Niveau primaire - Des spécialistes sont embauchés pour appuyer les enseignantes et enseignants

L’un des grands buts de la réforme au primaire est de faire réussir tous les élèves.
Photo: Jacques Grenier L’un des grands buts de la réforme au primaire est de faire réussir tous les élèves.

Les médias ont parlé abondamment de l'application de la réforme au primaire dans les établissements publics. Mais comment la transition s'est-elle faite dans les établissements privés d'enseignement primaire? Les professeurs se sont-ils butés aux mêmes difficultés, notamment en ce qui a trait à l'évaluation? Les élèves réussissent-ils mieux? Le Devoir a demandé aux directions de deux établissements de se prononcer. Résultat, malgré de grands défis à surmonter, il semble que le bilan de la réforme soit positif dans les écoles privées.

Que ce soit dans les établissements d'enseignement publics ou privés, la réforme en a inquiété plus d'un. «Il y a toujours de la résistance au changement, surtout lorsqu'il est question de nos enfants. De plus, lorsqu'ils inscrivent leurs enfants à l'école privée, les parents s'attendent peut-être à un enseignement plus traditionnel, et certains espéraient même se sauver de la réforme», affirme Claude Lamothe, directrice adjointe à la pédagogie à l'école Saint-Joseph, située en plein coeur du Plateau-Mont-Royal à Montréal.

Les professeurs aussi étaient divisés. «Certains trouvaient que la réforme était nécessaire, d'autres affirmaient qu'ils n'en avaient pas besoin. Il y a eu de la résistance et beaucoup d'incompréhension chez certains, alors que d'autres voyaient venir la réforme avec grand plaisir», explique Louise Chagnon, directrice pédagogique du collège Sainte-Marcelline, situé au nord-ouest de l'île de Montréal.

«La réforme est arrivée comme un gros document sans mode d'emploi», ajoute la directrice du primaire et du préscolaire au collège Sainte-Marcelline, Nathalie Saint-Pierre. «Ça nous inquiétait, mais aujourd'hui, nous nous considérons chanceux puisque ça nous a permis d'appliquer la réforme à notre manière», renchérit Mme Chagnon.

Toujours du par-coeur et des dictées

L'application de la réforme dans les écoles primaires privées n'a toutefois pas éliminé l'enseignement plus traditionnel. «Notre objectif était d'aller chercher le meilleur de la réforme tout en gardant ce qui fonctionnait bien avant. Nous faisons encore des dictées, il y a toujours du par-coeur et des cours magistraux, mais on va maintenant beaucoup plus loin pour rejoindre le plus d'élèves possible», explique Mme Lamothe.

Même chose du côté du collège Sainte-Marcelline. «Nous ne sommes pas toujours en projet. Nous sommes constamment en chassé-croisé entre les projets et l'enseignement plus magistral», affirme Mme Saint-Pierre. «Nous n'avons pas laissé tomber les connaissances, puisque nous croyons que quelqu'un peut être compétent dans quelque chose lorsqu'il a les connaissances nécessaires pour y arriver», poursuit Mme Chagnon.

Plus de ressources pour les élèves

L'un des grands buts de la réforme était de faire réussir tous les élèves. L'école Saint-Joseph est allée chercher des ressources professionnelles pour y arriver. «Nous avons maintenant des orthopédagogues et des orthophonistes qui viennent en classe pour aider les enseignants avec les élèves en difficulté. Nous avons aussi tout un réseau de gens de confiance que nous pouvons référer aux parents en cas de besoin», explique Mme Lamothe.

«C'est d'ailleurs un avantage du réseau privé que de pouvoir bénéficier d'une certaine stabilité "au niveau" du personnel et d'être ainsi capable de bâtir une véritable équipe. Dans le système public, le système de gestion du personnel est extrêmement lourd et permet difficilement de mobiliser une équipe à long terme», ajoute le directeur général de l'école Saint-Joseph, Marc Tremblay.

Le collège Sainte-Marcelline a aussi pris tous les moyens à sa disposition pour tenter d'aider ses élèves en difficulté. «Nous avons maintenant une orthopédagogue à temps plein pour nos élèves du primaire et nous sommes à la recherche d'une deuxième. Nous avons aussi deux psychoéducatrices à temps plein, une pour le primaire et une pour le préscolaire. Nous voulons vraiment aider les élèves en difficulté et nous nous donnons les moyens pour y arriver», soutient Mme Saint-Pierre.

Le défi de l'évaluation

L'évaluation a été un grand défi, au privé comme au public. «C'est ce qui a été le plus difficile, puisque la référence des parents, ce sont les notes», soutient Mme Lamothe. «En même temps, l'expérience de l'enseignant lui permet de porter un jugement sur le cheminement de l'élève qui va beaucoup plus loin que la simple addition de notes», complète M. Tremblay.

Au collège Sainte-Marcelline, une soirée d'information pour les parents a rapidement été organisée pour faciliter la transition. «Nous avons un rôle à jouer pour donner des points de repère aux parents. Certains souhaitent toujours que nous retournions aux notes, mais plusieurs se rendent compte qu'une fois qu'ils ont compris les clés de lecture du bulletin, ils ont une meilleure idée des défis qui guettent leur enfant. Et si les professeurs prennent plus de temps pour évaluer leurs élèves, ils les connaissent maintenant mieux et sont davantage en mesure de détecter leurs difficultés», affirme Mme Saint-Pierre.

Des résultats très positifs

En somme, l'application de la réforme semble avoir été très positive dans les écoles primaires privées. «Depuis, il y a plus de place pour la créativité. Les projets obligent les professeurs à accepter différentes solutions et cette ouverture augmente la motivation et la participation des élèves. Il y a encore beaucoup de travail à faire avec la réforme, mais ça ne nous décourage pas, puisque c'est toujours une amélioration pour l'école», affirme Mme Chagnon.

«La réforme nous a aussi poussés à nous questionner sur la réussite des garçons. Nous essayons de les accepter davantage avec leurs différences et de leur donner plus d'espace. Jusqu'à maintenant, ça semble bien fonctionner. D'ailleurs, l'an passé, aucun de nos élèves de 6e année n'a eu d'échec et c'était la première fois depuis des années. Ce n'est qu'une observation, mais c'est bon signe», ajoute Mme Saint-Pierre.

À l'école Saint-Joseph, si le ministère de l'Éducation laissait tomber la réforme, rien de ce qui a été mis en place ne serait retiré. «Le personnel de l'école travaille beaucoup plus ensemble et ça rejaillit sur les enfants. Ils ont plus de plaisir à venir à l'école, la motivation est plus grande, ils sont plus curieux, plus autonomes et les élèves en difficulté sont mieux encadrés», soutient Mme Lamothe. «Toutefois, le défi est de garder un juste équilibre entre le développement de toutes ces belles qualités à travers les projets tout en maintenant notre haut standard de connaissances plus traditionnelles», conclut M. Tremblay.

Collaboratrice du Devoir