Musée de l'éducation - Et dire que tous et toutes sont passés par l'école!

Le musée national de l'éducation pourrait sous peu voir le jour. Une équipe de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) travaille activement à l'élaboration d'un projet de musée voué au secteur de l'éducation. La directrice de l'initiative, Anick Meunier, nous propose une visite guidée de ce qui devrait être une première au pays.

Professeure au département d'éducation et de pédagogie de l'UQAM, Anick Meunier ne mâche pas ses mots lorsque vient le temps de commenter l'état actuel du patrimoine matériel du secteur de l'éducation. Elle souligne l'urgence d'agir afin de préserver les éléments du passé qui nous renseignent sur ce pan de l'histoire québécoise, soutenant vigoureusement que «le Québec est présentement en train de perdre son patrimoine en matière d'éducation».

Faute de lieux de rassemblement et de conservation, de nombreux documents, objets et témoignages risquent sous peu d'être détruits ou dispersés, soutient Mme Meunier. «Les communautés religieuses, entre autres, ont conservé plusieurs objets qui ont une valeur historique. Mais nous devons nous assurer de les rassembler afin de pouvoir les conserver dans les meilleures conditions possibles», ajoute-t-elle.

Et c'est justement pour sauvegarder ces trésors culturels qu'une équipe de spécialistes de l'UQAM — issus des secteurs de l'éducation, de l'histoire et de la muséologie — s'affaire à développer et peaufiner un projet de musée strictement destiné à l'éducation.

Patrimoine et histoire

Les paramètres du projet ne sont pas encore totalement définis. Néanmoins, les grandes lignes sont tracées, assure la responsable. La mission du musée devrait graviter autour de deux axes: le patrimoine scolaire et l'histoire de l'éducation.

Plusieurs idées de développement ont jusqu'à présent été mises de l'avant. Une collaboration avec l'Institut national de recherche pédagogique (INRP) de la France est envisagée. Cette coopération permettrait d'échanger ressources professionnelles et expertises dans les secteurs de la recherche et de la muséologie. Des expositions pourraient être mises sur pied conjointement afin d'assurer une diffusion étendue des initiatives entreprises.

L'objectif est clair et déclaré: devenir le pôle de référence du patrimoine scolaire dans la province. Pour y parvenir, le musée en devenir se concentre sur les volets recherche et exposition. Quatre projets d'exposition sont développés. Ceux-ci se concentrent sur le rapport Parent, les manuels scolaires, le patrimoine scolaire bâti et l'apprentissage de la lecture. Actuellement, l'exposition Lire, toute une aventure... quand le musée va à l'école est présentée à la bibliothèque des sciences de l'éducation de l'UQAM.

Pour tous

«On part du principe que tout le monde est allé à l'école, donc que l'école fait vibrer une fibre émotive pour une majorité d'entre nous parce qu'elle a occupé une place centrale dans nos vies», indique Mme Meunier.

Il est donc possible, note-t-elle, de «développer une approche intergénérationnelle» en présentant, historiquement, les écoles d'autrefois et d'aujourd'hui. «On pense d'ailleurs à reconstituer une classe du début du siècle» afin de permettre aux visiteurs d'observer l'organisation «ou la non-organisation» qui prévalait dans les écoles de rang.

Toutefois, outre la recherche et la sauvegarde du patrimoine scolaire, le musée de l'éducation devrait jouer un rôle de vulgarisateur scientifique auprès de divers publics: étudiants des niveaux primaire, secondaire, collégial et universitaire, adultes, enseignants et chercheurs. Jusqu'ici, le projet soulève l'enthousiasme. Les appuis proviennent d'unités, de départements et de facultés de l'université ainsi que d'acteurs politiques et d'institutions d'enseignement.

Plusieurs communautés religieuses s'associent également au projet en faisant des dons d'objets et en transférant une partie de leur fonds documentaire. La Congrégation des soeurs de Sainte-Anne a même transféré l'ensemble de son fonds. Autre exemple: «Lors de la fermeture de la maison mère de la Congrégation Notre-Dame, on a pu récupérer beaucoup de documents et de manuscrits, mais également la maquette de la première école de Marguerite Bourgeoys», souligne la professeure.

Le frère Untel en première

L'initiative a officiellement été lancée lors d'un colloque international commémorant le dépôt du premier tome du rapport Parent, en 2003. «Le comité organisateur avait demandé au Groupe de recherche sur l'éducation et les musées [GREM] d'organiser une exposition pour illustrer les 40 ans du rapport», rappelle Anick Meunier, alors commissaire de l'exposition.

Pour l'occasion, plusieurs documents avaient été rassemblés afin de commémorer de façon matérielle des réalités très souvent abstraites. Elle souligne qu'il s'agit «d'ailleurs là du principal défi d'un musée comme celui-ci: arriver à représenter matériellement des réalités qui ne le sont pas». Pour y arriver, l'exposition Regard sur le rapport Parent avait, entre autres choses, reconstitué le bureau de Jean-Paul Desbiens (alias le frère Untel), importante figure de la réforme de l'éducation et de la Révolution tranquille.

De cette exposition ont émané deux constats. Tout d'abord, «il n'y a aucune institution à vocation muséale qui conserve et sauvegarde des témoins matériels relatifs à l'éducation, explique Mme Meunier. Il y a certaines initiatives comme celles des communautés religieuses, mais il ne s'agit pas de musées à proprement parler. Le deuxième constat, c'est qu'on avait rassemblé un ensemble d'éléments qu'on a dû disperser par la suite».

La directrice affirme que le projet dépend maintenant de décisions «qui relèvent davantage du politique» et elle précise que «le calendrier est plein d'espoir» et que si tous les acteurs nécessaires à la concrétisation du musée s'assoient autour d'une même table, celui-ci pourrait voir le jour d'ici quelques mois.

À l'heure actuelle, les collections sont entreposées dans l'édifice Berri, situé aux coins de la rue Berri et du boulevard René-Lévesque. Sans vouloir confirmer quoi que ce soit, Anick Meunier confie: «On a l'impression qu'on a déjà un pied dans la demeure. On peut facilement dire que l'édifice Berri, qui appartient à la Commission scolaire de Montréal, est pressenti pour accueillir le musée. Et ce qui est intéressant, historiquement parlant, c'est de savoir que c'est à cet endroit précis que le Refus global a été signé.»

Collaborateur du Devoir

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