La majorité des vaches laitières du Québec sont attachées au cou pendant leur période de lactation

Aux fermes Belvache, situées à Sainte-Anne-des-Plaines, les vaches sont en stabulation libre et vont elles-mêmes se faire traire par un robot depuis 2006. On peut voir sur la photo le propriétaire de la ferme familiale, Réal Gauthier.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Aux fermes Belvache, situées à Sainte-Anne-des-Plaines, les vaches sont en stabulation libre et vont elles-mêmes se faire traire par un robot depuis 2006. On peut voir sur la photo le propriétaire de la ferme familiale, Réal Gauthier.

Les animaux de ferme se comptent par millions au Québec. Ils nous entourent et nous nourrissent, et, pourtant, on en connaît fort peu sur leurs conditions de vie. Après avoir recueilli les témoignages de producteurs, de défenseurs des droits des animaux et d’experts, Le Devoir vous propose de découvrir le cycle de vie des principaux animaux de ferme du Québec, de leur naissance jusqu’à l’abattoir, ainsi que les préoccupations qui en découlent en ce qui a trait au bien-être animal. À noter que toutes les pratiques mentionnées sont autorisées par les codes de pratique qui encadrent l’élevage des animaux au Canada. Aujourd’hui : les vaches laitières.

Plus grand producteur de lait de vache au Canada, le Québec fournit plus du tiers de la production laitière au pays. En 2021, quelque 350 000 vaches ont produit 3,46 milliards de litres de lait dans la province. Les vaches des trois quarts des troupeaux vivent en stabulation entravée — c’est-à-dire qu’elles sont attachées au cou — lorsqu’elles produisent du lait. Un modèle d’élevage qui a été historiquement privilégié au Québec, mais qui cède progressivement sa place à la stabulation libre, qui permet aux vaches de se déplacer dans des enclos situés à l’intérieur des étables. Regard sur la vie d’une vache laitière au Québec.

En cette journée de décembre aux fermes Belvache, situées à Sainte-Anne-des-Plaines dans les Laurentides, un veau est né en matinée pour ensuite être séparé de sa mère et placé dans un enclos à proximité. Dès ses premières heures de vie, le veau a reçu un biberon de 4 litres de colostrum — le premier lait de sa mère gorgé d’anticorps recueilli à la traite.

« Le pis de la mère peut être couvert d’excréments », explique Réal Gauthier, propriétaire des fermes Belvache, ajoutant que le veau pourrait donc contracter des maladies mortelles s’il tétait directement au pis de sa mère. Et en lui donnant un biberon de colostrum, « je vais être sûr que le veau en prendra assez », fait valoir le producteur laitier.

Une pratique largement répandue dans les fermes laitières québécoises, mais qui soulève l’ire des défenseurs des droits des animaux. « Ça cause une détresse énorme aux animaux. Le veau doit être enlevé de sa mère pour qu’il ne boive pas le lait qui doit être gardé pour la production », dénonce Me Sophie Gaillard, directrice générale par intérim de la SPCA Montréal. Le beuglement de la mère, en cette journée de décembre aux fermes Belvache, le rappelle d’ailleurs tristement.

Une question complexe, convient la vétérinaire Caroline Kilsdonk, qui a grandi dans une ferme laitière. « Quand on retire le veau de façon rapide, on empêche l’attachement de se développer, nuance-t-elle. Si on le laisse avec sa mère de 24 à 48 heures, il y a une relation d’attachement qui a débuté, et la vache souffre plus. »

Une lecture que partage Jamie Dallaire, professeur spécialisé en comportement et bien-être animal au Département des sciences animales de l’Université Laval. « Le niveau de détresse est beaucoup plus élevé chez la vache et le veau si on les sépare après une semaine plutôt qu’après un jour », dit-il. Mieux vaut donc les séparer dès la naissance ou laisser le sevrage se faire naturellement lorsque le veau est plus vieux, croit-il. Une pratique qui gagne en popularité en Europe.

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Élevées en groupe

À une dizaine de jours de vie, les veaux mâles sont vendus à l’encan pour être élevés en veaux de grain, en veaux de lait ou en bouvillons d’abattage. Une partie des génisses, les femelles, sont aussi envoyées à l’encan. « On garde les filles de nos meilleures productrices », indique Réal Gauthier, en caressant les museaux de ses vaches Holstein.

L’élevage se fait généralement en groupes dans des enclos qui permettent une certaine liberté de mouvement. Si certaines génisses ont plus de quatre trayons à leur pis, ceux-ci sont enlevés pour ne pas nuire à la traite. Les animaux sont aussi écornés.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Aux fermes Belvache, les vaches produisent environ 40 litres de lait chacune par jour.

« Si on laissait les cornes, les vaches pourraient se blesser entre elles », explique Daniel Gobeil, président des Producteurs de lait du Québec et producteur laitier à La Baie, au Saguenay–Lac-Saint-Jean. L’écornage permet aussi aux animaux d’avoir accès à leur mangeoire et de prévenir les accidents avec les travailleurs, dit-il. Pour enlever les cornes, on brûle les bourgeons avec des fers après qu’un analgésique a été injecté localement. Afin d’éviter cette procédure, des croisements génétiques sont de plus en plus pratiqués pour obtenir des vaches acères, c’est-à-dire sans cornes.

À 15 mois, les génisses sont ensuite inséminées pour que s'amorce leur production de lait. Leurs premiers veaux naissent lorsqu’elles ont 24 mois. « On vise ensuite une lactation d’environ 305 jours, suivie d’une période de repos de 60 à 70 jours [avant le prochain vêlage]», indique Daniel Gobeil. En moyenne au Québec, les vaches font trois cycles de lactation avant d’être envoyées à l’abattage pour être transformées en viande hachée.

Amélioration génétique

Aux fermes Belvache, les vaches produisent environ 40 litres de lait chacune par jour. « Il y a une vingtaine d’années, les vaches produisaient de 20 à 25 litres par jour », rappelle Daniel Gobeil. Une forte hausse de la productivité rendue possible grâce à l’amélioration génétique : les gènes des vaches les plus productives ont été croisés avec ceux des taureaux ayant, par exemple, la meilleure ossature pour soutenir de plus gros pis. L’alimentation et les soins apportés aux vaches ont aussi été améliorés, explique Réal Gauthier. « On les soigne comme des athlètes. »

Quand une vache n’est pas dans de bonnes conditions, la première chose qui disparaît, c’est la production laitière ; la vache arrête de produire.

Mais pour Me Sophie Gaillard, de la SPCA Montréal, ce rythme de production accru épuise les vaches. « La sélection génétique a rendu les vaches plus fragiles et moins résistantes, reconnaît Caroline Kilsdonk. C’est un peu comme lorsqu’on pousse une machine au maximum, il risque d’y avoir plus de bris de pièces. » Une lecture que conteste Daniel Gobeil. La hausse de la production de lait est au contraire un gage de bien-être, dit-il. « Quand une vache n’est pas dans de bonnes conditions, la première chose qui disparaît, c’est la production laitière ; la vache arrête de produire. »

Attachées au cou

La vaste majorité des troupeaux de vaches en lactation, soit plus de 80 %, sont élevés à l’intérieur des étables (parmi celles qui ont accès au pâturage se trouvent toutes les vaches laitières bios).

Lorsque les vaches sont en lactation, 78 % des fermes laitières québécoises gardent leurs productrices en stabulation entravée, soit attachées au cou, selon un sondage effectué par Lactanet en 2020. Un mode d’élevage qui permet d’offrir aux vaches une alimentation personnalisée et des soins individualisés, font valoir les producteurs. En ce moment, moins du quart des fermes laitières permettent donc à leurs vaches de se déplacer dans l’étable, « mais plus de 40 % du lait est produit de cette façon-là, puisque les troupeaux en stabulation libre sont de plus grande taille », indique Daniel Gobeil.

Aux fermes Belvache, les vaches sont en stabulation libre et vont elles-mêmes se faire traire par un robot depuis 2006. Progressivement, à mesure que les bâtiments de ferme sont rénovés au Québec, les producteurs laitiers adoptent ce modèle. « Toutes les nouvelles installations au Québec sont [désormais] en stabulation libre pour donner plus de mouvement aux animaux », souligne Daniel Gobeil. Une évolution qui va changer le visage de la production laitière au Québec d’ici quelques années.

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