Avec le nouveau MacBook Pro, la loi de Moore ne tient plus la route

Apple destine avant tout son MacBook Pro aux professionnels du divertissement audiovisuel.
Photo: Apple Apple destine avant tout son MacBook Pro aux professionnels du divertissement audiovisuel.

Quand le cofondateur d’Intel Gordon Moore a formulé ce qui est ensuite devenu une sorte de guide présidant à l’évolution de l’informatique pour les décennies à venir, on ne connaissait pas encore les systèmes sur puce (« system-on-a-chip » ou SoC, en anglais). Qui aurait cru que ces processeurs apparus initialement du côté des mobiles finiraient par envoyer la loi de Moore aux poubelles ? Apparemment, Apple, à en juger par son plus récent Mac.

En 1965, M. Moore avait prédit le doublement de la complexité des semi-conducteurs tous les ans, puis un doublement du nombre de transistors présents sur une puce de microprocesseur tous les deux ans. Plusieurs se demandaient si on verrait un jour la fin de cette évolution. C’est peut-être bien en ce moment que cela se passe.

Apple met en marché ces jours-ci deux versions de son MacBook Pro qui, pour la première fois en près d’une dizaine d’années, ont réellement quelque chose de nouveau à proposer sous le capot : les puces M1 Pro et M1 Max, mises au point en Californie, mais loin des labos d’Intel ou de Qualcomm, jusqu’ici les deux principaux fabricants de puces en Amérique du Nord.

D’ailleurs, les nouveautés automnales d’Apple, Microsoft et Google ont toutes des mécaniques différentes qui empêchent les comparaisons directes. Les trois fabricants pensent que l’avenir des composants électroniques se trouve ailleurs que dans la miniaturisation qui, jusqu’ici, a permis à Intel de bien s’en tirer. Ils parlent plutôt de meilleure ergonomie, de meilleurs algorithmes et de meilleures applications.

On parle moins de gigahertz et de transistors pour définir l’amélioration de la technologie. La performance par watt, une valeur plus subjective étant donné qu’elle varie selon l’application, est la nouvelle norme. Elle établit la puissance en fonction de la consommation d’énergie, ce qui est beaucoup plus dans l’air du temps.

Des capacités inédites

Depuis qu’il a été présenté en mode virtuel il y a trois semaines, la scène techno nord-américaine n’en a que pour le MacBook Pro. Ce poste de travail mobile hyper puissant se transforme selon les besoins en un système de divertissement personnel haut de gamme, grâce à une sonorité spatiale excellente et à un affichage lumineux et contrasté.

Surtout, ce nouveau venu inflige un énorme camouflet à l’endroit d’Intel. Le portable d’Apple peut faire des choses inédites jusqu’ici et, en prime, il peut les faire sans être branché à une prise d’alimentation. Aucun PC à puce Intel n’en fait autant à l’heure actuelle.

Apple destine avant tout son appareil aux professionnels du divertissement audiovisuel : créateurs d’applications mobiles ou de jeux vidéo, musiciens, mixeurs et producteurs de musique, réalisateurs de télé ou du cinéma qui font du montage sur la route, où qu’ils soient.

La prise en mains du MacBook Pro se fait donc en conséquence : les logiciels pour créer des applis, retoucher de la musique ou monter des séquences vidéo sont chargés et prêts à rouler des mécaniques. Et les mécaniques roulent : « bêta-tester » sans sautillement un jeu vidéo sur sept simulateurs d’appareils mobiles en simultané, mixer sans fausse note une pièce musicale comptant 1500 pistes, dont la moitié sont les instruments de trois orchestres différents enregistrés séparément, ou recréer en temps réel l’atmosphère de la planète Mars sur sept flux vidéo de résolution 8K sans perdre une seule image, c’est du jamais vu sur un portable. Débranché. Et tout ça sur la même charge, en plus.

Tout cela est permis par ce système sur puce mentionné plus haut, qui facilite l’interaction entre les principaux composants qui animent l’appareil : son processeur, sa carte graphique, un coprocesseur vidéo dédié exclusivement au traitement de l’image et un autre coprocesseur appelé Neural Engine qui fait dans l’apprentissage machine, une autre sous-catégorie de calculs avancés qu’on inclut dans l’intelligence artificielle.

Évidemment, plus les tâches sont lourdes, plus courte sera l’autonomie annoncée de 17 heures du MacBook Pro de base à écran de 14 pouces, le modèle qui, par rapport à sa contrepartie à écran de 16 pouces, propose le meilleur compromis de taille, de performance… et de prix. Car ces Mac ne sont pas donnés. Leur prix de détail démarrant à 2500 $ monte allègrement au-delà des 4000 $ si on les équipe un peu.

Pas pour tous

Apple aime compartimenter les choses et le dit tout de go : le MacBook Pro ne conviendra pas à tout le monde. L’absence d’un écran tactile demeure sa principale lacune, une interface si naturelle du côté des PC qu’on craint pour l’éventuelle survie de la souris. Sa caméra, logée au haut de l’écran dans une encoche noire qui enlève un peu de la superbe de son affichage à DEL, ne peut pas reconnaître les visages pour déverrouiller automatiquement le portable.

Et pour les amateurs de jeu vidéo, même si Apple a fait du rattrapage ces dernières années dans ce secteur, on en est encore à croiser les doigts pour que la performance accrue des nouveaux produits finisse par attirer les éditeurs des titres les plus en vue du côté des consoles et même des PC à système Windows.

Il faut dire qu’à l’autre bout du spectre, Microsoft tire dans tous les sens avec sa propre gamme d’ordinateurs personnels Surface et son modèle le plus haut de gamme, le Surface Laptop Studio, vendu lui aussi à un prix stratosphérique. Signe des temps, Microsoft continue de miser sur les processeurs Intel, mais mise sur une carte graphique de la société Nvidia pour ses modèles plus performants.

Et s’il y a une tendance qui ressort des lancements automnaux, c’est bien celle-là : l’évolution à venir de l’informatique personnelle ne repose pas uniquement sur la taille ni le nombre de circuits qu’on peut imprimer sur une puce informatique. La loi de Moore ne tient plus la route. Et, étonnamment, c’est probablement pour le mieux.

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