Point sur... l'enseignement supérieur - Chaires de recherche - À propos d'Excellence

Le journal est un hebdomadaire. Son premier lectorat est constitué d'étudiants, de professeurs, de personnel de soutien, bref, de tous ceux qui fréquentent le campus de l'Université de Montréal. Dans l'édition du 26 août dernier, Forum — ainsi s'appelle la publication que produit la direction des communications et du recrutement de cette université — publiait en pages intérieures un texte qui, il n'y a pas longtemps encore, aurait fait la manchette: «Création de neuf nouvelles chaires de recherche du Canada». Et de présenter rapidement ces chaires orientées vers la neurophysiologie, la nutrition, la génomique, la théorie des nombres, les neurosciences, la biologie, l'histoire de l'art, l'environnement ou la bio-informatique. De plus, si la majorité des titulaires sont des professeurs rattachés à l'institution, il était souligné que l'un d'eux venait de Caroline du Nord quand, des deux autres, l'un avait été recruté au Centre d'immunologie Pierre-Fabre, en France, et le dernier à l'Université Paris-VI.

Il faut dire qu'à l'Université de Montréal, une telle récolte semble être devenue la norme alors que sa banque de données affiche sur une base régulière une liste de près de 1000 programmes de recherche. Et la situation ne serait pas exceptionnelle à l'intérieur de ces grandes institutions: des données aussi spectaculaires seraient d'ailleurs recueillies par qui approcherait, dans une quête d'information, les McGill, Laval ou les grandes écoles québécoises.

Une affaire de milliards

Pour comprendre ce qu'est devenue cette industrie de la recherche — car c'est devenu une industrie, quand il est loin le temps où cette activité se limitait au simple aménagement d'un local pour accueillir un laboratoire —, il y a quelques données statistiques qui en tracent le portrait. Ainsi, le gouvernement du Canada rend disponibles annuellement des sommes qui dépassent le milliard de dollars, alors que Québec contribue par des programmes spécifiques pour 150 M$ à la recherche universitaire. Aussi, diverses fondations privées ou publiques s'ajoutent à la liste des commanditaires, si bien qu'à la seule Université de Montréal, près de 7000 demandes de subventions doivent être faites avant de recevoir en retour une réponse positive dans le cas de 4500 d'entre elles.

Beaucoup d'argent alors? En fait ce serait peu. «Il y a même certaines subventions qui peuvent nous parvenir du National Institute of Health (NIH) des États-Unis. Pour eux, les budgets de recherche en santé au Canada, c'est une peanut. Ils sont 100 fois plus riches que nous», déclare Jean Yvon Timothy, directeur du Bureau de liaison Entreprises/Université et des subventions pour cette même institution.

Alliances

Dans un tel contexte, la compétition est grande. Et les alliances se font nombreuses. Elles ont lieu entre institutions. En avril dernier, l'INRS, l'Université de Sherbrooke, l'École polytechnique, Laval, McGill ainsi s'associaient pour mettre en place un laboratoire de micro et de nanofabrication au Centre énergie, matériaux et télécommunications de l'INRS. Il en va ainsi quand l'investissement de départ pour un tel projet approche les 15 M$. Les alliances ont aussi cours quand la grande industrie recourt aux institutions pour opérer des avancées dans les secteurs qui les concernent: Bombardier le fait en aéronautique à l'Université de Sherbrooke, Bell à l'UQAM et même Rona à l'École des hautes études commerciales.

Il faut dire qu'au moment où les marchés s'ouvrent, quand la planète devient un territoire étroit où règne la compétitivité, pour ne pas dire la compétition, il faut repousser toujours plus loin les limites des connaissances tout en évaluant de façon précise tant les résultats que les objectifs à atteindre. Au temps de l'excellence, la patience est aussi de mise. Les laboratoires pharmaceutiques le répètent à outrance quand ils justifient le milliard investi souvent pour la production d'un seul médicament. Il en va de même dans les universités où une recherche dans un secteur donné s'étale sur sept, voire dix ans, avant de pouvoir conclure sur la seule preuve de la viabilité de la démarche: dans un tel cas, la fabrication — ou la commercialisation — d'un produit pourra alors débuter.

Quant aux questions posées et, aux secteurs d'études touchés, ils varient, découlant d'activités qui doivent cependant toujours tenir compte du fait que le mandat premier de ces institutions est la formation des étudiants. Cet objectif serait atteint quand ces derniers sont confrontés aux ultimes découvertes opérées dans leur champ d'études.