Apple et Facebook s’affrontent sur fond de vie privée

Les médias spécialisés dépeignent la question de la confidentialité des internautes comme une dualité entre Apple et Facebook, car Tim Cook, le p.-d.g. d’Apple, a critiqué à quelques occasions le modèle d’affaires du réseau social de Mark Zuckerberg.
Photo: Jeff Chiu Associated Press Les médias spécialisés dépeignent la question de la confidentialité des internautes comme une dualité entre Apple et Facebook, car Tim Cook, le p.-d.g. d’Apple, a critiqué à quelques occasions le modèle d’affaires du réseau social de Mark Zuckerberg.

En Facebook, Apple semble avoir trouvé le bouc émissaire idéal pour se présenter comme le protecteur de la vie privée du public. La rivalité entre les deux sociétés fait oublier qu’Apple tente aussi de protéger son modèle d’affaires par abonnement, et risque d’enfermer encore un peu plus ses clients dans un écosystème à la fois coûteux et très peu transparent.

Malgré les bénéfices pour les utilisateurs liés à la réduction de la consommation de données mobiles et une plus grande transparence de ce que font les applications avec leurs données, « personne à part Apple n’est content » de la mise à jour qui est envoyée aux iPhone ces jours-ci, assure Guillaume Bouchard, p.-d.g. de Contxtful. La jeune entreprise montréalaise spécialisée en technologies publicitaires se présente comme une option publicitaire plus « humaine » que Facebook ou Google pour les éditeurs de sites Web et d’applications mobiles.

M. Bouchard devrait se réjouir des mesures d’Apple puisqu’elles constituent un énorme croc-en-jambe à ses rivaux dans la publicité mobile. Surtout au Canada et aux États-Unis, où l’iPhone jouit d’une part enviable du marché du sans-fil. Le logiciel en question, iOS 14.5, exige des utilisateurs qu’ils consentent à être suivis par les régies publicitaires d’une application et d’un site Web à un autre lorsqu’ils sont sur leur iPhone ou leur iPad.

Petits joueurs

L’entrepreneur montréalais accuse plutôt Apple de vouloir nuire aux services soutenus par de la publicité qui pourraient rivaliser avec ses propres services vendus par abonnement. « Apple contre Facebook, c’est plutôt Apple contre les modèles gratuits pour les utilisateurs », explique-t-il. « Moins de ciblage signifie moins de revenus publicitaires pour les plus petits éditeurs. Des PME pourraient en sortir perdantes. Leurs applications seront plus difficiles à mettre en vitrine. »

Apple contre Facebook, c’est plutôt Apple contre les modèles gratuits pour les utilisateurs. Moins de ciblage signifie moins de revenus publicitaires pour les plus petits éditeurs.

 

Pas seulement les applications qui s’appuient sur de la publicité. Certaines expériences numériques — dont certains environnements de réalité augmentée ou virtuelle — sont des victimes collatérales. L’information relativement inoffensive tirée des capteurs de mouvement comme l’accéléromètre ou le gyroscope est aussi masquée par Apple dans son offensive contre le suivi méthodique de ses utilisateurs.

Les propriétaires d’un iPhone pourraient y perdre à plus long terme, estime Guillaume Bouchard, en devant payer pour s’abonner à des services qui étaient auparavant gratuits.

Cibler autrement

Apple cherche à en découdre sur la vie privée depuis quelques années déjà. Pour la durée d’une importante foire des technos à Las Vegas en janvier 2019, Apple avait acheté un énorme panneau publicitaire à proximité de l’événement affirmant que « ce qui se passe sur votre iPhone reste sur votre iPhone ».

Facebook n’était certainement pas l’adversaire que Tim Cook avait en tête à l’époque. « Apple et Facebook, en ce moment, ce n’est pas la joie. Mais c’est assez récent. S’il n’y avait pas eu Facebook, probablement que l’iPhone n’aurait pas connu autant de succès », rappelle Martin Dufort, éditeur d’applications et cofondateur des Laboratoires Big Wave.

Les médias spécialisés dépeignent la question de la confidentialité des internautes comme une dualité entre Apple et Facebook, car Tim Cook, le p.-d.g. d’Apple, a critiqué à quelques occasions le modèle d’affaires du réseau social de Mark Zuckerberg et les risques encourus advenant une fuite de toutes les données qu’il collecte. À l’inverse, Facebook a mené une campagne de relations publiques aux États-Unis ces derniers mois qui accuse Apple de vouloir garder pour elle seule les données en question.

Les deux géants — que des critiques comparent à des monopoles — se remettront de cette crise, pense Martin Dufort. D’autres n’auront peut-être pas cette chance. « Les applications qui misent sur des revenus publicitaires pour survivre vont trouver ça plus difficile. Elles risquent de voir leurs revenus baisser si elles ne peuvent plus cibler. »

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