La Télé-université veut conserver son indépendance

Québec — La Télé-université (TELUQ) mène un combat pour éviter d'être absorbée par l'UQAM, un projet défendu par la direction de l'Université du Québec (UQ), et entend conserver son statut d'université à part entière.

Vue de Québec, cette bataille apparaît comme une simple question de siège social et d'emplois. Le siège social de la TELUQ, qui emploie 120 personnes à Québec et 80 à Montréal, est situé dans la capitale depuis la création de l'institution il y a 30 ans.

Au cours d'une entrevue au Devoir, le président du conseil d'administration de la TELUQ, Gabriel Giguère, et le directeur des affaires administratives de cette constituante de l'UQ, Robert Maranda, ont dit craindre que l'annexion de cette institution à l'UQAM n'affaiblisse les universités du réseau de l'UQ en région: en Abitibi-Témiscamingue, à Chicoutimi, à Gatineau, à Rimouski, et à Trois-Rivières. D'ici trois ans, la TELUQ, qui propose de l'enseignement à distance de niveau universitaire partout au Québec, pourra tripler le nombre de ses étudiants en offrant des programmes issus de l'UQAM, a prédit M. Giguère. Le nombre d'étudiants pourrait passer de 18 000 à l'heure actuelle à 50 000. Le hic, c'est que les universités en région perdraient cette clientèle, passée à l'UQAM par l'entremise de la TELUQ, et verraient leur existence même menacée, a expliqué M. Giguère.

Plutôt que de tomber dans le giron de l'UQAM, une reddition qui a au moins le mérite d'assurer à la TELUQ l'accès à de nouveaux programmes, la direction de l'institution propose son propre projet de partenariat avec l'UQAM, négocié d'égal à égal entre deux universités. Ce même protocole d'entente serait offert aux universités régionales du réseau de l'UQ pour des programmes spécifiques. On envisage même de faire des partenariats avec les universités de Montréal, de Sherbrooke et McGill.

Le 29 septembre dernier, le président de l'UQ, Pierre Lucier, et le recteur de l'UQAM, Roch Denis, ont rencontré la directrice générale de la TELUQ, Anne Marrec. Leur but: lui faire signer une entente annexant les activités de la TELUQ à l'UQAM. Mme Marrec a refusé d'obtempérer, estimant qu'il revenait plutôt au conseil d'administration de la TELUQ de se prononcer sur cette fusion.

Joint à l'île Maurice où se tenait une réunion du Centre d'application et d'études et de ressources en apprentissage à distance (CAERENAD), un organisme international dont le siège social est à Québec, Mme Marrec a souligné que le «e-learning» connaît un essor remarquable à travers le monde. Or, la TELUQ est perçue comme un leader mondial en ce domaine. Toutefois, elle a du mal à assurer son développement puisqu'elle ne peut offrir des programmes d'enseignement sans l'assentiment des autres universités et du ministère. «Nous sommes valorisés à l'étranger et dévalorisés à l'intérieur du Québec», a déploré Mme Marrec.