Subventions - Le nerf de la guerre

Les universités québécoises peuvent se référer à une liste de plus de 2000 organismes de différentes natures pour adresser leurs demandes de fonds aux fins d'activités de recherche. Il y a les programmes de subvention gérés par les gouvernements fédéral et provincial via diverses structures, et ceux en provenance d'entreprises à but lucratif ou non.

Le profane pourra certes avoir une vue d'ensemble de ce que contient le coffre-fort renfermant les réserves destinées à la recherche au Canada et au Québec en parcourant le Net ou en fouinant dans les rayons d'une bibliothèque ou d'un centre de documentation. Mieux vaut toutefois recourir aux services précieux d'un guide spécialisé en la matière, qui soit en mesure d'émailler ses propos de faits qui ajoutent un éclairage d'appoint à une information de nature technique. Jean Yvon Timothy, directeur du Bureau de liaison Entreprises/Université et des subventions à l'Université de Montréal (BLEUS), nous accompagne dans les dédales de ce monde, et il ajoute à l'occasion son grain de sel.

Avant de prendre le chemin d'Ottawa et de Québec, il est bon de savoir qu'une grande institution de savoir comme l'Université de Montréal cumule quelque 900 à 1000 programmes de recherche dans sa banque de données. À partir de ceux-ci, cette université adresse chaque année plus de 7000 demandes à l'un ou l'autre des organismes «subventionnaires» et, bon an mal an, autour de 4000 à 4500 d'entre elles sont acceptées. «Il y a même certaines subventions qui peuvent nous parvenir du National Institute of Health (NIH) des États-Unis. Pour eux, les budgets de recherche en santé au Canada, c'est une peanut. Ils sont 100 fois plus riches que nous», lance le guide.

Les principaux organismes canadiens

Sur la scène fédérale, il y a les gros joueurs. En santé, on retrouve l'Institut de recherche du Canada (IRSC), dont le budget est d'environ 600 millions de dollars par année, et qui chapeaute lui-même 13 autres instituts dédiés à différentes disciplines de la science médicale. «L'Institut subventionne un tas de programmes, peut-être une centaine, et verse des bourses pour les étudiants. Il travaille aussi en partenariat avec l'industrie et apporte un appui salarial à la formation de deuxième et troisième niveaux.» Pour sa part, Génome Canada, réparti à travers six centres au pays et principale source de financement relié à la génomique et à la protéomique, a consacré près de 300 millions de dollars à des projets de recherche en 2001.

Le Conseil de recherche en sciences naturelles et en génie (CRSNG), comme son nom l'indique, s'occupe du financement de projets axés sur ces deux domaines et verse dans ce but une somme annuelle de 700 millions de dollars. Quant au Conseil de recherche en sciences humaines (CRSH), il s'active dans les secteurs des sciences humaines et sociales, dans celui des arts et des lettres, de la culture, et autres du même acabit. Son budget annuel est d'environ 175 millions de dollars. La faiblesse de cette somme laisse entrevoir que ces sciences sont considérées en quelque sorte comme le parent pauvre de la recherche. M. Timothy se garde de vouloir commenter une telle affirmation, mais laisse tout de même échapper ce qui suit: «Équiper un laboratoire pour de la recherche en médecine et équiper un labo en arts et lettres, ça ne nécessite pas exactement le même genre d'investissement.»

La Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) représente elle aussi un élément de taille et sert grosso modo au financement du renouvellement des infrastructures. «On parle ici des appareillages, de toutes les grosses affaires que l'on retrouve dans les hôpitaux et dans les centres de recherche. En résumé, [la fondation] consacre aussi des fonds à l'installation de laboratoires nécessaires à l'embauche et à l'accueil de nouveaux professeurs dans des secteurs durs comme ceux de la santé, de la médecine vétérinaire et autres. Un labo, c'est impossible à monter en bas de 150 à 300 000 $.» La fondation ne défraie que 40 % des coûts totaux des projets. Au départ, lors d'un premier mandat, elle administrait un budget de 800 millions. D'ici 2010, celle-ci disposera de beaucoup d'argent puisque son financement a été porté à 3,15 milliards de dollars.

Les chaires du Canada

De l'avis du guide, il importe de parler de façon plus spécifique des chaires du Canada parce qu'elles sont dirigées par un comité formé des présidents du CRSNG, du CRSH, de l'IRSC, de la FCI et d'Industrie Canada. Tous ces gens ont le mandat de recruter les meilleurs éléments dans les divers domaines de recherche au Canada et à travers le monde. L'objectif de départ était la mise sur pied de 2000 chaires, ce qui signifie l'embauche d'autant de nouveaux professeurs, qu'on installe ensuite dans les universités. «Pour le recrutement, ce n'est pas facile et on doit aller un peu partout dans le monde, mais la concurrence est très vive. Les Américains — et les Allemands aussi — sont plus riches que nous. Ça se joue vraiment à l'échelle internationale.» Le programme des chaires a commencé en 2000 et doit prendre fin en 2005.

Les trois principaux fonds québécois

La loi 33 adoptée le 21 juin 2001 a modifié de façon sensible les structures des organismes québécois de soutien à la recherche. Il existe maintenant trois grands fonds qui ont le mandat de promouvoir et de développer cette dernière. Les trois principales sources de financement sont dorénavant le Fonds de recherche en santé du Québec (FQRC), le Fonds québécois de la recherche sur la nature et les technologies (FQRNT) et le Fonds québécois de la recherche sur la société et la culture (FQRSC).

Le Fonds de recherche en santé du Québec (FRSQ) enrichit la recherche d'une somme totale d'environ 80 millions de dollars par année. «Celui-ci finance de l'aide en santé, qui est complémentaire à ce que le Canada fait. Il subventionne davantage des équipes de recherche et de l'infrastructure pour des centres alors que, du côté fédéral, l'aide prend une forme plus directe qui porte sur un projet ciblé. [Le fonds] distribue également beaucoup de bourses à des étudiants des cycles supérieurs.»

Il y a aussi le Fonds de recherche sur la nature et les technologies, qui a octroyé un soutien financier global de 32,7 millions de dollars en 2001-2002, dont 23,2 millions en subventions et 9,5 millions en bourses. Celui-ci s'affaire à combler les besoins des chercheurs en sciences naturelles et mathématiques. Il finance des projets portant par exemple sur les études du vivant, sur l'environnement, les ressources naturelles, les technologies de l'information et des communications, les systèmes et les procédés. Quant au Fonds sur la société et la culture, il porte attention à tout le champ des sciences dites «molles», soit les sciences humaines et sociales. En 2001-2002, il a consenti des investissements de 36,9 millions de dollars, dont 22,7 millions en subventions et 14,2 millions en bourses. Il traite des problématiques dont l'objet se rattache à des questions telles que: Enjeux fondamentaux et finalités de la vie humaine; Nature, transformation et gouvernance de la société et des institutions; Relations internationales et développement; Gestion des organisations; Langues et langage; Art, littérature et société, et autres.

Valorisation-Recherche Québec

Valorisation-Recherche Québec apparaît également dans le décor. Ses activités portent sur deux volets, comme son nom l'indique. La cagnotte du projet structurant ou de recherche s'élevait au départ à 170 millions de dollars. Du côté de la valorisation, la somme était de 50 millions de dollars, et elle a servi en grande partie à créer des sociétés de valorisation dans les universités; celles-ci se sont regroupées et se sont dotées de bras commerciaux pour les aider à sortir les inventions de leurs murs et à atteindre le marché. Dans bien des cas, la réalisation de prototypes et la validation des projets demeurent embryonnaires dans les universités, ce qui cause problème au moment du transfert technologique vers du capital de risque. «Cet organisme s'est bien rendu compte qu'il y avait un manque là-dedans. On a donc consacré l'argent du volet recherche à la pertinence des projets axés sur cette problématique.»

Les fondations et le privé

À la suite de ce tour d'horizon et de la consultation de son rapport annuel, Jean Yvon Timothy ajoute que de nombreuses sociétés sans but lucratif donnent un bon coup de pouce à la recherche. Il nomme entre autres l'Institut national du cancer et celui des maladies du coeur, de même qu'il fait mention d'un très grand nombre de fondations. La liste serait incomplète en l'absence de tous les organismes à but lucratif qui collaborent eux aussi. Il en existe plusieurs, au nombre desquels figurent Hydro-Québec, les géants pharmaceutiques et d'autres entreprises qui donnent directement ou indirectement des subventions.

Chaque année, de nouveaux programmes viennent grossir la liste et sont compilés à leur tour dans la banque de l'Université de Montréal. «Grosso modo, voilà le portrait. Le soutien financier, c'est le nerf de la guerre en recherche, pour que nous puissions faire en sorte de demeurer une société en avance dans le domaine du savoir», conclut le directeur du BLEUS.