Le design d’intérieur écoresponsable

Charlotte Mercille Collaboration spéciale
L'entreprise Second Design offre une cure de jeunesse aux meubles à l'aide de matériaux recyclés.
Photo: Second Design L'entreprise Second Design offre une cure de jeunesse aux meubles à l'aide de matériaux recyclés.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

De plus en plus d’entreprises s’adonnent à l’upcycling (« surcyclage » en français). Le processus consiste à revaloriser des objets et matériaux usagés pour leur donner une seconde vie. Dans cette veine, l’entreprise granbyenne Second Design offre une cure de jeunesse aux meubles et aux vêtements de sa clientèle. Sa fondatrice, Marie-Eve Danis, nous parle de sa vie, vouée à donner une seconde vie aux choses.


 

Quelle est la petite histoire derrière Second Design ?

Mon intérêt pour le design de l’environnement a germé durant mes études en design de l’environnement à l’UQAM, en 2006. Second Design, c’était au départ un projet pour moi et mon conjoint, Philip. Aujourd’hui, nous avons surtout des contrats pour des meubles, mais nous offrons aussi des consultations en design intérieur. On s’occupe de tout ce qui peut être recyclé, réutilisé ou revalorisé, que ce soit de vieux meubles ou des vêtements. Le tout est repensé selon un design entièrement conçu à l’aide de choses recyclées.

Comment décririez-vous votre philosophie ?

Grosso modo : moins on doit acheter, mieux on se porte ! Certains pourraient nous qualifier de « ramasseux », car nous récupérons souvent les rebuts laissés sur le bord de la route ou à la quincaillerie. J’aime sortir de ma zone de confort en utilisant des matériaux qui me tombent sous la main, qui ne seraient plus utilisés en temps normal. Acheter neuf alimente la roue de la production qui se termine la plupart du temps au site d’enfouissement. Si on peut réduire cette consommation à la source en limitant nos achats, on réduit déjà de beaucoup notre empreinte environnementale.

Comment réalise-t-on un design écoresponsable ?

Avec un client, nous créons toujours un visuel 3D afin de lui montrer ce qui sera gardé, modifié ou ajouté dans une pièce. Autant que possible, j’essaie de réutiliser ce qui est sur place. S’il faut absolument créer une nouvelle section, je parcours les magasins qui vendent de l’occasion, comme Renaissance et SOS Dépannage à Granby, ainsi que les écocentres, qui regorgent de portes dépareillées, de luminaires, de bouts de moulure ou de gallons de peinture inutilisés. Si je cherche par exemple des armoires de garde-manger, je vais élargir mes recherches pour inclure d’autres pièces qui pourraient être repeintes et auxquelles on pourrait ajouter des poignées. Ainsi, la facture est beaucoup moins salée, car on réduit au maximum les rebuts et on apporte une touche 100 % unique à la maison. À mon entrepôt, je conserve aussi tout un attirail d’objets parmi lesquels je pige régulièrement pour des projets. Par exemple, j’ai déniché une série de tiroirs sur le bord du chemin, que j’ai convertis plus tard en petites tables sur lesquelles déposer des plantes sur le bord des fenêtres d’un client. C’est comme un casse-tête à résoudre !

Quel avenir voyez-vous pour Second Design et le design vert en général ?

Nous espérons que la population deviendra de plus en plus sensibilisée à l’importance d’acheter localement et des objets d’occasion. Bientôt, nous aimerions ouvrir une boutique vendant des objets recyclés et revalorisés pour la maison. L’inventaire ne serait pas nécessairement composé de dons intacts, comme dans les boutiques Renaissance, mais bien d’objets retapés et réparés. Vu que la majorité des gens ne sont pas bricoleurs et préfèrent le « clé-en-main », ce serait l’occasion pour eux de sauver des biens du dépotoir sans avoir à utiliser un tournevis ou à ouvrir un pot de peinture.

Quelles astuces donneriez-vous à nos lecteurs qui souhaitent donner une seconde vie à leurs biens ?

Il suffit de garder l’esprit ouvert, de se concentrer sur la forme et sur les dimensions de l’objet, parce que le reste s’arrange : des pattes peuvent être coupées ou allongées, les couleurs, modifiées et les poignées, remplacées. Je conseille aussi de varier les endroits où magasiner. Il y a tant à gagner en sillonnant Marketplace, sur Facebook, les marchés aux puces et les ventes de débarras. On peut aussi aller fouiller dans les greniers et les garages de notre propre famille. Observez votre maison selon une nouvelle perspective : peut-être qu’il suffit d’un coup de peinture ou de changer certains meubles pour rafraîchir le cocon. Notez à votre agenda les collectes de ramassage de déchets de votre quartier. Les gens jettent souvent des choses presque neuves sur le bord du chemin ! Et lorsqu’on a trouvé un tel meuble qui ne nous a rien coûté, on peut se permettre ensuite un gallon de peinture plus cher. De nombreux tutoriels sont aussi disponibles en ligne et en présentiel pour apprendre à restaurer un meuble, sans parler de la mine d’or de projets DIY qui abondent sur Pinterest.

D’autres figures émergentes du design vert

Studio Botté. Dans son atelier situé à Montréal, l’équipe du Studio Botté conçoit des luminaires sur mesure, faits à la main et à partir de matériaux recyclés. Les matières utilisées proviennent également d’ici.

Bois public. L’OBNL récupère le bois d’arbres abattus pour des raisons de sécurité, de maladie ou de développement urbain par les municipalités et confectionne des bancs publics, des bacs à fleurs et du mobilier destiné à un usage communautaire.