Université Laval - Et la tradition continue

«La notion du Canada français ou du Canadien français est à toute fin pratique disparue au Canada. Au Québec, on a vu émerger une nouvelle identité et une nouvelle façon de nommer la nation québécoise.» Simon Langlois dirige à l'Université Laval la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d'expression française en Amérique du Nord.

La concept de francophonie a beaucoup évolué ces dernières années. Pour ce qui est de la Francophonie politique, elle a acquis ses lettres de noblesse, comme en témoigne son dernier sommet, celui de Beyrouth.

La francophonie possède aujourd'hui son volet international, quand c'est depuis belle lurette qu'elle est bien enracinée ici même en Amérique du Nord. C'est à cette francophonie nord-américaine que s'intéressent les travaux de recherche effectués dans le cadre de la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d'expression française en Amérique du Nord (CEFAN).

«Cette chaire a pour mission d'étudier les cultures francophones en Amérique du Nord. Le Québec y occupe évidemment une place de choix, mais on se penche aussi sur les communautés francophones hors Québec et les communautés franco-américaines. Non seulement on s'intéresse à ces trois entités, mais aussi aux liens qui les unissent», explique Simon Langlois, actuel titulaire de la CEFAN.

La CEFAN, affiliée à l'Université Laval à Québec, existe depuis 1989. Son premier titulaire fut l'historien Jean Hamelin. Joseph Métayer et Jacques Mathieu assurèrent la relève jusqu'à la récente nomination de Simon Langlois.

Traditionnellement, les activités de cette chaire de recherche étaient surtout regroupées autour de la Faculté des lettres — en histoire et en littérature tout particulièrement. Par le passé, les recherches furent menées principalement sur le folklore, la littérature, l'histoire et même la musique francophones. L'arrivée de Simon Langlois, qui est professeur en sciences sociales, apporte une nouvelle dimension aux préoccupations intellectuelles de la CEFAN.

La «refondation» de la nation

Chaque année, la CEFAN organise un séminaire où sont invités chercheurs et étudiants. L'an dernier, le séminaire, organisé par Simon Langlois et Jocelyn Létourneau, avait pour thème «Dynamiques identitaires au Canada francophone» et portait sur la notion de «refondation» de la nation.

Simon Langlois explique. «La notion du Canada français ou du Canadien français est à toute fin pratique disparue au Canada. Au Québec, on a vu émerger une nouvelle identité et une nouvelle façon de nommer la nation québécoise. Les citoyens du Québec sont devenus des Québécois tout court et peu de francophones s'identifient encore en tant que Canadiens français.» De plus, tant les citoyens québécois issus des communautés culturelles que les citoyens d'origine anglophone se définissent aussi comme Québécois et comme Canadiens.

Si la notion d'un Canada français est disparue du paysage québécois, qu'en est-il des communautés francophones dans le reste du Canada? «Là aussi, les communautés francophones ont subi une mutation. D'une part, les francophones des provinces maritimes ont suivi un cheminement similaire au Québec et ils s'identifient maintenant surtout en tant qu'Acadiens. Dans le reste du Canada, les communautés francophones se sont donné une appartenance provinciale. On ne parle plus de Canadiens français mais plutôt de Franco-Ontariens, de Franco-Manitobains, de Fransaskois et Franco-Colombiens.»

Selon Simon Langlois, la francophonie nord-américaine s'est transformée; elle est devenue un espace fractionné et il la compare à un archipel. «Comme un archipel, la francophonie est une suite d'îlots. Au centre, on y retrouve le Québec, puis ensuite l'Acadie, puis les communautés francophones hors Québec auxquelles s'ajoutent les communautés franco-américaines. Chacune est un îlot avec sa morphologie et ses particularités propres.»

On assiste donc à l'émergence d'une nouvelle identité francophone en Amérique du Nord, qui s'éloigne de l'héritage canadien-français, mais dont les contours socioculturels demeurent sous certains aspects encore flous et qui ressemble à une francophonie d'adhésion ou d'élection qui reste à définir.

Les activités de la CEFAN

En plus d'organiser un séminaire annuel, la CEFAN invite chaque année des conférenciers et participe aussi à de nombreux colloques avec d'autres partenaires. De plus, les travaux de recherche de la CEFAN sont l'objet de diverses publications. «Nous sommes très productifs à ce chapitre et au moins un ouvrage est publié chaque année. Nous comptons présentement une vingtaine de livres.»

Cette année, le programme de la CEFAN mettra l'accent sur l'étude de la francophonie canadienne au sens large du terme, et surtout sur le rapport entre le Québec et les communautés francophones canadiennes. À ce sujet, une collaboration avec le Collège Glendon à Toronto, amorcée l'an dernier, se poursuivra.

Le thème du séminaire annuel, «Discours et constructions identitaires», ira dans ce sens puisqu'il portera sur la langue en tant qu'outil identitaire. Deux conférences feront aussi partie des activités régulières de la CEFAN. David Bell, professeur d'histoire à la John Hopkins University, prononcera une conférence portant sur l'émergence de la nation moderne en France. Ce printemps, ce sera au tour du professeur Gérard Bouchard, dont la conférence est provisoirement intitulée: «Le Québec et la crise actuelle des imaginaires collectifs». Ces deux conférences seront aussi publiées.

Fait à noter, la CEFAN est financée grâce à un fonds de capitalisation constitué à sa fondation par un investissement de 500 000 $ de la part du gouvernement fédéral et d'une somme identique de la part de l'Université Laval. Le fonds de capitalisation s'élève aujourd'hui à 2,5 millions de dollars et les activités de la chaire sont défrayées par les revenus d'intérêt.

«Ce type de financement nous assure davantage de liberté et d'indépendance. Cela est particulier parce que les chaires de recherche financées par un fonds de capitalisation sont peu développées dans le monde universitaire francophone. C'est surtout un modèle anglo-saxon.»

Selon Simon Langlois, si l'on a choisi de fonder la CEFAN à l'Université Laval, la plus vieille université francophone en Amérique, c'est qu'il existe à l'Université Laval une longue tradition quant à l'étude de la culture d'expression française. «Nous nous considérons comme le coeur de la continuité francophone en Amérique.» C'est ce qui explique aussi que la CEFAN, au fil des ans, a su tisser des liens avec l'ensemble des institutions qui se penchent sur la francophonie nord-américaine.

La CEFAN possède un site Internet, pour ceux que cela intéresse. Le site doit être bientôt repensé, de façon à devenir plus convivial, mais il contient déjà une foule d'hyperliens menant à de nombreux sites traitant de la francophonie nord-américaine.