École de technologie supérieure - À pleine puissance

Ces dernières années, l'École de technologie supérieure s'est associée à Hydro-Québec et à Canadian Marconi pour créer deux chaires qui se veulent autant à l'avantage de l'institution d'enseignement que de ces géants de la haute technologie. Constituante du réseau de l'Université du Québec, l'ÉTS se spécialise en ingénierie d'application et axe ses activités sur l'enseignement coopératif, en visant tout particulièrement le développement de nouvelles technologies et leur transfert en entreprise.

Le printemps dernier, l'École de technologie supérieure (ÉTS) et Hydro-Québec TransÉnergie ont créé la Chaire TransÉnergie sur la simulation et la commande des réseaux électriques. TransÉnergie est la division d'Hydro-Québec créée en 1997 pour s'occuper du transport de l'énergie électrique. Les activités de la chaire se concentrent par conséquent sur la simulation et la commande des réseaux électriques.

«La chaire est en fait l'aboutissement d'une collaboration fructueuse avec l'Institut de recherche d'Hydro-Québec et TransÉnergie Technologie, précise Louis-A. Dessaint, professeur au Département de génie électrique de l'ÉTS et titulaire de la chaire. Nous sommes en partenariat avec ces deux organismes depuis une dizaine d'années, ce qui s'est traduit par l'obtention d'environ 2,5 millions de dollars en subventions et contrats.»

Simulateurs de réseau

La chaire TransÉnergie a pour rôle de développer et d'améliorer les logiciels de simulation, ainsi que de participer au développement et à l'amélioration du simulateur de réseau électrique d'Hydro-Québec. Elle dispose à cet effet d'un centre universitaire de simulation de réseau électrique qui, aux dires de M. Dessaint, fait de l'ÉTS l'une des universités les mieux équipées au monde dans le domaine de la simulation des réseaux électriques. La chaire sert en outre à former des spécialistes capables de répondre aux besoins futurs du marché, en particuliers à ceux d'Hydro-Québec.

«Par rapport au partenariat précédent, la chaire assure une continuité et une stabilité pour nos travaux de recherche», relate encore M. Dessaint en précisant qu'elle dispose à présent d'un budget de 1,5 million de dollars pour une période de cinq ans. De cette somme, un million provient d'Hydro-Québec et le reste vient de l'ÉTS. «Le budget dont nous disposons nous permet d'engager et de distribuer des bourses à sept étudiants gradués (maîtrise et doctorat) et à un stagiaire post-doctoral, dit-il. Nos étudiants peuvent en outre faire des stages à l'Institut de recherche, où ils peuvent tester des logiciels qu'ils développent dans le cadre de leur thèse ou de leur mémoire.»

« TechnologiquementÉ brillant ! »

La création de la seconde chaire, dévolue au développement des très hautes technologies en télécommunication sans fil, est le produit d'un concours de circonstances assez étonnant.

En 1997, la société Canadian Marconi Co. (CMC) désirait répondre à un appel d'offre de l'armée américaine pour la conception d'une nouvelle génération de systèmes de communication sans fil adaptés à ses besoins. Or, l'entreprise montréalaise, leader dans ce domaine, a fait le tour du monde pour repérer les technologies ayant le plus de potentiel. Leur recherche s'est cependant conclue presque accidentellement, lorsqu'un cadre de l'entreprise a découvert les travaux réalisés dans le laboratoire de François Gagnon, professeur au Département de génie électrique de l'ÉTS.

«Nous sommes devenus l'un de leurs partenaires lors de la soumission d'une proposition à l'armée américaine, indique M. Gagnon. Je suis donc allé défendre notre proposition devant celle-ciÉ une expérience très impressionnante. C'est quelque chose qui n'arrive pas souvent dans la vie de quelqu'un, vous savez! Il faut dire que des centaines de millions de dollars étaient en jeuÉ Or, le résultat fut que notre système a été qualifié de "technologically brilliant"! C'est ainsi que, depuis cette époque, nous participons activement à la définition de ce que sera la prochaine génération des systèmes de télécommunication sans fil.»

Avec le temps, Canadian Marconi a en effet vu un intérêt immense à développer et à entretenir une relation soutenue avec les spécialistes de l'ÉTS. «Il s'agissait d'établir une relation à long terme et par laquelle l'entreprise pouvait bénéficier de toute avance technologique. Nous lui avons donc proposé de constituer une chaire plutôt que de simples contrats de recherche, puisque ces derniers ne sont qu'à court terme et mènent souvent à des arrêts de travaux. De surcroît, une chaire ne sert pas qu'à faire du développement de projets, mais plutôt à celui d'un ensemble de technologies», spécifie François Gagnon.

Micro-électronique

C'est de cette façon qu'est née, il y a un an et demi, la Chaire CMC Électronique en télécommunication sans fil. Celle-ci procure un milieu de recherche particulièrement fécond où se développent une panoplie de technologies. «On travaille surtout sur de la micro-électronique à très haute vitesse et des technologies RF», précise le titulaire de la chaire. Signe de l'intérêt de ces travaux, lorsque la firme britannique Ultra Electronics a récemment acheté la division militaire de Marconi, elle a tenu tout particulièrement à s'approprier le partenariat de la chaire CMC.

Marconi s'était au départ engagée auprès de l'ÉTS à fournir un financement de 250 000 $ par année durant trois ans. «Ça, c'est la partie argent, souligne M. Gagnon, mais j'ajouterais qu'il y a tout le support technique, ce qui est fort important. Nous entretenons une véritable relation de partenariat, ce qui est bien davantage qu'une question d'argent. J'ai accès à leurs laboratoires et j'utilise leurs produits pour tester mes nouvelles affaires! C'est une belle synergie.» Réciproquement, l'entreprise a directement accès aux recherches menées à l'ÉTS, en plus de les orienter, comme le confirme M. Gagnon: «Nous faisons pour eux de la recherche axée sur leurs besoins.»

Spécifiquement, la chaire explore de nouvelles architectures de systèmes de communication sans fil en termes de traitement numérique du signal et de micro-électronique à très haute vitesse. Les ingénieurs mettent aussi au point un système de communication très complexe doté de plusieurs antennes d'émission et de réception. «De la sorte, souligne le titulaire, la prochaine fois qu'il y aura un appel d'offres, l'entreprise disposera d'une base technologique importante qui lui permettra d'assembler un produit ou de faire une démonstration de façon très rapide.»