Avis du Conseil supérieur de l'éducation - Les services de garde à l'école ne sont pas à la hauteur

40 % des élèves du primaire fréquentent les services de garde en dehors des heures de classe. Si l'accessibilité a gagné au fil des ans, la qualité, elle, pourrait prendre du galon. Dans un avis dévoilé hier, le Conseil supérieur de l'éducation propose de mieux marier ces services à l'école, pour en améliorer le calibre.

Près des deux tiers des éducateurs en service de garde à l'école n'ont pas été formés en lien avec leur emploi: 43 % ont tout au plus complété leurs études secondaires, tandis que 4 % ont une scolarité inférieure.

Ces données sont tirées d'un avis du Conseil supérieur de l'éducation (CSE), qui vise la qualité des services de garde en milieu scolaire, suggérant par de multiples recommandations qu'elle gagnerait à être rehaussée. Refusant de conclure au piètre calibre de ces services, l'avis dévoilé hier pointe toutefois la nécessité de miser sur le développement qualitatif des services de garde, qui desservent maintenant 230 000 enfants du Québec, soit près de 40 % de l'effectif des écoles primaires.

Formation

«Nous pensons qu'il faudrait assurer une formation plus élevée du personnel des services de garde, équivalente à ce qui est exigé dans les CPE [Centres de la petite enfance]», soit le diplôme d'études collégiales, a indiqué hier le président sortant du CSE, Jean-Pierre Proulx. Dans une évaluation faite auprès d'une cinquantaine de commissions scolaires, le Conseil a appris que

43 % du personnel de ces services avait un diplôme d'études secondaires, 41 % une formation collégiale — 22,5 % seulement en lien avec l'emploi — et 11,5 % une scolarité universitaire.

«58,5 % du personnel éducateur n'a pas de formation liée à l'emploi, bien que près de 19,4 % de ces personnes soient tout de même titulaires d'un diplôme d'études postsecondaires», note le rapport, qui émet une vingtaine de recommandations. Outre la formation du personnel, le rapport insiste sur l'importance de lier les services de garde à l'école, les mariant par exemple au projet éducatif.

«À partir du moment où on dit que les milieux de garde scolaire ne sont plus que des services à la famille mais un lieu de développement de l'enfant, en continuité avec ce que l'école fait, on vient d'ouvrir la voie à un rehaussement de la qualité», croit le président de l'Association des services de garde en milieu scolaire, Daniel Lafrance. Si l'association avalise la majorité des recommandations émises par le CSE, elle s'interroge surtout sur la volonté du gouvernement d'en faire un véritable plan d'action assorti de moyens financiers.

«Nous sommes en train d'évaluer le contenu des recommandations et de chiffrer leur implication financière», a indiqué hier Marie-Claude Lavigne, attachée de presse du ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS).

Le financement des services de garde fait aussi l'objet d'un chapitre: bien que le CSE admette d'emblée qu'il a eu du mal à obtenir un portrait financier clair, il reconnaît les besoins financiers importants des services de garde pour améliorer la qualité. Constatant que les parents contribuent actuellement à hauteur de 64 % des revenus de ces services, le conseil recommande une redistribution plus égale du financement parental et étatique, «de l'ordre du 50-50», a indiqué hier Jean-Pierre Proulx.

Un meilleur partage des espaces, la création de programmes d'activités, un resserrement des balises réglementaires, un nouveau mécanisme de reddition de comptes et un meilleur soutien des élèves handicapés et en difficulté sont au nombre des recommandations, qui ont été très bien accueillies par les syndicats de soutien scolaire.

Réactions

«C'est de la musique à nos oreilles, un levier important pour faire avancer une cause que nous défendons depuis longtemps», a indiqué hier Ronald Gauthier, président du secteur soutien scolaire à la FEESP-CSN, qui représente 8000 éducateurs et responsables de services de garde. «Les services de garde font actuellement des miracles avec ce qu'on leur donne comme moyens, alors rehausser les budgets, ce serait sûrement améliorer la qualité», a affirmé Diane Cinq-Mars, présidente de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), qui regroupe 8500 éducateurs.

Les commissions scolaires croient pour leur part que de manière générale, les services sont bien rendus, «mais comme dans toutes choses, je suis prêt à admettre qu'on peut toujours tout améliorer», a indiqué André Caron, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ). Si la Fédération concède que l'époque des services de «gardiennage» est révolue, elle se dit préoccupée pour les 60 % d'enfants non inscrits aux services de garde. «Ces enfants-là ne doivent pas être perdants parce qu'ils sont à la maison», prévient M. Caron.