Des applications pour contrer le gaspillage alimentaire

Implantée récemment au Québec, l’application Too Good To Go permet aux commerçants de vendre leurs aliments presque périmés.
Valérian Mazataud Le Devoir Implantée récemment au Québec, l’application Too Good To Go permet aux commerçants de vendre leurs aliments presque périmés.

Les applications visant à réduire le gaspillage alimentaire gagnent en popularité au pays.

Des entreprises comme Too Good To Go, Sauvegarde ou Flashfood achètent des produits invendus à des restaurants et à des épiceries pour les vendre en vrac ou en faire des plats qu’elles vendent à bas prix.

Les économies ainsi réalisées peuvent donner un sérieux coup de pouce à des consommateurs, avance le chef de la mise en marché de Flashfood, Eric Tribe.

« Un père de famille nous a écrit pendant les vacances pour nous remercier. Il avait perdu son emploi à cause de la COVID-19 et il s’est servi de l’argent économisé pour acheter des petits cadeaux de Noël à ses enfants », raconte M. Tribe.

L’application, qui est utilisée par la chaîne d’épicerie Loblaw, a été développée en 2016 par un entrepreneur de Toronto, Josh Domingues. Il venait de voir sa sœur, une cheffe, jeter pour 4000 $ de nourriture après une réception.

Flashfood offre des produits d’épicerie — viande, volaille, poisson, lait, pâtisserie, pain — dont la date de péremption approche. Leur valeur marchande a souvent été réduite d’au moins 50 %. Si certains de ces produits peuvent encore durer des semaines, s’ils sont congelés ou préparés, d’autres ne sont comestibles que pendant un ou deux jours.

Les supermarchés mettent souvent de côté de tels produits pour des organismes de charité, des banques alimentaires ou même des fermes (qui s’en servent pour nourrir leurs animaux).

Toutefois, ces méthodes n’empêchent pas les épiceries d’être responsables du quart du gaspillage alimentaire au pays. C’est la raison pour laquelle Flashfood les cible exclusivement. À ce jour, l’entreprise a permis d’éviter que plus de 13,5 millions de kilogrammes de nourriture se retrouvent dans les ordures.

Du gaspillage

Second Harvest, une association caritative qui redistribue des produits invendus aux personnes dans le besoin, calcule que près de 60 % des aliments produits au Canada se retrouvent annuellement aux poubelles, soit 35,5 millions de tonnes. Près du tiers de cette nourriture pourrait être récupérée et remise aux pauvres.

« Des gens prétendent que le gaspillage alimentaire peut être éliminé en téléchargeant une application, affirme Maria Corradini, professeure à l’Université de Guelph, en Ontario. C’est probablement faux, mais elles peuvent contribuer à réduire le gâchis. »

60%
C’est le pourcentage des aliments produits au Canada qui prennent le chemin des poubelles chaque année, selon l’association Second Harvest.

Selon elle, une meilleure planification des stocks et l’utilisation de l’intelligence artificielle peuvent contribuer à diminuer encore plus le gaspillage alimentaire.

Le directeur de Too Good To Go pour le Canada croit lui aussi que la gestion des stocks est un élément clé. « [Mais] faire correspondre les approvisionnements et la demande est très complexe », dit-il.

De plus, aucun restaurant ne veut manquer de nourriture pour servir ses derniers clients de la journée.

L’entreprise négocie surtout avec des restaurants, des boulangeries et des bouchers, mais s’associe aussi avec des épiceries et des dépanneurs.

Parfois, il suffit de pas grand-chose pour qu’un produit soit remis à une entreprise de récupération alimentaire. Ainsi, la boulangerie torontoise Daan Go Cake Lab remet à Too Good To Go des sacs contenant ses fameux macarons. Parfois, ce sont des invendus, d’autres fois, ils sont fissurés et ils ne sont pas proposés à la clientèle.

S’associer avec Too Good To Go n’a pas été difficile, annonce le directeur des opérations de la boulangerie, James Canedo.

« Les chefs n’aiment pas qu’on gaspille de la nourriture. Elle est presque sacrée pour eux, ajoute-t-il. Les gens qui ne peuvent pas profiter du privilège d’acheter nos produits sont si nombreux. Il faut éviter le gaspillage. »

Maria Corradini loue aussi l’objectif de ces applications, mais rappelle qu’il y a des risques.

Si certaines entreprises ne font affaire qu’avec des fournisseurs dont les employés sont formés à manipuler de la nourriture, d’autres laissent n’importe qui préparer des repas à la maison.

« Je n’accepterais jamais un contenant qui a déjà été ouvert, car on ne sait pas ce qu’on peut y trouver », dit-elle.

Elle ajoute que même les produits venant des épiceries et des restaurants devraient être attentivement examinés. Les consommateurs doivent pouvoir préparer, congeler ou consommer tous les produits qu’ils achètent, mais ils doivent le faire rapidement.

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