Les restaurateurs de Gatineau encaissent le choc

Dès 20 h, jeudi, Gatineau tombera en couvre-feu.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Dès 20 h, jeudi, Gatineau tombera en couvre-feu.

Déjà fragilisés par l’absence de leur habituelle clientèle fonctionnaire, des restaurateurs du centre-ville de Gatineau ont du mal à voir la lumière au bout du tunnel, alors que Québec a ordonné mercredi leur fermeture pour une dizaine de jours, à partir de jeudi soir.

À l’ombre des grandes tours où travaillaient chaque jour, jusqu’à mars dernier, des milliers de fonctionnaires du gouvernement fédéral, quelques rares piétons s’aventuraient sur la chaussée mouillée de la rue Laval, au cœur du centre-ville de Gatineau. Tout de suite après l’annonce du gouvernement Legault à l’effet que la région basculera de nouveau en zone rouge, il devenait évident pour les restaurateurs que les bonnes affaires dans le Vieux-Hull n’allaient pas revenir avec le début du beau temps cette année

« Encore une fois, Gatineau se fait fermer à 24 heures d’avis », soupire Éric Gaudreault, propriétaire du restaurant et bar à tapas Le Troquet.

Dès 20 h, jeudi, Gatineau tombe en couvre-feu. Avec un record de 100 nouveaux cas de COVID-19 en une seule journée, la ville frontalière de l’Ouest du Québec rejoint Québec et Lévis parmi celles où la situation sanitaire se détériore le plus. Devront alors rester fermés jusqu’au 12 avril les commerces non-essentiels, les écoles, les cinémas, les musées, les salons de coiffure et les gyms, entre autres.

Deuil des salles à manger

Déçu, Éric Gaudreault blâme un système de santé déficient, particulièrement en Outaouais, le manque de tests rapides de la COVID-19 et des lacunes dans les règles d’hygiène des grandes surfaces pour expliquer la fâcheuse situation de sa région. De son estimation, les ventes de son restaurant ont bondi d’un multiple de quinze durant le mois de mars, durant lequel il a pu ouvrir sa salle à manger. Ce, même si les règles l’obligeaient à fermer une partie de sa salle, en plus de refuser les clients de l’Ontario, dont la frontière se situe à moins d’un kilomètre.

« Nous, notre pain et notre beurre, ce sont les fonctionnaires clients le midi. Cette clientèle n’est plus là. Ça va être extrêmement difficile, et j’ai de la misère à croire que dans deux semaines tout va rouvrir. »

Tout près de là, promenade du Portage, le restaurant Les vilains garçons se situe sur l’ancienne rue principale, désormais partiellement dévitalisée et comptant de nombreux locaux vacants. Le copropriétaire Cyril Lauer accueille avec sérénité la nouvelle de sa fermeture temporaire. « On s’y attendait, confie-t-il. Mais on est un petit peu fatigué. » Même s’il ne croit pas, lui non plus, à un retour à la normal dès la mi-avril, il se dit soulagé de la fin de l’incertitude des derniers jours.

« Les commandes entrent en début de semaine, et on ne savait pas s’il fallait qu’on commande du stock pour faire le service en salle. On ne savait pas quoi faire, et pensant que ce serait peut-être pour la semaine prochaine, finalement on a commandé, et on a préparé le menu. C’est ça qui est compliqué. Là, maintenant, c’est clair : au moins on sait qu’on est fermé. »

Comme une bombe

« Honnêtement, la nouvelle arrive comme une bombe. Une bombe qui vient d’exploser dans l’écosystème de la région », compare Stéphane Bisson, président par intérim de la Chambre de commerce de Gatineau. Il espérait l’annonce de « quelque chose de moins drastique » qu’un retour en zone rouge, même s’il convient que la situation sanitaire résulte du comportement de la population.

« La restauration, et les autres commerces, ce qu’on perd on ne le récupérera pas. Ça va prendre des années à retrouver ce qu’on a perdu », conclut-il, spécialement désolé pour les grandes entreprises de services que compte sa région.

Même si les restaurants sont toujours en opération de l’autre côté de la rivière des Outaouais, à Ottawa, M. Bisson prévoit leur fermeture imminente, étant donné la situation sanitaire plutôt symétrique entre les deux rives. Avec 2333 nouveaux cas de COVID-19 mercredi, dont 124 à Ottawa, l’Ontario pourrait elle aussi resserrer les mesures sanitaires jeudi, a laissé entendre le premier ministre Doug Ford.

« Restez à l’écoute. Vous entendrez une annonce demain [jeudi] », a répondu le premier ministre Ford aux questions des journalistes, en se disant « très, très préoccupé » par cette nouvelle hausse des cas sévères qui nécessitent une admission aux soins intensifs.

Avec Marie Vastel et Marco Bélair-Cirino

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