Le «slow flower», une tendance qui fait fleurir le choix de bouquets locaux

Jessica Dostie Collaboration spéciale
Dans leurs jardins de Stanstead, en Estrie, les propriétaires de la ferme florale Enfants Sauvages cultivent une soixantaine de variétés de fleurs, dont les zinnias.
Photo: Mark Teachey / Unsplash Dans leurs jardins de Stanstead, en Estrie, les propriétaires de la ferme florale Enfants Sauvages cultivent une soixantaine de variétés de fleurs, dont les zinnias.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Des fleuristes font aujourd’hui le pari de n’offrir que des fleurs cultivées ici, dans leurs propres jardins. Portés par l’engouement pour l’achat local, les pionniers du mouvement slow flower remarquent l’intérêt croissant pour leurs bouquets de fleurs du Québec. Regard sur une tendance qui bourgeonne un peu partout dans la province.

C'est un fait : l’achat local a fleuri au Québec au cours de la dernière année, contexte de crise sanitaire aidant. « La crise a remis sur le devant de la scène les circuits plus courts », confirme en entretien téléphonique Fabien Durif, directeur de l’Observatoire de la consommation responsable et professeur titulaire au Département de marketing de l’UQAM.

On connaît bien le concept des paniers de fruits et légumes bios, dont la popularité ne cesse de croître depuis une dizaine d’années, entre autres grâce au Réseau des fermiers de famille. Si un tel regroupement n’existe pas — du moins pas encore — en fleuristerie, des voix se font de plus en plus entendre afin que soit dévoilée la provenance des fleurs coupées qu’on achète à la Saint-Valentin, à Pâques ou à la fête des Mères. Parce qu’elles viennent souvent de loin.

« La majorité des fleurs coupées sur le marché proviennent des Pays-Bas, de l’Équateur, de la Colombie ou du Kenya », énumère Alice Berthe, copropriétaire de la ferme florale Enfants Sauvages, lancée tout récemment. L’oiseau du paradis, la rose bleue ou la tulipe qu’on achète en boutique risquent donc d’avoir parcouru des milliers de kilomètres avant d’atterrir dans notre vase.

La philosophie des Enfants Sauvages prône tout le contraire. « Comme le slow food ou le slow fashion, nous misons énormément sur l’écoresponsabilité et le concept des circuits courts. » En somme, résume-t-elle, Thierry Bisaillon-Roy et elle sont des « fleuristes qui s’autofournissent ».

Dans leurs jardins de Stanstead, en Estrie, ils cultivent une soixantaine de variétés de fleurs — pivoines, roses, cosmos, tournesols, zinnias ou dahlias, par exemple. Leurs bouquets sont offerts sur abonnement ou en précommande. À la ferme, donc, pas de frigos remplis de fleurs coupées. « Ça nous permet de ne cueillir que les fleurs qui ont été achetées et de limiter les pertes », souligne-t-elle.

Et les consommateurs sont au rendez-vous. À l’aube de sa première saison d’activité, leur petite ferme de fleurs locales a déjà atteint ses objectifs sur la plateforme de financement social La Ruche.

De Montréal à Contrecœur

L’horticultrice Laurie Perron, créatrice de Jungle Fleur, fait le même calcul. Celle qui privilégiait déjà les fleurs locales dans son atelier montréalais a choisi de retourner à Contrecœur, en Montérégie, où elle cultive les fleurs qu’elle vend — désormais en ligne — dans son jardin expérimental situé sur la terre familiale.

« J’aime jardiner et je me suis rendu compte que je perdais l’essence de ce que j’aimais le plus faire, explique-t-elle. J’ai donc changé mon modèle pour pouvoir jardiner encore davantage. »

Chaque année, elle s’amuse à tester de nouvelles variétés. Outre les pivoines, la lavande, le lupin, les coréopsis et les autres vivaces qui reviennent d’année en année, elle sélectionne ses annuelles avec soin. « J’essaie d’avoir toujours des grosses et des petites fleurs, de même que des graminées, comme des plumeaux et de la verdure, pour avoir de la texture dans les bouquets », illustre-t-elle. Ensuite, elle laisse la nature faire son œuvre. « Je ne peux pas faire de promesses ; je crée mes bouquets selon la disponibilité. »

Et l’hiver ?

Au Québec, pas le choix de composer avec dame Nature. Plutôt que de miser sur des serres énergivores, les adeptes du mouvement slow flower proposent de consommer autrement. La douzaine de roses pour la Saint-Valentin ? On oublie !

« Il faut travailler ça avec le public, acquiesce Alice Berthe. On suit les saisons et c’est la raison pour laquelle on a des pivoines seulement de la mi-juin à la mi-juillet, par exemple. On les apprécie d’autant plus quand elles arrivent, de la même manière qu’on est si contents quand la saison des fraises et des bleuets commence. »

Même si les horticulteurs ont quelques trucs pour étirer la saison de mai à octobre, leur offre ne comprend pas de fleurs fraîches plus tard dans l’année. Chez Jungle Fleur, Laurie Perron propose pour sa part des bouquets de fleurs séchées durant la saison froide. « C’est la solution de rechange que j’ai trouvée pour permettre d’acheter local même en hiver. »

Les copropriétaires d’Enfants Sauvages réfléchissent également à une façon de nous permettre de fleurir nos maisons toute l’année, par exemple en créant des couronnes de Noël à partir de branches de conifères et de fleurs séchées ou en produisant des amaryllis en pot.

« Nous croyons au pouvoir des fleurs et à leurs effets sur l’humeur, estime Alice Berthe. Enfant, j’accompagnais ma mère au marché de fleurs dans le sud de la France, où j’ai grandi. Ça fait donc partie de mon ADN de fleurir mon environnement et j’ai envie de partager cette expérience. »

Des fleurs d’ici

Quel type de fleurs peut-on espérer trouver dans les bouquets locaux cet été ? En voici un échantillon. 

Pivoine : vivaces, ces grands pompons odorants fleurissent dès le mois de juin dans les jardins du Québec.

Cosmos : grâce à leur floraison relativement hâtive (souvent en juin),
les cosmos génèrent une profusion de fleurs délicates et colorées jusqu’en octobre.

Zinnia : en plus d’attirer les papillons, les fleurs de zinnia sont comestibles. Et « puisqu’elles voyagent plutôt mal, elles se prêtent particulièrement bien à la culture locale », souligne Alice Berthe.

Lupin : son épi garni de petites fleurs souvent violettes est tout simplement spectaculaire. « Je pense que ce sont mes fleurs préférées », avoue Laurie Perron.

Dahlia : on compte de nombreuses variétés de dahlias de toutes les couleurs et qui commencent généralement à fleurir en juillet, et ce, jusqu’aux premiers gels.

Lavande : la lavande, emblématique de la Provence, pousse aussi très bien dans les régions du sud du Québec. L’hiver, les fleurs séchées embaument nos tiroirs.

Tournesol : de grandes fleurs jaunes parfaites pour agrémenter les bouquets de fin d’été.

Immortelle : parce qu’elle est très facile à faire sécher, Laurie Perron en cultive plusieurs variétés afin d’agrémenter ses bouquets d’hiver.


Pour aller plus loin

À lire : Jardiner tout naturellement, de Laurie Perron et Sarah Quesnel-Langlois (Parfum d’encre)

À écouter : « D’où viennent les fleurs que nous achetons ? », reportage présenté à l’émission Moteur de recherche du 1er avril 2021 (sur Radio-Canada Ohdio)