Université de Montréal - Une aventure multidisciplinaire

La nouvelle Chaire CIBC en recherche sur les causes du cancer du sein se concentre sur l'action des oestrogènes et des anti-oestrogènes dans le développement et le traitement des tumeurs mammaires.

Le 3 octobre dernier, l'Université de Montréal a annoncé la création d'une Chaire de recherche sur les causes du cancer du sein qui demeure, avec celui du poumon, responsable du plus grand nombre de décès par cancer chez les femmes. Une femme sur neuf, affirment les statistiques, court le risque d'être affectée par un tel cancer au cours de sa vie.

Sylvie Mader, biologiste moléculaire, est titulaire de la Chaire de recherche sur les causes du cancer du sein, mise sur pied grâce à un don de près de un million de dollars de la banque CIBC. Elle dirige une équipe de dix personnes au Département de biochimie de l'Université de Montréal. Ils bénéficieront de la subvention, provenant des revenus générés par ce capital durant les cinq prochaines années, pour faire avancer les projets de recherche.

La recherche fondamentale

Sujet d'études principal, nous dit Sylvie Mader: caractériser les mécanismes par lesquels les hormones stéroïdiennes (comme l'oestrogène) et leurs récepteurs intracellulaires agissent. «Ces récepteurs, explique-t-elle, sont des facteurs qui viennent contrôler l'expression de gènes dans la cellule. Nous cherchons à analyser les réponses d'expression des gènes au signal hormonal.»

Si les recherches du Dr Mader se concentrent sur les effets des oestrogènes, c'est que ces derniers stimulent la prolifération des cellules épithéliales mammaires (celles du développement des tumeurs). Le cycle hormonal, par exemple, résulte en une phase transitoire de prolifération suivie d'une phase de régression et de mort cellulaire. «Au cours de la vie d'une femme, expose Sylvie Mader, chaque cycle menstruel a donc provoqué une prolifération des cellules épithéliales mammaires, une action de stimulation des oestrogènes souvent conservées dans les tumeurs lorsqu'elles se sont développées. Nous tentons de comprendre le mécanisme d'action normal des oestrogènes ainsi que le mécanisme d'action des molécules pharmacologiques que sont les anti-oestrogènes qui viennent bloquer l'effet des oestrogènes.» L'équipe du Dr Mader travaille à partir de cellules provenant de patientes atteintes de cancer. Comme ces cellules n'ont une durée de recherche efficace que de quelques jours, les chercheurs utilisent également des lignées reproduites en culture. «Des lignées stables permanentes que l'on peut propager et qui sont de bons modèles, explique Sylvie Mader, mais leur nombre est quand même limité. Pour cette raison, nous voulons nous rapprocher d'un contexte plus intéressant pour nous et plus proche du cancer du sein lui-même en travaillant plutôt avec des cultures primaires qui proviennent de tumeurs mammaires.»

Les chercheurs profitent, pour l'avancement de la science, d'une technologie de fine pointe appelée micropuce d'ADN, un rectangle qui s'apparente visuellement à une diapositive. La micropuce d'ADN est, en quelque sorte, une base de données qui permet l'observation des mécanismes d'action des médicaments anti-oestrogènes sur l'ensemble du génome, plutôt que de devoir le faire gène par gène.

Mieux comprendre et mieux traiter

Sylvie Mader et son équipe poursuivent deux objectifs principaux. Le premier en est un de recherche fondamentale afin de mieux comprendre les mécanismes d'action des oestrogènes et anti-oestrogènes à partir de matériel proche de la pathologie elle-même, en vue d'arriver à des traitements plus pertinents dans la lutte au cancer du sein.

«Le second est plus ambitieux, exprime la chercheuse. Nous essaierons, pour chaque tumeur analysée, de prédire la réponse de la patiente à la thérapie par les anti-oestrogènes. Si cette prédiction s'avère efficace, elle pourrait constituer une aide considérable dans le choix de la thérapie à administrer à chaque patiente.»

De plus en plus, souligne le Dr Mader, les projets de recherche regroupent l'expertise de différentes équipes. C'est aussi le cas de ceux qu'elle dirige. Pathologistes et chirurgiens, et plus particulièrement les collaborateurs du Dr Robidoux, éminent chercheur attaché au CHUM et lui-même titulaire d'une chaire en recherche clinique, lui fournissent les cellules nécessaires à l'étude.

La Chaire en recherche sur les causes du cancer du sein s'intègre d'ailleurs dans le consortium déjà en place et coordonné par le Dr André Robidoux, qui privilégie une approche multidisciplinaire clinique, biologique, épidémiologique et thérapeutique pour faire avancer connaissances et pratiques dans le traitement du cancer du sein. Le consortium logé au CHUM est en voie de devenir un centre de référence majeur dans la lutte contre le cancer du sein, rapporte-t-on du côté de l'Université de Montréal.

Autre collaborateur d'importance, le Human Genome Center de Montréal, dirigé par le Dr Thomas Hudson, prête, pour sa part, l'expertise de ses membres dans l'analyse des micropuces d'ADN. «Dans le cadre de cette recherche, poursuit Sylvie Mader, nous faisons partie de réseaux de chercheurs multidisciplinaires qui regroupent non seulement des personnes attachées à l'Université de Montréal, mais également à l'université McGill ainsi qu'à un groupe de recherche subventionné par le Fonds de recherches en santé du Québec.»

Biologiste des gènes

Française d'origine établie à Montréal depuis 1992, Sylvie Mader a étudié à Paris ainsi qu'auprès du professeur Pierre Chambon de l'Université Louis-Pasteur à Strasbourg. Elle y a obtenu un doctorat de biochimie grâce à une thèse sur la régulation de la transcription des gènes.

Son parcours québécois passe par l'université McGill, où elle a poursuivi des études post-doctorales, toujours sur le contrôle de l'expression des gènes, puis l'a menée à l'Université de Montréal où elle occupe un poste de professeure agrégée et enseigne à tous les cycles de formation universitaire en biochimie et en médecine. «Avec les travaux de la Chaire de recherche sur les causes du cancer du sein, résume Sylvie Mader, nous essaierons, par la recherche fondamentale, de découvrir des applications d'ordre pratique au cours des quelques années à venir.»