Collèges - Des institutions opèrent un rapprochement avec les milieux de travail

Les 24 collèges privés de la province accueillent 12 000 étudiants.
Photo: Jacques Grenier Les 24 collèges privés de la province accueillent 12 000 étudiants.

Le nombre d'étudiants inscrits dans les collèges privés du niveau collégial s'est effrité au fil des dernières décennies. En concurrence non seulement avec les cégeps publics, mais avec les autres collèges privés, ceux-ci doivent se renouveler et offrir une plus-value à leur jeune clientèle. Une solution serait-elle d'adopter une pédagogie particulière aux institutions privées?

«Il n'y a pas beaucoup de différences entre les cégeps et les collèges privés du point de vue de l'acte pédagogique, c'est-à-dire dans la relation maître-élèves, soit l'intervention qui existe entre les professeurs et les élèves», admet le président de l'Association des collèges privés du Québec (ACPQ) et directeur du collège privé Mérici, Pierre L'Heureux.

En fait, les contenus des programmes sont relativement semblables, voire identiques dans certains cas. Tous relèvent en partie ou en totalité du ministère de l'Éducation. Autre élément explicatif: les professeurs sont majoritairement formés dans les mêmes universités, par conséquent leurs approches pédagogiques se ressemblent.

Alors qu'est-ce qui peut bien les différencier? Qu'est-ce qui explique que le taux de réussite soit plus élevé dans les institutions privées? «Le soutien offert aux étudiants», répond sans ambages M. L'Heureux.

Un « milieu à caractère humain »

Un soutien qu'on ne peut, selon lui, retrouver dans le public en raison du nombre notable d'étudiants qu'il y a dans les cégeps. «Les collèges privés sont habituellement de petites institutions. Le plus gros, je crois, a environ 2000 à 2300 étudiants.»

Regroupés, les 24 collèges privés de la province accueillent 12 000 étudiants. À titre de comparaison, le Collège Ahuntsic — cégep de la région montréalaise — accueille à lui seul un peu plus de 10 000 étudiants dans ses programmes réguliers et ses formations continues.

«Dans ce contexte, l'engagement du personnel permet de recréer un milieu à caractère humain où l'élève n'est pas laissé à lui-même. Il va donc rencontrer plus souvent ses professeurs. Un même professeur a des chances de donner plusieurs cours aux mêmes élèves, ce qui lui permet d'établir une certaine relation», note M. L'Heureux.

Et ce «milieu à caractère humain» est renforcé par une relation étroite avec les parents, indique M. L'Heureux. Les collèges ne peuvent divulguer aux parents aucune information relative au parcours scolaire des étudiants une fois que ceux-ci sont majeurs. Toutefois, il est possible et important de garder contact avec les parents, soutient-il. Des séances d'information sont donc organisées dans plusieurs établissements afin d'expliquer l'environnement dans lequel évoluent les élèves. Selon M. L'Heureux, les collèges privés se permettent une telle proximité et c'est ce qui explique en partie le taux de réussite plus élevé de leurs étudiants. Il repousse d'ailleurs du revers de la main «le mythe qui veut que nous fassions une sélection des meilleurs élèves».

Perte de vitesse du réseau privé

Malgré tout, en 2004, une étude réalisée pour le compte de l'ACPQ par Martin Riopel, alors professeur en sciences au collège Jean-de-Brébeuf, souligne que «pratiquement toutes les données font ressortir un effritement de la clientèle du réseau privé». Le chercheur souligne aussi que les inscriptions dans le réseau privé, entre 1987 et 2002, illustrent de «façon éloquente toute la difficulté qu'a le réseau collégial privé non seulement à se développer, mais aussi à se maintenir».

Dur constat. Pierre L'Heureux relativise: «Dans les années qui ont servi à l'étude Riopel, il y a des établissements qui sont passés du statut de collège privé à celui de cégep. Il faut évidemment voir ces chiffres à travers cette perspective. De façon globale, c'est donc sûr que la clientèle privée a diminué.»

À titre d'exemple, le Séminaire de Saint-Georges de Beauce devient, en 1990, le Cégep Beauce-Appalaches. En 1993, le gouvernement du Québec étatise le collège Marie-Victorin, en faisant le 47e cégep de la province.

Autre explication: des institutions qui offraient à la fois des programmes de niveau secondaire et collégial ont fermé leur section collégiale. Dans la seule région de Québec, on en compte trois en moins de 10 ans: le séminaire Saint-François, le Collège de Lévis et le Séminaire de Québec. Tous n'offrent aujourd'hui que de l'enseignement de niveau secondaire. «Ils n'arrivaient pas à garder les élèves du secondaire privé parce que, peut-être, l'offre des programmes ne correspondait pas aux besoins des gens.»

Par contre, l'étude de Martin Riopel soutient qu'on ne peut pas expliquer la baisse de clientèle seulement en observant la diminution du nombre de collèges privés. Selon l'auteur, même lorsqu'on ne prend en compte que les institutions privées qui dispensent aujourd'hui de l'enseignement collégial, on remarque une diminution de 18 % pour le préuniversitaire et de 17 % pour le secteur technique. Il faut donc chercher ailleurs les raisons de ce désintéressement, conclut-il.

M. L'Heureux admet qu'il «n'y a pas de collèges privés qui ne soient en difficulté s'ils ne se renouvellent pas constamment».

Le défi du renouvellement

Et ce renouvellement passe en bonne partie par la mise sur pied de programmes qui se marient aux nouvelles réalités, croit M. L'Heureux. Cela passe par l'élaboration de programmes techniques. Car, note-t-il, plusieurs institutions ont dû fermer leur section collégiale faute d'offrir ces programmes. Elles ne proposaient que des programmes préuniversitaires, des programmes qui ont connu au cours des années une baisse significative des inscriptions.

À ce sujet, l'étude de M. Riopel souligne que le programme de sciences de la nature a connu une diminution de 49 % au secteur privé et de 29 % au secteur public. Pour sa part, le programme de sciences humaines a connu une baisse de 62,5 % au secteur privé et 17 % au secteur public.

M. L'Heureux note qu'il est «plus difficile» d'amener une valeur ajoutée aux programmes préuniversitaires, car ceux-ci sont «commandés presque "mur à mur" par les universités». Du même coup, les collèges arrivent difficilement à se distinguer des programmes qu'offre le secteur public.

Pour cette raison, plusieurs collèges misent désormais sur les techniques, souligne M. L'Heureux. «On peut plus facilement amener une valeur ajoutée aux techniques en étant, par exemple, un peu plus complice avec le marché du travail» et en proposant un enseignement plus personnalisé.

Collaborateur du Devoir