L'«espérance de scolarisation» stagne au Québec

Un petit Québécois qui met le pied à l'école aujourd'hui peut espérer y rester 15,6 années, soit à peu près jusqu'à son entrée à l'université. Cette espérance de scolarisation moyenne confirme que le Québec n'a accompli aucun progrès à ce chapitre depuis le début des années 90 et révèle en outre que les garçons risquent de séjourner encore moins longtemps que les filles à l'école.

Cette statistique, tout droit venue des derniers indicateurs de l'éducation publiés par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, pronostique «le temps qu'un enfant entrant au primaire peut s'attendre à passer dans le système scolaire». «Il n'y a pas eu de progrès apparent de la scolarisation depuis 1993-94», note le rapport de plus de cent pages, qui consiste en une série de fiches statistiques brossant un portrait de l'éducation au Québec.

L'«espérance de scolarisation» ne coïncide pas tout à fait avec le nombre d'années d'études réussies et terminées parce que cette durée moyenne tient aussi compte des années de redoublement. Le rapport du ministère note qu'en vertu des données de 2003-04 — les chiffres les plus récents —, une fille séjournera 16,3 ans dans le système scolaire tandis qu'un garçon s'arrêtera plutôt après 15 ans, ce qui donne une moyenne de 15,6 ans.

Cette donnée a pris du galon depuis le milieu des années 80 puisqu'elle s'établissait alors à 14,5 ans, mais depuis le début des années 90, elle est demeurée presque la même, ne laissant aucune place à l'amélioration.

Le document Indicateurs de l'éducation - Édition 2006 décortique en outre les cheminements scolaires au sein de notre réseau, établissant des prédictions à partir des comportements observés chez les jeunes en 2004-05. Le ministère de l'Éducation prédit ainsi que sur un groupe de 100 élèves, 99 mettront le pied à l'école secondaire et 85 en sortiront diplôme en main. Seuls 39 franchiront le cap des études collégiales et 29 celui du baccalauréat. Sur une note toujours plus déclinante, neuf personnes seulement bûcheront sur un mémoire de maîtrise, une seule et unique traversant les embûches menant au titre de docteur.

Tel un refrain invariablement entonné année après année, le rapport réveille le spectre de l'abandon scolaire au secondaire. En 2004-05, le pourcentage de jeunes accédant à la troisième secondaire était de 94 %, une amélioration notable par rapport aux 86 % du début des années 80. Dans la chaîne du secondaire, ils ne sont cependant plus que

85,7 % à accéder à la quatrième secondaire et seulement 75,2 % en cinquième secondaire, ce qui expose des taux d'abandon encore élevés. Notons que ces données comprennent les réseaux public et privé, desquels on n'obtient aucun portrait distinct. Le portrait global est nettement plus positif que celui des 20 dernières années.

Les garçons, qu'on associe désormais à une clientèle vulnérable, sont plus atteints par le décrochage que les filles: ainsi, les derniers indicateurs révèlent que de la troisième à la quatrième secondaire, ils chutent de 92 à 82 %, comparativement à une baisse moins imposante chez les filles (de 96 à 90 %). En secondaire 5, la descente est encore plus abrupte, les garçons perdant 12 points de pourcentage (de 82 à 69,6 %).

Parmi les données qui étonnent, notons le fait que, désormais, l'éducation des adultes ne semble plus uniquement être le lot de ceux qui retournent sur les bancs d'école sur le tard, après avoir interrompu leurs études. Selon les derniers indicateurs, en 2004-05, «14,4 % des élèves d'une génération d'âge scolaire passaient directement du secteur des jeunes à celui des adultes avant l'âge de 20 ans, en formation générale, sans même interrompre leur cheminement scolaire». Vingt ans plus tôt, ce taux n'était que de 1,3 %; «il s'est donc multiplié par 11».

Pendant longtemps, le pourcentage d'élèves de 15 à 19 ans retournant à l'école après avoir arrêté dépassait le pourcentage des adeptes du passage direct à l'éducation des adultes. Mais de nos jours, la tendance est complètement renversée: en 2004-05, plus des trois quarts des nouvelles inscriptions d'élèves de moins de 20 ans au secteur des adultes sont associés à une formation continue, du secondaire général à l'éducation des adultes.