Examens d'admission - Des parents sur la sellette autant que leur progéniture

Le Collège de l’Assomption
Photo: Jacques Grenier Le Collège de l’Assomption

Un blitz de résolution de fractions et de révision des règles de grammaire n'est pas conditionnel à la réussite de l'examen d'entrée des collèges privés. Selon plusieurs directions d'école, mettre son enfant en confiance serait une meilleure stratégie.

Au cours des prochaines semaines, les collèges privés d'enseignement secondaire du Québec feront passer leurs examens d'entrée aux candidats. Pure formalité pour certains, véritable purgatoire pour d'autres, ce passage obligé effraie souvent davantage le parent que l'enfant.

Les mains moites et le coeur battant la chamade, plusieurs feront le pied de grue devant les portes de l'école choisie, espérant que leur progéniture en ressorte triomphante, sinon satisfaite. Pour y arriver, ils n'hésiteront pas à préparer leur enfant avec l'aide d'un tuteur, de livres ou d'une révision de dernière minute. Nombre de directeurs désapprouvent ces méthodes et les jugent parfois même nuisibles.

Le coordonnateur des services à l'enseignement secondaire de la Fédération des établissements d'enseignement privés (FEEP), Guy Bouchard, estime que l'inquiétude parentale est naturelle, mais qu'elle ne justifie pas un bourrage de crâne. «Les parents n'ont pas à s'en faire outre mesure, dit-il. Le bagage scolaire de leur enfant devrait être suffisant pour passer l'épreuve.»

Le directeur général du Collège de Laval, Michel Baillargeon, ajoute toutefois que les difficultés éprouvées par des élèves sont quelquefois directement liées à un enseignement primaire déficient. Il rejette du revers de la main les livres préparatoires à l'examen d'admission, mais invite les parents à s'assurer que leur enfant est compétent dans les matières évaluées, c'est-à-dire le français et les mathématiques. «Un professeur privé peut s'avérer utile dans certains cas, pense-t-il. L'important est que l'élève apprenne à raisonner et non qu'il pratique une recette apprise par coeur. Ce n'est alors que du gaspillage.»

L'auteure du livre Réussir l'examen d'entrée au secondaire. Écoles privées — écoles internationales, Pierrette Tranquille, croit que les directions d'écoles privées doivent juger différemment la préparation à l'examen. «Entrer au privé, c'est entrer dans la compétition, explique-t-elle. Si l'enfant est prêt à faire l'effort de réviser, cela dénote une volonté ferme qui devrait être prise en compte lors de l'évaluation. Vouloir se remettre en mémoire des notions étudiées il y a plusieurs mois est légitime.» Pierrette Tranquille défend par ailleurs ses méthodes. «Ce n'est pas du bourrage de crâne. J'enseigne plutôt des stratégies pour mieux réussir.»

« Ce n'est pas un "Génies en herbe"! »

Plusieurs institutions incluent des examens de culture générale et d'habiletés logiques dans leur batterie de tests. Le directeur général du Collège de l'Assomption, Pierre Carle, conseille aux parents d'inciter leurs enfants à effectuer un «jogging» intellectuel dès le plus jeune âge. «Les mots croisés, les mots cachés, les sudokus, les échecs et la lecture à caractère éducatif sont des exemples d'activités essentielles pour conserver l'éveil intellectuel», explique-t-il.

Il précise cependant que l'entraînement des habiletés mentales doit être constant. Jongler avec les mots et les chiffres uniquement pour réussir les examens d'entrée ne sert à rien. «C'est pas un "Génies en herbe"! On ne se prépare pas au marathon en faisant des 100 mètres», illustre-t-il.

Si les révisions de dernière minute ne sont pas encouragées, quelques écoles recommandent néanmoins aux enfants de revoir à l'avance les matières de base. Mais les dérapages surviennent rapidement. «Quelquefois, le parent oriente l'enfant car il croit que nous insistons plus sur les mathématiques que sur le français. La préparation n'est donc pas adéquate», remarque le directeur des services éducatifs du collège Jean-de-Brébeuf, François Tremblay. Certains parents oublient ainsi le but de l'examen d'admission. «Nous évaluons l'ensemble du potentiel intelligent de l'enfant. Nous recherchons des élèves capables de vivre dans des programmes enrichis et d'y développer leurs compétences sociales», affirme M. Tremblay.

L'appréhension grandissante des parents devant les examens d'entrée n'est pas sans raison. La popularité de l'enseignement privé limite le nombre de places dans les institutions, particulièrement à Montréal. Les grands collèges refusent plus de la moitié des candidats.

Beaucoup craignent aussi les impacts de la réforme scolaire, puisque les enfants ne sont pas habitués aux évaluations sous forme de questions à choix multiples. Des écoles conseillent d'ailleurs aux parents d'entraîner leurs enfants à bien noircir les trous des feuilles mécanographiques. Un décalage des réponses est parfois à l'origine de malheureux échecs.

L'interprétation des bulletins soulève également beaucoup de questions. Certaines directions ne se cassent plus la tête et ignorent désormais le relevé de notes. Le collège Jean-de-Brébeuf et le Collège de l'Assomption l'exigent encore afin d'obtenir un portrait global de l'élève. D'autres, comme le Collège de Laval, l'utilisent pour départager les enfants ayant obtenu des résultats semblables à l'examen.

Afin de mettre un terme à ces problèmes récurrents, la FEEP a mis sur pied un comité de travail qui réfléchit notamment à l'ajustement des tests d'entrée à la réforme. L'analyse du bulletin y est observée. «On veut s'assurer que l'historique de l'élève soit considéré et interprété avec justesse par le milieu», explique Guy Bouchard. Le comité s'attarde aussi au stress vécu par les enfants qui enchaînent les examens dans quatre ou cinq écoles différentes. Des pistes de réflexion seront annoncées au cours des prochains mois.

Le stress parental

Pour plusieurs directions d'école, la confiance du parent en son enfant surpasse tous les outils de préparation aux examens. «Souvent, le père ou la mère communique sa nervosité à l'enfant», remarque Michel Baillargeon. Bien des collèges interdisent d'ailleurs la présence des parents entre les murs de l'école tant que l'évaluation n'a pas pris fin.

Certains souhaitent tellement que leur enfant étudie au privé qu'ils frappent à toutes les portes pour ne prendre aucun risque. Tous les intervenants interrogés s'entendent pour dire que la passation d'examens dans plus de trois écoles n'est pas recommandable.

Michel Baillargeon souligne aussi que le refus d'une école n'est pas une catastrophe. «Négocier pour que son enfant soit tout de même accepté n'est pas une bonne idée. S'il a des carences au départ, je ne vois pas comment il pourra rattraper son retard. En fait, ça ne sert à rien d'insister. Notre réponse sera toujours non, car nous ne lui rendrions pas service en l'acceptant.»

Bien des facteurs peuvent conduire à la réussite ou à l'échec de l'inévitable examen d'admission qui, somme toute, n'est qu'une étape parmi tant d'autres dans le cursus scolaire. «Être admis dans une école, c'est bien. Mais compléter les cinq années du secondaire et obtenir son diplôme, c'est encore mieux», rappelle avec sagesse Pierre Carle.

Collaboratrice du Devoir
2 commentaires
  • N Noel - Inscrite 31 août 2007 10 h 36

    motivation

    Je suis d'accord, avec le fait qu'avoir un diplôme est encore plus important que d'entrer dans une institution en particulier néamoins, si on peut se permettre d'envoyer un enfant motivé par lui même à étudier dans un collège en particulier, pourquoi pas !

    Je pense aussi que du bourrage de crâne est éphémère. Faire confiance en son enfant est la moitié du chemin, une petite révision étalée sur plusieurs semaines (un peu à tous les jours, avec les devoirs) n'est pas mauvais, rien que pour s'assurer que l'enfant comprenne bien sa base...

  • Nathalie Lamoureux - Inscrite 5 septembre 2007 23 h 06

    Beaucoup hésité à préparer mon enfant aux tests

    J'ai beaucoup hésité à préparer mon enfant. C'est après avoir parlé avec un professeur de math d'une école secondaire (progr. éducation internationale)qui m'a suggéré de réviser les maths avant l'examen d'admission que j'ai pris ma décision. Ma fille a accepté de participer à un atelier de révision du français et des maths au sein d'un organisme.

    Je crois que l'important c'est de ne pas trop insister auprès de notre enfant. Moi j'ai toujours laissé le choix à mon enfant si elle voulait réviser ou non. J'ai découvert agréablement chez elle une motivation qui m'a surprise. En ce qui concerne la culture, cela fait quelques années que je la préparais (géo, histoire...) et le livre acheté à la librairie m'a offert plusieurs occasions d'échange avec mon enfant. Pour la culture générale, l'important c'est de commencer très tôt, pas quelques mois avant les tests.

    Je suis parfaitement d'accord avec Mme Lambert-Chan, il ne faut surtout pas mettre de pression sur nos enfants et leur transmettre notre anxiété. Moi c'est certain qu'elle passe les tests ou non, elle aura fait de son mieux, c'est tout.