Université du Québec à Trois-Rivières - La plongée dans le fleuve

Le professeur Pierre Magnan, du Département de chimie-biologie de l'Université du Québec à Trois-Rivières, a étudié pendant plusieurs années les communautés de poissons retrouvées dans les lacs du Bouclier canadien et dans le fleuve Saint-Laurent. En juin 2001, ses efforts sont récompensés par l'obtention d'une Chaire de recherche du Canada en écologie des eaux douces. Il peut maintenant consacrer toutes ses énergies à la recherche et faire de l'UQTR un chef de file au Québec en écologie des eaux douces.

L'écologie des eaux douces fait partie des priorités de l'UQTR depuis déjà un certain nombre d'années et figure parmi les neuf secteurs reconnus et soutenus dans son plan stratégique de la recherche. Le Pr Magnan peut compter sur cinq autres professeurs en écologie aquatique pour épauler ses recherches. Ensemble, ils forment le Groupe de recherche sur les écosystèmes aquatiques (GRÉA), un des regroupements d'écologistes aquatiques d'eau douce les plus importants dans l'est du Canada.

Située à un endroit stratégique de la portion d'eau douce du fleuve Saint-Laurent et à quelques kilomètres du lac Saint-Pierre, qui vient d'être classé en tant que Réserve écologique de la biosphère par l'Unesco, l'UQTR offre un environnement de travail de premier choix. Tout en poursuivant ses projets de recherche personnels, Pierre Magnan souhaite, grâce à sa chaire de recherche et aux subventions, «développer et structurer la recherche en écologie aquatique à l'UQTR et dans le fleuve Saint-Laurent».

«Les chercheurs de l'UQTR ont leurs programmes de recherche personnels; l'idée c'est de mettre ces gens-là ensemble, de mettre en action toutes les expertises de chacun», explique M. Magnan. Structurer la recherche à l'intérieur de l'UQTR, mais aussi sur toute la portion d'eau douce du fleuve Saint-Laurent. «Actuellement, nous sommes beaucoup qui travaillons sur le fleuve. Il y a des gens de l'Université de Montréal, de McGill, de l'UQAM. Il s'agissait d'essayer de voir, sans que personne ne perde son identité personnelle, si on pouvait, en posant certains gestes précis, concerter la recherche.»

Un bateau pour la recherche

La collaboration entre les différentes universités commence déjà à porter fruit. En janvier 2002, l'UQTR, en association avec cinq autres universités, obtient une subvention de 3 500 000 $ de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) pour l'acquisition d'un bateau-laboratoire. Ce navire de recherche, qui est actuellement en construction, va permettre aux chercheurs d'aller sur le fleuve, «mais aussi d'avoir accès aux appareils les plus modernes, à la fine pointe de la technologie».

«Le fleuve est une entité capitale pour le Québec. Il y a des villes qui sont dépendantes socioéconomiquement du fleuve, par la voie maritime, mais aussi par toutes les activités qui se passent sur les berges. Pourtant, la recherche dans la portion d'eau douce du fleuve n'est pas concertée et n'est pas si importante que ça». Selon M. Magnan, «la recherche a été freinée, retardée par le manque de certains équipements et par le manque d'un navire de recherche pouvant accéder à la fois aux zones très peu profondes et aux zones plus profondes».

Le bateau, d'une longueur de 18 mètres, pourra accueillir à son bord 25 personnes et sera accessible à toute la communauté scientifique. Il va être conçu de manière à pouvoir attraper les poissons et effectuer des prélèvements «sans déranger l'écosystème».

La portion du fleuve Saint-Laurent entre les Grands Lacs et l'estuaire est considérée comme une zone biologiquement très productive et comprenant une grande diversité d'espèces. Mais «ces écosystèmes sont menacés par le développement urbain et agricole, ainsi que par l'introduction d'espèces exotiques comme la moule zébrée et la tanche. Il y a aussi les changements climatiques en cours qui menacent d'affecter grandement les niveaux d'eau». Ces différents phénomènes peuvent entraîner des conséquences sur certaines ressources et activités socioéconomiques comme les pêches commerciales et sportives, la qualité de l'eau et la navigation.

La recherche en eaux douces

Depuis 20 ans, le Pr Magnan étudie l'impact d'espèces introduites dans son habitat naturel sur l'omble de fontaine (communément appelée truite mouchetée). Ces espèces ont été introduites par des pêcheurs qui utilisent des poissons-appâts, même si c'est interdit par la loi. À la fin de leur journée de pêche, ils jettent le reste de ces poissons vivants à l'eau.

«Ce qu'ils venaient de faire, c'était une introduction; c'était ensemencer une nouvelle espèce dans le lac. Plus de 60 % des lacs accessibles qui ne contenaient autrefois que de la truite mouchetée contiennent maintenant d'autres espèces.» Certaines espèces de poissons introduites vont diminuer jusqu'à 70 % la quantité de truites qu'il y a dans le lac, «à cause de la compétition alimentaire. Ces poissons-là pigent dans le même garde manger que la truite».

«Bon an mal an, on perdrait environ 30 millions de dollars en impacts socioéconomiques au Québec à cause de la diminution de la pêche sportive.» M. Magnan a effectué plusieurs recherches pour trouver un moyen d'éliminer les intrus dans les lacs. «C'est l'histoire de ma carrière, mais on se rend compte que c'est très difficile. L'éducation et la sensibilisation sont peut-être les moyens les plus efficaces si on veut protéger les lacs qui sont encore vierges.»

M. Magnan participe également, en collaboration avec le Centre sur la gestion durable des forêts, à une vaste étude sur l'effet des coupes forestières sur les écosystèmes lacustres de la forêt boréale. Le professeur regarde particulièrement les répercussions sur les poissons de ces lacs. «Quand on coupe les arbres, ça retient beaucoup moins l'eau de ruissellement. Ce qui prendrait normalement 50 ans pour se rendre dans un lac va prendre par exemple une année.» Le professeur et l'équipe de recherche ont remarqué une augmentation du mercure dans la chaîne alimentaire, affectant ainsi les poissons. Les sites de reproduction des poissons sont aussi dérangés par les dépôts de sédimentation. Cette étude, la plus importante jamais entreprise au niveau international sur l'effet des coupes forestières sur les écosystèmes lacustres, a débuté en 1995, et les chercheurs poursuivent en ce moment leurs investigations.