L'art forme la jeunesse

Ceux qui croient que discuter du sourire de la Joconde ou d'un passage de Bonheur d'occasion à l'école est inutile et superflu seront confondus.

Une étude commandée par le Musée Guggenheim (MG) de New York conclut que le programme d'éducation artistique (PEA) de l'institution aiguise l'esprit d'analyse et le langage des jeunes. À l'heure où les cours d'art perdent du terrain dans le corpus scolaire, la nouvelle fait l'effet d'un baume.

Les élèves abonnés au PEA, que le Guggenheim propose aux écoles de la Grosse Pomme depuis 35 ans, démontrent de plus grandes capacités d'expression et d'analyse que ceux qui n'y sont pas inscrits, a évalué la firme Randi Korn & Associates, spécialisée dans les enquêtes sur les initiatives muséales et leur impact sur le public.

L'étude, consultée par Le Devoir, s'attardait d'une part sur les perceptions des jeunes vis-à-vis de l'école, de l'art et des musées d'art, et d'autre part sur les aptitudes liées au langage et à l'analyse.

Selon les résultats, les jeunes du PEA ont une attitude généralement plus favorable à l'égard des musées d'art et saisissent mieux le processus artistique, quoique leur perception de l'école et de l'art en général demeure inchangée.

Dans le cadre des entrevues menées par la firme, ces enfants s'expriment aussi avec un vocabulaire plus fourni — l'une des variables observées pour évaluer l'impact du programme d'éducation sur les facultés langagières et d'analyse.

Les 605 élèves sur lesquels portait l'enquête, dont la moitié avaient suivi le PEA du célèbre musée, étaient notamment invités à discuter d'un tableau d'Arshile Gorky (L'artiste et sa mère) et d'un passage d'un roman (Kira-Kira de Cynthia Kadohata).

L'évaluation s'intéressait à six aptitudes en particulier, telles qu'identifiées par un groupe formé d'universitaires et d'experts.

Les groupes participants au PEA avaient de plus grandes capacités à se concentrer, et à livrer des hypothèses et des interprétations variées dans les deux activités. Ils donnaient aussi des descriptions plus complètes en parlant du roman et argumentaient plus aisément à propos de la peinture.

Une contribution essentielle

La firme Randi Korn & Associates, qui a réalisé plus 350 enquêtes sur différents aspects des musées, dont quelques-unes sur les PEA des institutions muséales, n'a jamais établi une aussi forte corrélation entre un tel programme et les aptitudes des étudiants.

Pour la directrice du département d'éducation du Guggenheim, il s'agit d'une «contribution essentielle au champ de l'éducation en art et muséale», a-t-elle déclaré au New York Times à la fin de la semaine dernière.

Si on ignore exactement comment l'éducation artistique permet de développer ces facultés, Johanna Jones, associée principale de la firme de recherche, suggère qu'un transfert de connaissances s'effectue, de la lecture de la peinture à la lecture d'un texte. «On émet l'hypothèse qu'en parlant des oeuvres et trouvant le sens des peintures grâce aux questions qu'on leur pose, les enfants apprennent comment trouver le sens du texte», expliquait-elle au même quotidien américain.

L'enquête a été réalisée entre 2004 et 2006, auprès de 36 classes de troisième année choisies de manière aléatoire dans quatre écoles du Bronx et de Queens. Des critères démographiques, socioéconomiques et de niveau d'alphabétisme spécifiques ont guidé la sélection des écoles.

Outre les entrevues et les questionnaires, la firme a aussi utilisé les résultats d'examens annuels en arts, que l'ensemble des écoles de New York soumettent aux jeunes. Seules les notes de la première année de référence (2004-2005) ont été compilées. Or, curieusement, le PEA ne semble pas avoir d'impact sur les résultats scolaires. La compilation des notes de l'année qui vient de s'écouler, qui sera annoncée en octobre, jettera peut-être une nouvelle lumière sur ce point.

Le musée a pu mener cette recherche sur trois ans grâce à une subvention de 724 000 $US du ministère américain de l'Éducation.