Les écoles d'éducation internationale sont bien en selle au Québec

Le collège Brébeuf
Photo: Jacques Grenier Le collège Brébeuf

De nombreuses écoles des réseaux public et privé d'éducation à travers le monde ont choisi d'adopter en tout ou en partie les programmes d'éducation de l'Organisation du baccalauréat international (IBO). Cette approche pédagogique a obtenu la faveur des Québécois et les écoles dites internationales se sont multipliées à partir des années 1980 dans plusieurs coins de la province.

Fondée en 1968, l'IBO collabore actuellement avec 1888 établissements scolaires répartis dans 124 pays, qui sont divisés entre quatre immenses régions, afin de développer et de proposer ses trois programmes d'éducation à près d'un demi-million d'élèves âgés de trois à 19 ans.

Au Québec, qui relève en partie de la région Amérique du Nord, du Sud et Caraïbes, il y a aujourd'hui au primaire

26 écoles internationales francophones et une anglophone; au secondaire, il y en a 94 qui sont francophones et deux qui sont anglophones; le collégial francophone compte six institutions à caractère international et il s'en trouve deux du côté anglophone. L'ensemble de ces écoles s'est rassemblé ici au sein de la Société des établissements du baccalauréat international du Québec (SEBIQ).

Stratégie québécoise

Louis Bouchard est le directeur général de la SEBIQ et il situe le rôle des deux organismes: «La SEBIQ n'est pas un passage obligé pour quiconque, c'est-à-dire que les écoles ont le devoir et l'obligation d'être en relation directe avec l'Organisation du bac international parce que c'est elle qui organise, vérifie et supervise les visites d'établissements, etc. De notre côté, nous sommes une création locale qui vient des écoles elles-mêmes; dès le début, elles ont voulu se rassembler pour finalement partager le défi d'implanter un nouveau profil dans un régime pédagogique qui était essentiellement commun aux membres, en dépit des distinctions existant entre les réalités des différentes écoles.»

Il existe une vingtaine de regroupements semblables à la Société mais, pour des raisons linguistiques, le rôle de celle-ci s'est élargi: «L'anglais est de très, très loin la langue prépondérante, car il y a probablement plus de 95 % des établissements de l'Organisation qui fonctionnent dans cette langue. L'espagnol vient au deuxième rang. Quant à eux, les francophones constituent un faible pourcentage de cet ensemble, sauf du côté des écoles secondaires; pendant longtemps, c'est ici que, en chiffres absolus, se trouvait le plus grand nombre de celles qui donnaient le programme et ces dernières demeurent nombreuses.»

Dans ce contexte et malgré les efforts consentis, les gens de New York ne possèdent pas nécessairement les habiletés requises pour offrir des services complets en français aux établissements québécois; il est donc actuellement question de structurer et de formaliser davantage les relations entre l'IBO et la SEBIQ, une sous-région qui est déjà autorisée à donner les ateliers de formation officiels du bac international et à effectuer les visites de vérification dans les écoles.

«On est comme des sous-contractants. Depuis l'an dernier, un membre de notre personnel est rémunéré pour 20 % de sa tâche par le bureau de New York dans le but d'effectuer un rapprochement et d'offrir aux francophones l'occasion de recevoir des réponses rapidement dans leur langue.»

Des programmes rigoureux

Le directeur général se penche sur les objectifs fondamentaux que poursuit le baccalauréat international: «L'Organisation veut former des adultes qui auront une tête bien faite et le coeur bien à sa place. Oui, ce sont des programmes qui sont rigoureux et exigeants, mais qui sont offerts à tout le monde. Ils visent à créer des gens qui sont éveillés, curieux, qui sont ouverts et intéressés à ce qui se passe autour d'eux, et qui considèrent la diversité comme un avantage plutôt qu'une menace. D'autre part, ce seront des personnes qui vont jeter un regard sur les autres et qui vont être empreintes de compassion; ce seront des citoyens qui vont chercher à jouer un rôle actif dans la société à l'intérieur de laquelle ils évoluent.»

Pour en arriver là, les programmes pédagogiques du primaire, du secondaire et du collégial sont les outils mis en place: «Ceux-ci dépassent toujours un peu la pédagogie et c'est pourquoi on retrouve toujours une composante "action" dans chacun d'eux. À l'intérieur de ceux-ci, il y a le CAS, qui est un acronyme pour créativité, action, service. En vertu de celui-ci l'étudiant du collégial doit consacrer 150 heures à des activités, qui sont idéalement réparties en trois blocs de plus ou moins 50 heures.»

Il explique les objectifs ainsi poursuivis: «L'idée était de faire en sorte que les jeunes formés à travers ce programme ne soient pas que des forts en thème qui ne font que s'embarquer dans les livres et dans leurs études, dont ils ne sortent pas; on voulait qu'ils s'engagent eux-mêmes au service de la société ou de la collectivité dans laquelle ils décideraient d'agir.»

Il en va de même au secondaire, quoique les choses diffèrent sensiblement au primaire: «C'est moindre parce qu'ils sont tout petits, mais il y a toujours une composante "action", qui se déroule habituellement dans le milieu propre de l'élève, à l'intérieur de l'école.»

Implantation d'un programme

Par la suite, Louis Bouchard laisse savoir que les écoles désireuses de joindre les rangs du bac doivent s'inscrire, dans la plupart des cas, dans un processus de longue haleine. Celles-ci doivent d'abord déposer une déclaration confirmant leur intention d'aller de l'avant, qui s'accompagne d'une somme de plus de 6000 $.

«C'est assez long parce que les écoles doivent d'abord réaliser une étude de faisabilité, qui peut durer de six mois à un an. Il y a un consensus à développer parce qu'il y a des habitudes à changer. Ensuite, il faut compter deux ans de préparation parce que l'établissement ne peut pas être reconnu par l'Organisation du bac tant qu'il n'y a pas un certain nombre de choses qui sont mises en place; il faut encore que des membres du personnel aient fréquenté les ateliers officiels que celle-ci anime. On doit compter au moins "une couple" d'années pour tout cela, en plus de la période réservée à l'étude de faisabilité et à l'obtention du consensus.»

Après ce temps, soit au moment où la première cohorte est rendue en troisième secondaire, se déroule une visite d'autorisation, qui est toutefois précédée par des rencontres de consultation s'inscrivant elles aussi dans le processus: «À ce moment-là, la Société désigne une équipe de trois personnes qui vont passer deux jours dans l'école. Elles vont voir tout ce qui grouille, grenouille et scribouille. Tout ce qui bouge et respire sera interviewé: élèves, parents, membres du conseil d'établissement et de la direction ainsi que professeurs de tous les départements. On veut voir où les gens sont rendus, qu'est-ce qu'ils en pensent, et évaluer au terme des questions où ils en sont rendus pour obtenir l'autorisation. À la suite de quoi un rapport exhaustif est envoyé au bureau de New York de l'Organisation, qui rend la décision.»

Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 23 septembre 2006 11 h 47

    Vive l'éducation internationale !

    Oui, vive l'éducation internationale ! Il serait malheureux que les enfants de l'élite culturelle ou financière soient tenus de fréquenter les mêmes écoles que les enfants de la classe moyenne ou populaire.
    Comme le fait la communauté juive avec ses écoles très très privées, évitons la contamination sociale. Que les défenseurs de la révolution scolaire des années 1970 aillent se faire voir. La même école pour tous était et est encore une erreur.

  • Jean-François Gosselin - Inscrit 27 septembre 2006 22 h 07

    Malheureuse interprétation

    Les programmes d'éducation internationale visent, entre autres, l'ouverture sur les autres, l'apprentissage ce qu'est "vivre ensemble". Le but de ces voies de formation n'est donc pas, comme voudrait le croire M. Berger, de diviser l'élite des autres enfants, mais bien d'éliminer les préjugés et de former des citoyens qui influenceront positivement leur communauté.
    Il est désolant de constater que des gens craignent "la contamination sociale", mais combien encourageant de voir nos écoles se démener pour renverser ces préjugés honteux.