ainsi que les thérapeutes.

« Big Brother » surveille tout !

Situé dans le complexe La Cité, au centre-ville de Montréal, le Centre de simulation médicale McGill permet non seulement d'entraîner des équipes médicales, mais également de cerner les meilleures méthodes à appliquer et façons d'intervenir. Il ne s'agit toutefois pas d'une clinique médicale où l'on traite de véritables patients. En fait, la «clientèle traitée» se compose de mannequins mécaniques qui simulent de graves problèmes de santé et de comédiens (en chair et en os) qui jouent le rôle de patients... parfois récalcitrants.

«On utilise beaucoup de patients acteurs, rapporte le Dr Lachapelle, c'est-à-dire des comédiens professionnels qui réagissent selon le scénario établi.» À certaines occasions, le comédien se comportera comme un patient difficile en entrevue, qui ne veut pas parler, est déprimé ou à qui il faut arracher l'information. «Comment fait-on pour nouer une conversation avec ce patient afin de bien comprendre son problème?», pose Kevin Lachapelle.

Contrairement à ce qu'on pourrait faire dans un hôpital ou auprès de véritables patients, chaque séance est filmée grâce aux micros et aux caméras qui sont intégrés dans tous les locaux du Centre. Au terme de tout entraînement, les participants prennent part à une séance d'analyse où l'on passe en revue ce qui vient de se dérouler. Même les patients-acteurs sont mis à contribution. On révise entre autres des situations d'urgence, comme par exemple une crise d'asthme ou une crise cardiaque. On cherche aussi à améliorer les habiletés de communication du personnel médical auprès des patients.

«L'idée de ce genre d'analyse n'est pas nouvelle, puisqu'on l'applique couramment dans l'aviation et chez les militaires, rapporte le Dr Lachapelle. Mais c'est nouveau en médecine...» Cette approche permet ainsi d'apprendre à travailler en équipe dans un environnement reproduisant le plus possible le niveau d'urgence, les complications et même l'incertitude liée aux traitements médicaux véritables... sans toutefois entraîner des conséquences irréparables.

De surcroît, c'est l'un des rares endroits où les médecins, les infirmières et les thérapeutes s'entraînent à travailler ensemble. «En médecine, on travaille toujours en équipe, indique le Dr Lachapelle. Pourtant, on n'apprend jamais à travailler de cette façon!»

Tout reste à faire

Le Centre comprend dix salles d'examen clinique, une section de mannequins et de simulateurs de tâches, une salle de simulation haute fidélité destinée aux scénarios cliniques complexes et à la formation en prévention de catastrophes, une vaste salle chirurgicale conçue pour la formation technique ainsi qu'une salle de conférence de 60 places pour l'accueil de grands groupes.

Puisque le Centre n'est ouvert que depuis deux mois, on peut encore imaginer de nombreuses applications auxquelles il pourrait servir. Par exemple, des équipes médicales pourraient venir y mettre au point de nouvelles méthodes d'intervention, alors que d'autres s'entraîneraient à réaliser des interventions particulièrement délicates.

«Bien sûr, nous allons développer un volet recherche puisque l'utilisation de la simulation en tant qu'outil éducatif en médecine est nouvelle, indique d'ailleurs le directeur médical du Centre. On devra notamment rechercher quelles sont les meilleures méthodes d'enseignement et d'apprentissage.» Les responsables du Centre espèrent même en venir à établir de nouvelles normes en matière de formation médicale.

«En fait, tout est à développer!», conclut un directeur visiblement ravi par les perspectives qui s'ouvrent à son équipe.

Collaborateur du Devoir