Écoles - Les vieux collèges croulent sous le poids des ans

Un nouveau dossier est devenu le dossier prioritaire de la Fédération des établissements d'enseignement privés. Il s'agit du parc immobilier et de sa possible rénovation. Prioritaire puisque cette rénovation, dans certains cas, est désormais plus que nécessaire.

«Ce n'est pas le cas de tous nos établissements, précise Jean-Marc Saint-Jacques, président de la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP). Certains de nos établissements sont plus neufs, d'autres ont déjà fait l'objet de rénovations. Mais ce qui est devenu critique, ce sont nos établissements qui ont un certain âge. Je pense, entre autres, au Collège de Lévis.»

En effet, certains des établissements d'enseignement privés logent dans des immeubles qui appartenaient autrefois à des communautés religieuses et ont maintenant entre 50 et 70 ans d'âge. «Pour ces établissements, il s'agit de rénovations majeures. On pense ici à refaire la toiture, la fenestration, le revêtement extérieur en pierre, la chaufferie, bref, ce sont d'importants travaux d'infrastructure qui doivent être entrepris.»

Et qui exigeront l'investissement de sommes importantes. D'autant plus que certains de ces établissements ont des classements historiques, ce qui oblige à respecter certaines règles lors de la rénovation. De plus, comme ces immeubles sont vieux, ils ne répondent plus aux normes actuelles du Code du bâtiment. Toute rénovation implique donc une mise à niveau. Évidemment, tout ceci fait grimper le coût des travaux. Comment financer alors pareil chantier?

Une solution mixte

Selon Jean-Marc Saint-Jacques, il est impensable que les établissements d'enseignement privés puissent financer à eux seuls d'aussi importants travaux de construction. «Nous ne disposons pas de pareils moyens financiers.» À l'heure actuelle, les établissements d'enseignement privés assument à même leur budget de fonctionnement les rénovations qu'ils entreprennent, puisque le gouvernement du Québec n'affecte aucune somme à cet effet. Ce sont en général des rénovations moins lourdes, comme la réfection d'une cage d'escalier.

«Il y a les fondations qu'ont mises en place les collèges et qui permettent d'amasser des fonds pouvant servir à défrayer le coût de certaines rénovations, explique Jean-Marc Saint-Jacques. On peut aussi demander aux parents de fournir un effort supplémentaire. Mais il y a une limite à ce que l'on peut faire.»

Il y a aussi la possibilité d'approcher les institutions financières afin de contracter une hypothèque sur l'immeuble, ce qui permettrait de financer une partie des travaux. «Mais le milieu bancaire est un peu frileux à notre égard puisque aucune banque n'est vraiment intéressée à saisir une école ou un collège, surtout si l'immeuble est situé en région.» Sans compter que cette hypothèque doit être remboursée, ce qui vient augmenter le service de la dette des établissements.

Appel à l'aide

La solution, croit-il, passe par une participation financière accrue de la part du gouvernement du Québec. Déjà, celui-ci alloue un montant d'argent par étudiant — environ 100 $ par tête de pipe — au titre de la valeur locative de l'immeuble. «Cet argent est censé servir à l'entretien normal, mais il est déjà nettement insuffisant.» En effet, dans certains cas, comme au collège Bourget, cette somme ne couvre même pas la moitié du coût du chauffage et de l'éclairage.

Il faudrait donc trouver un moyen de bonifier l'effort financier du gouvernement en ce qui a trait aux immobilisations dans le secteur des établissements d'enseignement privés. Ce que propose Jean-Marc Saint-Jacques, c'est un programme spécifique d'investissement à coûts partagés. «Le gouvernement pourrait financer les rénovations à hauteur de 60 %, comme il le fait présentement pour le fonctionnement. Ce pourrait aussi être un partage égal, soit 50 % chacun. Les deux options nous conviennent.»

Ce dont il ne veut pas, par contre, c'est d'une mesure «mur à mur», comme une somme versée à chaque établissement, basée sur le nombre d'étudiants. «Le programme doit cibler les établissements qui ont besoin de rénovations majeures, sinon le problème n'est pas réglé.»

Bien que l'on n'ait pas encore chiffré la somme totale des investissements nécessaires, Jean-Marc Saint-Jacques estime «qu'il faudrait que le gouvernement investisse environ 10 millions de dollars par année pendant quelques années.» Le temps presse, selon lui. «Plus on attend, plus les travaux vont coûter cher. Et on devra les faire un jour ou l'autre. Tout comme dans le cas du patrimoine religieux, on doit trouver un moyen de préserver le patrimoine éducatif.»

Renouveau pédagogique

Remis en question par certains, contesté même par d'autres, le renouveau pédagogique a aussi fait son entrée dans les établissements d'enseignement privés. Une entrée moins grinçante, croit-il, qu'à l'école publique. «Ça s'est bien passé dans nos établissements, surtout au primaire. Pour ce qui est du secondaire, c'est un peu tôt pour faire une évaluation précise.»

Si le renouveau pédagogique a été plutôt bien accueilli par les enseignants du secteur privé, c'est, soutient Jean-Marc Saint-Jacques, parce que «le renouveau pédagogique permet de préserver ce qui est la tradition de nos maisons. Plusieurs éléments du renouveau pédagogique figuraient déjà dans la pratique de certains de nos établissements, comme les écoles internationales, par exemple.»

Autre facteur, selon lui, qui a joué: la collaboration des syndicats. «Nous n'avons pas connu de "boycott" des activités de formation de la part de nos enseignants, ce qui a permis à ces derniers de mieux s'approprier la réforme.»

Tout n'est pas parfait, par contre, et certaines des doléances du secteur public trouvent écho dans le secteur privé. «L'évaluation de l'étudiant demeure un problème, en particulier l'évaluation de l'apprentissage des compétences transversales. Les enseignants ne savent pas comment les évaluer correctement. Il faut apporter des correctifs.»

Nouveautés

Deux nouveautés sont inscrites à l'agenda de la FEEP. D'ici la fin du mois d'octobre, celle-ci se sera dotée officiellement d'une charte de l'enseignement privé. «On y trouvera les valeurs et les balises dans lesquelles on se retrouve.»

De plus, dans le cadre du 400e anniversaire de la ville de Québec, la FEEP organisera le tout premier Congrès international de l'enseignement privé francophone. L'événement est prévu pour le mois d'août 2008 et l'on vise la participation d'environ 1000 congressistes. Le congrès devrait s'échelonner sur une période de trois à quatre jours.

«Déjà, nous avons créé des ponts avec des associations d'établissements d'enseignement privés en Suisse, en France et en Belgique. La réponse est plus que positive.» Rendez-vous en 2008 donc.

Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 23 septembre 2006 11 h 51

    Quelle belle coïncidence !

    Le constat de vétusté des vieux collèges privés tombe à point nommé. Le gouvernement du très conservateur Jean Charest aura certes la compassion que requiet leur rénovation, voire leur restauration. Après les églises, les institutions privées ! Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes conervateurs !