Cueillir soi-même son bouquet de fleurs locales

Carolyne Parent
Collaboration spéciale
En plus de ses 300 variétés de dahlias, la ferme Au Beau Pré cultive une soixantaine de variétés d’annuelles destinées à l’autocueillette.
Photo: Krystel Mackinnon En plus de ses 300 variétés de dahlias, la ferme Au Beau Pré cultive une soixantaine de variétés d’annuelles destinées à l’autocueillette.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Certaines fermes florales ouvrent désormais grand leurs champs aux visiteurs-cueilleurs. À Saint-Anicet, en Montérégie, Au Beau Pré est du nombre. D’abord laitière, puis céréalière, la ferme familiale donne dans les dahlias depuis 2005. « C’était le projet de ta mère ! » lance Roger Quenneville à sa fille, Sarah, qui a pris la relève de l’entreprise et me fait visiter son domaine.

La mission première de la ferme est de produire des tubercules de cette fleur, dont elle a fait sa spécialité, et d’approvisionner les fleuristes. Pourquoi les dahlias ? « Parce que c’est une fleur aux couleurs éclatantes, explique Sarah Beaupré Quenneville. C’est une annuelle tendre qui provient des montagnes du Mexique et qui adore le temps frais de notre mois de septembre. »

En plus de ses 300 variétés de dahlias, la ferme cultive une soixantaine de variétés d’annuelles destinées à l’autocueillette. Elle propose aussi des bouquets sur abonnement selon le même principe que celui des paniers de légumes. La jeune entrepreneuse est d’ailleurs d’avis que l’achat local et saisonnier devrait également concerner cette culture. « On parle beaucoup de la saisonnalité des fruits et légumes, dit-elle, mais on devrait tenir le même discours avec les fleurs. » On veut garnir sa table de pivoines en septembre ? Très bien, mais il faut savoir qu’elles devront parcourir des milliers de kilomètres pour y arriver.

Effectivement, les fleurs coupées vendues au Québec proviennent d’Europe, d’Amérique du Sud et même d’Océanie. Or la floriculture ne sent pas bon partout. Roses, gerberas et autres chrysanthèmes sont cultivés dans d’immenses fermes, dans d’énormes serres, où les droits des travailleurs, surtout des femmes, sont souvent bafoués. C’est sans parler de la contamination des sols et des cours d’eau, ainsi que de la pollution de l’air, qui résulte d’un usage abusif d’additifs agrochimiques, de pesticides, d’insecticides, et qui a aussi des effets néfastes sur la santé des ouvriers.

L’important, c’est la rose équitable et… nos souvenirs

« Mes fleurs à moi sont équitables, mes employés travaillent dans les serres par temps de canicule, souligne Sarah Beaupré Quenneville. Et quand mes clients reçoivent mes bouquets, il arrive souvent qu’ils reconnaissent des fleurs que leur mère cultivait dans leurs plates-bandes. Donc, en plus d’être jolies, mes fleurs peuvent aussi permettre la remémoration de beaux souvenirs ! »

Sont-elles également bios ? « Ah, ça, ce n’est pas possible, répond la floricultrice. Elles sont plutôt écolos, car si on va manger le radis qui a un petit trou, on ne veut pas des fleurs imparfaites. »

Dans certaines fermes, l’activité d’autocueillette est encadrée. Par exemple, chez Les Effleurés, à Inverness, elle se déroule en deux temps : visite du jardin afin de sélectionner les fleurs parmi une centaine de variétés, puis explications du floriculteur quant à la façon de les cueillir. « Je suis en pleine exploration, note la propriétaire, Catherine Brassard. J’envisage une autocueillette plus large, comme pour celle des petits fruits, mais, déjà, l’activité est très appréciée. »

Au Beau Pré, qui peut recevoir jusqu’à 500 personnes par jour les fins de semaine, les cueilleurs s’en donnent à cœur joie dans les champs qui leur sont réservés, en toute liberté. À l’accueil de la ferme, on leur explique comment couper les fleurs avec les sécateurs qui leur sont prêtés. À la sortie, on leur donne des conseils pour les conserver belles le plus longtemps possible.

Trois autres activités florales

1. Les déguster
On en mange chez Fleurs et feuilles gourmandes, à Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie. Une visite guidée y est proposée, qui nous enseigne une chose ou deux sur les fleurs comestibles, les fines herbes et les aromates. La propriétaire de la ferme, Mélanie Massicotte, en cultive plus de 80 variétés, et « certaines sont parfois en beauté jusqu’à l’Halloween ! » précise-t-elle.

2. Les transformer
On en fait des collages, des illustrations botaniques, des couronnes lors d’activités qui se déroulent les week-ends d’août et on en cueille jusqu’aux premiers gels à la ferme florale Libella, à Bury, dans les Cantons-de-l’Est. « Nous avons des rangées de fleurs mixtes : tournesols, dahlias, cosmos, mufliers, zinnias et bien d’autres », dit Charlene Audrey Chouinard, instigatrice de la ferme et militante en environnement.

3. Les cueillir
On joue au floriculteur d’un jour à Shawinigan. La ferme Florae accueille dans ses champs des bénévoles qui souhaitent vivre un « retour à la terre » éphémère. L’autocueillette y est bien sûr possible et, fin août, des dégustations de douceurs à la rose sont prévues. « Nous cultivons la rose sauvage, une fleur comestible que nous transformons en produits : tartinade de framboise à la rose, compote de pomme à la rose, eau de rose certifiée biologique, la seule au Québec, et un sirop de rose, délicieux à l’apéritif avec de la vodka », dit la copropriétaire de la ferme, Isabelle Forgues.

 

Sus aux fleurs « botoxées » !

Après le slow food, le slow wine, le slow travel et le slow parenting, voici le… slow flower ! « C’est un mouvement qui est né aux États-Unis et qui a beaucoup de sens pour beaucoup de gens », dit la floricultrice lanaudoise Yvanne Maurel. Le mouvement valorise une floriculture locale, saisonnière, écologique et durable, sans insecticides, pesticides ni fertilisants.

Sur sa terre, à Saint-Jean-de-Matha, la floricultrice s’en inspire pour cultiver « plus de 70 variétés de fleurs poétiques, anciennes et parfumées ». Pourquoi ? « Parce que les fleurs importées sont pour ainsi dire “botoxées” ! » dit-elle. Elles sont croisées de façon qu’elles soient parfaites, résistantes, mais elles en perdent leur parfum et les nuances subtiles de leurs coloris.

Si nous sommes tous pour l’achat local de fleurs, l’achat saisonnier, sous notre climat, est chose difficile, non ? « L’automne, achetons des fleurs séchées et, l’hiver, des arrangements forestiers composés par exemple de cocottes et de champignons », suggère la créatrice, qui ne manque pas d’imagination.

Pas d’autocueillette pour l’instant à cette ferme.



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