​Ouverture des terrasses: des attentes à géométrie variable pour les bars

Les bars, tavernes et brasseries situées dans les zones orange, comme Montréal et Laval, ont pu ouvrir leurs terrasses vendredi.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les bars, tavernes et brasseries situées dans les zones orange, comme Montréal et Laval, ont pu ouvrir leurs terrasses vendredi.

Les propriétaires de bars de Montréal ont (enfin) pu accueillir de nouveau des clients sur leurs terrasses vendredi, après des mois d’attente. Plusieurs d’entre eux font toutefois face à d’importants problèmes de main-d’œuvre, tandis que l’obligation de fermer leurs portes à minuit et de respecter plusieurs règles sanitaires les empêche pour l’instant d’être rentables.

« C’est un grand plaisir d’être sur une terrasse pour prendre une bière avec un pote », se réjouit Pierre, un infirmier rencontré vendredi soir sur la terrasse du Patrick’s Pub, rue Saint-Denis. À une autre table, quatre étudiants se réjouissaient de pouvoir retrouver un peu de liberté, après une année et demie de pandémie qui a mis leur vie sociale à rude épreuve.

« C’est un soulagement [de pouvoir de nouveau prendre un verre sur la terrasse d’un bar]. C’est aussi un bon signe que la situation sanitaire revient tranquillement à la normale », s’est réjoui Joseph Arrotti, attablé vendredi au Turbo Haüs, qui dispose d’une grande terrasse dans le Quartier latin. La propriétaire de l’établissement partageait d’ailleurs son enthousiasme.

« C’est sûr qu’il y a des hésitations qui viennent avec la réouverture, mais on est quand même contents et excités de pouvoir rouvrir enfin », souligne la propriétaire du bar montréalais, Michelle Ayoub.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Plusieurs bars de la rue Saint-Denis comptaient quelques tables vides lors du passage du Devoir, vendredi soir.

Pas une panacée

Les bars, tavernes et brasseries situés dans les zones orange, comme Montréal et Laval, ont pu ouvrir leurs terrasses vendredi. Certains ont décidé d’attendre encore quelques jours avant d’accueillir de nouveaux clients, tandis que d’autres n’ont pas tardé à servir de nouveau leurs clients à l’air libre, malgré les nombreux défis logistiques auxquels ils font face.

« C’est une bonne nouvelle, la réouverture, mais ce n’est pas une opération qui est rentable présentement », tranche le président de la Nouvelle Association des bars du Québec (NABQ), Pierre Thibault. Les règles sanitaires en vigueur prévoient une limitation à 50 % de la capacité des terrasses, tandis qu’un maximum de deux adultes provenant de résidences différentes pourront s’asseoir à une même table.

Malgré ces restrictions, plusieurs bars de la rue Saint-Denis comptaient quelques tables vides lors du passage du Devoir, vendredi soir.

« Il n’y aura pas un achalandage monstre parce qu’on est dans les mêmes patterns que l’année passée. On est dans un centre-ville qui est sans touristes, sans travailleurs. Ça n’a pas changé », soupire le propriétaire de L’amère à boire, René Guindon. « On n’est pas dans un problème de capacité, on est dans un problème d’achalandage », constate-t-il.

« On est quand même contents de pouvoir ouvrir, mais on ne s’attend pas à des miracles », ajoute M. Guindon, qui constate un écart entre l’achalandage des bars situés dans des quartiers résidentiels et ceux du centre-ville.

On n’est pas dans un problème de capacité, on est dans un problème d’achalandage.

 

La zone verte attendue

À partir de lundi, plusieurs régions, comme Montréal, passeront en zone jaune. Les bars pourront alors accueillir des clients à l’intérieur.

« C’est un pas en avant pour le retour aux spectacles. C’est vraiment ça qui nous tient le plus à cœur », souligne Mme Ayoub. L’iconique Bistro à Jojo attendra d’ailleurs à jeudi prochain pour ouvrir ses portes, afin de pouvoir accueillir des clients à l’intérieur de son établissement tout comme sur sa terrasse.

« On veut ouvrir pour montrer qu’on est capables de survivre dans ce début de déconfinement là », souligne le propriétaire du bar, Danny Cyr.

Toutefois, ce n’est que lorsque la métropole basculera au palier vert que les bars cesseront de dépendre de l’aide gouvernementale pour joindre les deux bouts, estime M. Thibault. Les bars pourront alors accueillir un maximum de 10 personnes par table, ou encore les occupants de trois résidences.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Plusieurs bars font par ailleurs face à des enjeux de pénurie de main-d’œuvre.

« Il y a aura de la profitabilité parce que les gens seront vraiment au rendez-vous », entrevoit M. Thibault, qui rappelle que ces établissements appliquent en grande majorité les règles sanitaires en place de façon rigoureuse. « C’est plus dangereux les parcs qui débordent sans règles que les bars bien gérés », lance-t-il.

D’ailleurs, le fait que les bars doivent actuellement cesser de servir de l’alcool après 23 h affectera aussi leurs revenus. « C’est sûr qu’il nous manque la moitié de notre soirée […] On a juste hâte de retourner à nos 3 h du matin », évoque M. Cyr.

De nombreux bars font par ailleurs face à des problèmes de pénurie de main-d’œuvre. « C’est un très gros problème », confirme le président de l’Union des tenanciers de bars du Québec, Peter Sergakis.

« Ç’a un gros impact parce que ça fait en sorte qu’on doit ouvrir des heures limitées et parfois, on ne peut même pas ouvrir », souligne-t-il.

Le Service de police de la Ville de Montréal assurera par ailleurs une « présence accentuée » dans les rues de Montréal ce soir afin de sensibiliser les clients des bars au respect des règles sanitaires et, si nécessaire, remettre des amendes aux récalcitrants, a indiqué un porte-parole, Jean-Pierre Brabant.

À voir en vidéo