Survie d'un réseau

Photo: Superstock
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Privé, public: le débat à l'occasion surgit dans le monde de l'éducation. Et pendant ce temps les écoles du double réseau fonctionnent, comme elles l'ont toujours fait sur le territoire québécois. Aujourd'hui toutefois, des difficultés pointent à l'horizon.

François Legault, au temps où il était ministre de l'Éducation, le disait sans ambages: «Le réseau scolaire québécois est constitué de deux réseaux: le public et le privé.» Aucun ministre, avant ou après lui, indépendamment du fait que l'un ou l'autre parti soit au pouvoir, ne l'a contredit.

La présence d'un réseau privé dans le paysage scolaire québécois est en pratique rarement contestée et il s'en trouve même — et ce sont les Jacques Godbout de ce monde — pour regretter le temps où la formation supérieure préuniversitaire relevait de la seule responsabilité des petits séminaires et autres collèges classiques. Aurions-nous ainsi une institution qui aurait l'ambition d'être l'égale du très parisien lycée Louis-Legrand qu'on en trouverait sans doute plus d'un et d'une pour applaudir une telle initiative.

Calculs simples

Ce double réseau fait donc l'affaire de la majorité. Pour l'État, sa présence n'entraîne pas une augmentation des coûts du réseau et, pour les parents qui veulent une éducation où les contrôles sont plus nombreux et l'encadrement plus strict, la facture imposée par une telle décision, il faut l'admettre, n'a rien d'excessif. Pour preuve, il n'y a pas longtemps encore, et cela demeure encore un fait pour plusieurs, avant l'instauration d'un réseau public, il en coûtait le double pour inscrire son mioche à la garderie, comparé à la somme nécessaire qui permettrait plus tard à l'enfant de fréquenter le primaire, le secondaire ou le collégial privé.

Chercherions-nous à trouver autour de nous des points de comparaison qu'il n'y aurait que matière à se féliciter de l'état actuel des choses. Un parent américain, dont les enfants ont fréquenté toutes les grandes écoles accessibles, ne disait-il pas qu'au terme des études de ses trois rejetons, il lui était possible de chiffrer son «investissement» à la joyeuse somme de 1,7 million de billets verts de l'oncle Sam? Aussi, si un parent français décide de soutenir la préparation d'un futur candidat aux écoles spécialisées en lui offrant des «prépas», ces classes préparatoires données par un enseignant privé, et s'il découvre alors que la somme demandée annuellement sera équivalente en euros à 3000 $, il se dit qu'il fait une bonne affaire, une très bonne affaire.

Vive concurrence

Malgré ses apparents avantages, où les rêves scolaires des parents ne coûtent pas beaucoup plus cher que la prime d'assurance permettant à un adolescent de satisfaire son rêve à lui, soit la propriété en titre d'une automobile, le réseau privé craint de subir une baisse sévère d'une clientèle déjà en baisse. Et si le réseau public maintient, souvent à grands frais, surtout dans les régions, ses établissements, le privé, lui, perd de ses collèges. Dès l'arrivée des cégeps, certains collèges sont devenus publics: à Rimouski, à Montréal, à Longueuil, à Valleyfield, partout en fait où une institution publique devenait nécessaire. Et le mouvement s'est poursuivi: en moins de dix ans, la ville de Québec à vu trois lieux d'enseignement collégial mettre la clé dans la porte.

Dénatalité oblige, la tendance à la baisse des inscriptions se poursuit: pas de problème encore au niveau secondaire, mais qu'en sera-t-il au cours des prochaines années? La concurrence sera donc bientôt vive entre les établissements et certains d'entre eux réorientent leur profil: ils se tournent donc vers un enseignement technique spécialisé et, à l'exemple de certaines grandes écoles, ils s'associent au secteur privé, commercial et industriel cette fois, pour offrir des enseignements spécialisés. Les cégeps publics prennent eux aussi une telle orientation: le Cégep du Vieux-Montréal offre déjà des cours de formation professionnelle. Et des commissions scolaires, comme celle des Affluents à Terrebonne, ont aussi déjà bien en place un centre de formation et de services aux entreprises. La bataille de la recherche des clientèles scolaires est engagée.

Le privé et le public mènent donc le même combat. Quant à la recherche d'un personnel enseignant, elle sera bientôt facilitée: ne parle-t-on pas d'un surplus de candidats et candidates prévisible dans les prochaines années, ce qui fera en sorte que ce ne sera plus la charge de travail qui sera le critère premier de sélection d'un poste, mais plutôt la possibilité d'obtenir un emploi.

Dérapages

Là où le bât blesse quand on jette un regard sur l'une des composantes du réseau, c'est lorsqu'on constate les dérapages que des motifs, souvent de nature religieuse, entraînent. Et qui s'est exclamé devant le fait à Montréal d'écoles rabbiniques pas trop orthodoxes sait-il que, au Québec, il est possible de donner une formation où la transmission de la foi chrétienne a priorité sur l'acquisition par l'enfant des connaissances de base?

Toutefois, cela est l'exception, bien que toujours inacceptable, qui se produit au moment même où le secteur privé garantit que les enfants confiés à ses écoles recevront une éducation de qualité. Et que les parents seront toujours informés des succès, comme des faux pas, de leur progéniture.
1 commentaire
  • FARID KODSI - Inscrit 28 septembre 2006 13 h 31

    Le réseau privé - un réseau organisé

    Contrairement au réseau public formé d'enseignants syndicalisés et politisés à l'extrême qui ne pensent qu'à leurs griefs et qui ne font que compter à la seconde près leurs heures de cours et à la journée près leurs innombrables congés et vacances de toutes sortes : les congés de maladie, les congés pédagogiques, les congés parentaux, les vacances de Noël, les vacances d'été..., le réseau privé est formé d'enseignants beaucoup plus organisés et dévoués qui ne pensent qu'au succès de leurs élèves et de leur établissement scolaire.