Les élèves immigrants ont de la difficulté à l'école

Le portrait que dresse le ministère de l’Éducation des élèves issus de l’immigration est inquiétant.
Photo: Jacques Grenier Le portrait que dresse le ministère de l’Éducation des élèves issus de l’immigration est inquiétant.

Avec la moitié de ses élèves issus de l'immigration, la Commission scolaire de Montréal (CSDM) vient tout juste de mettre la dernière main à sa politique interculturelle, dont un des premiers objectifs est d'améliorer la réussite des élèves. Or une étude tout juste publiée par Québec démontre que les embûches sont plus nombreuses sur la route de ces élèves que sur celle des autres.

Par rapport à l'ensemble des écoliers du Québec, les enfants issus de l'immigration accusent un retard scolaire plus sérieux. Les écueils semblent encore plus nombreux pour les enfants venus des Caraïbes et des Bermudes, dont 53 % accusaient un retard scolaire en 2003-04.

Il s'agit d'une des conclusions d'un tableau brossé par le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) au sujet de la population scolaire immigrante. Intitulée Portrait scolaire des élèves issus de l'immigration, l'analyse effectuée par Québec jette un regard notamment sur la réussite scolaire de ces enfants, qui composent un pourcentage sans cesse croissant de notre population scolaire, étant passé de 13,7 % du bassin en 1994-95 à 18,1 % en 2003-04.

Le rapport conclut notamment sur le fait que cette clientèle est proportionnellement plus susceptible d'accuser un retard scolaire que l'ensemble des élèves québécois. En effet, même si la situation s'est nettement améliorée au cours de la dernière décennie, 20 % des immigrants ont redoublé au moins une année, comparativement à 16,7 % pour l'ensemble des Québécois.

Cette différence s'accentue toutefois de manière significative après un examen plus fin des données selon la langue et la région d'origine. Le rapport du ministère note en effet que 53 % des enfants venus des Caraïbes et des Bermudes accusent un retard. De même, les élèves cochant le pidgin et le créole comme langues maternelles sont en retard dans une proportion de 44 %, la situation la plus vulnérable par rapport à l'ensemble.

«Pour expliquer le retard chez certains élèves immigrants, disons qu'il est possible qu'ils aient déjà été dans cette situation avant même d'immigrer», note le rapport, qui tente aussi d'expliquer cette différence par des niveaux d'évaluation distincts d'un pays à l'autre ou encore par la «connaissance limitée du français».

Comme pour l'ensemble de la population, la différence garçons-filles se manifeste de la même manière, au désavantage des garçons. La situation est toutefois plus rose pour les immigrants de deuxième génération, c'est-à-dire nés au Québec de parents immigrés.

Ce rapport ne s'arrête pas uniquement à la question de la réussite mais parvient à conclure sur une autre différence, soit l'attrait plus grand du privé chez ces familles venues d'ailleurs. Le réseau public, dont on sait qu'il perd de plus en plus de plumes, et ce, principalement au secondaire, est encore moins prisé par les familles immigrantes, qui choisissent davantage l'école privée.

Ainsi, en 1994-95, 88,6 % des élèves immigrants et 79,4 % des élèves de langue maternelle autre que le français ou l'anglais fréquentaient le réseau public, comparativement à 90,7 % pour l'ensemble des élèves. Dix ans plus tard, les données révèlent que le réseau scolaire privé a marqué des points supplémentaires, les mêmes statistiques passant à 86,4 %, 77,4 % et 89,3 %.

Ce portrait révèle sans grande surprise que 63 % des élèves immigrants du Québec fréquentaient une école montréalaise en 2003-04 mais que les régions de Laval et de la Montérégie accueillent un nombre sans cesse croissant d'immigrants (22 % des élèves). Montréal, comme le démontrait récemment la Commission scolaire de Montréal, accueille de plus en plus d'élèves venus d'ailleurs: en dix ans, le pourcentage d'enfants immigrants est passé de 45,4 % à 53,3 %.