Institut de pharmacologie de Sherbrooke - La multidisciplinarité à l'honneur

Dès sa fondation au début des années 1990, l'Institut de pharmacologie de Sherbrooke (IPS) se distingue par l'originalité de son approche. D'abord, cette dernière se veut multidisciplinaire et l'IPS est rattaché à la fois à la faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke et à son département de chimie. De plus, l'IPS loge sous le même toit des chercheurs et des scientifiques, des étudiants diplômés et des entreprises dérivées.

Un institut sans directeur? La chose est rare, mais c'est pourtant le cas à l'Institut de pharmacologie de Sherbrooke. «Nous n'avons pas réussi à dénicher le bon candidat. Ce n'est pas facile à trouver», explique Emanuel Escher, professeur titulaire de pharmacologie qui agit présentement comme porte-parole pour l'IPS. On peut toutefois se rassurer: l'IPS existe bel et bien malgré l'absence d'un directeur et il loge dans un bâtiment construit pour lui en 1996. Une subvention de cinq millions de dollars de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI) a permis l'achat de l'équipement scientifique.

Par ailleurs, les entreprises dérivées ont été récemment relocalisées dans un nouvel édifice, libérant ainsi de l'espace pour les laboratoires. Près de 70 étudiants diplômés gravitent autour du centre de recherche et le noyau de chercheurs s'approche de la masse critique, soit environ une vingtaine. On attend présentement la réponse de la FIC pour une deuxième subvention. «Les chercheurs et les scientifiques ont choisi d'aller de l'avant et d'avancer même si nous n'avons pas encore de directeur. On est mieux sans directeur que d'en avoir un mauvais sans vision.»

Approche multidisciplinaire

L'idée de fonder pareil centre de recherche revient à Pierre Deslongchamps, chercheur mondialement reconnu en pharmacologie de l'Université de Sherbrooke. «Pierre Deslongchamps voulait assurer ainsi la transition du savoir vers l'entreprise et mettre à profit les connaissances des chercheurs en pharmacologie de l'Université de Sherbrooke, dont plusieurs avaient déjà une réputation mondiale.»

À cette idée s'en greffe une autre: celle de réunir toutes les forces dans un même lieu. «Dès le départ, nous avons voulu briser le travail en silo qui trop souvent est le cas en recherche scientifique. On voulait éviter la "consanguinité" qui existe dans l'approche scientifique de chercheurs d'un même département. On se disait aussi qu'un chercheur qui découvre un médicament doit avoir à ses côtés la personne capable de synthétiser la molécule. Il fallait établir un mariage fonctionnel entre les divers chercheurs et scientifiques et les diverses disciplines.»

Mariage réussi si l'on tient compte de la diversité des disciplines d'où proviennent les chercheurs et les étudiants. On y trouve évidemment des personnes formées en pharmacologie, mais aussi en médecine, en chimie, en biophysique, en biologie cellulaire et même en génie. «La pharmacologie classique y a encore sa place, mais on assiste à l'arrivée de nouvelles disciplines et, par conséquent, à de nouvelles sciences.» Emanuel Escher avoue que cela peut parfois porter à confusion. «Un étudiant en génie qui acquiert des connaissances en chimie, en biologie et pharmacologie, on l'appelle comment une fois qu'il obtient son doctorat?»

Pharmacologie

L'Institut de pharmacologie de Sherbrooke a choisi une approche, en ce qui concerne la recherche scientifique effectuée en son sein, qui se distingue de celle prévalant dans l'industrie pharmaceutique. «Ces entreprises utilisent la méthode du criblage à haut débit, qui consiste à bombarder une cible d'une énorme quantité de molécules jusqu'au moment où l'on repère la bonne. C'est impensable pour une université.»

L'IPS met plutôt l'accent sur des projets à long terme qui cherchent à connaître les bases scientifiques menant aux maladies. «De quelle façon fonctionnent-elles? Il faut comprendre la maladie en premier lieu, et ensuite investir dans la recherche pour trouver le bon médicament.»

Un des axes de recherche à l'IPS est celui des moyens diagnostiques. «Nous cherchons à découvrir des indicateurs précoces de maladies et à fabriquer des biosenseurs capables de détections multiples. Le système diagnostique qui existe présentement dans nos hôpitaux — celui des éprouvettes — est coûteux, ce qui explique qu'on fait peu ou pas de prévention. Des biosenseurs à détections multiples seraient peu coûteux et permettraient d'éviter la maladie.»

Pour mettre au point pareils biosenseurs, il faut la collaboration de plusieurs disciplines telles que le génie et la chimie. Même les technologies de pointe sont au rendez-vous, puisque ces projets de recherche incluent les nanosciences. «Nous cherchons à détecter et à manipuler les molécules une à la fois.»

La recherche du professeur Yue Zhao, récemment associé au département de chimie de l'IPS, illustre bien le type de recherche qu'on y pratique. Le travail du professeur Zhao sur les micelles polymères photocontrôlables figure au palmarès des 10 découvertes de l'année 2005 de la revue Québec Science. Ces micelles polymères photocontrôlables — une forme de molécule — peuvent être ouvertes par la lumière et pourraient servir de base au développement de nanovecteurs de médicaments dont la libération serait alors contrôlée par une illumination. Le médicament agirait donc là où l'on décide.

Lien université-entreprises

Le principal lien entre l'Institut de pharmacologie de Sherbrooke et le milieu des affaires est celui créé par les entreprises dérivées qui logent dans son incubateur d'entreprises. «L'idée d'un incubateur était là au départ du projet et ça fonctionne très bien.» Assez pour loger les entreprises dans de nouveaux locaux situés tout à côté, ce qui assure, selon Emanuel Escher, le maintien du lien entre les chercheurs et les entreprises.

Tous les incubateurs d'entreprises ont leurs entreprises-vedettes et à l'IPS, il s'agit de Neochimia, fondée par Pierre Deslongchamps et dont le champ de spécialisation se situait alors dans les études cliniques de phase 2. L'entreprise s'est suffisamment démarquée pour attirer l'attention d'une société américaine, Tranzyme, qui l'a achetée en 1999. «Aujourd'hui, Tranzyme a déplacé une bonne partie de ses activités à Sherbrooke et il y a maintenant un accrochage entre Tranzyme et les activités de l'Institut.»

La vente d'une entreprise issue de l'incubateur lui apparaît comme une sage décision. «Un chercheur peut accompagner son bébé un certain temps, mais il doit un jour prendre une décision. Revient-il à l'université?» Si la réponse est oui, la vente de l'entreprise est alors une solution «gagnante-gagnante». «Le chercheur détient des actions, l'université conserve les brevets et, de plus, elle gagne un professeur qui retourne à ses recherches.»

Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Bruno Battistini - Inscrit 27 mars 2006 10 h 39

    L'envers de la médaille: Une autre réalité

    je vous invite à communiquer avec le Dr Pierre Sirois (819-564-5239 et pierre.sirois@usherbrooke.ca) Directeur et Professuer titulaire qui a fondé IPS pour avoir une heure plus juste

    Dr Battistini