Le restaurant «Pho King Bon» crée l’émoi chez des défenseurs de la langue française

Le Pho King Bon a officiellement ouvert ses portes samedi dernier.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le Pho King Bon a officiellement ouvert ses portes samedi dernier.

Le restaurant Pho King Bon vient d’ouvrir à Rosemère, sur la Rive-Nord de Montréal, et déjà il fait réagir. Impératif français juge son nom « inacceptable » et espère, comme le Mouvement Québec français, une intervention de l’Office québécois de la langue française (OQLF). Le restaurateur plaide quant à lui l’humour, confiant de n'enfreindre aucun règlement.

« On s’amuse à des jeux de mots de mauvais goût en martyrisant la langue française et la langue anglaise », lance Jean-Paul Perreault, président d’Impératif français, un organisme voué à la défense de la langue de Molière.

Le Pho King Bon a officiellement ouvert ses portes samedi dernier. Son nom est le fruit d’un jeu de mots entre un sacre en anglais bien connu et la soupe pho, un plat traditionnel vietnamien au cœur de l’offre du restaurateur.

Le sacre est aussi repris à plusieurs sauces dans son menu. On y retrouve le « Pho Ké », le « Pho King Cochon » ou encore des « Pho King Deal ». On peut par ailleurs commander des « cock-tails », parmi lesquels le « Flash Thé Saint », le « Lichi Mwa Lku » et le « Pho Ktup ».

Jean-Paul Perreault digère mal ces clins d’œil « vulgaires » et sexuellement explicites. « Tous ces jeux de mots n’ont pas leur place dans un lieu public comme un restaurant », qui plus est familial, insiste-t-il. À ses yeux, les propriétaires « ont raté l’occasion de faire preuve d’élégance et de compétence ». « Des changements s’imposent. »

Il espère que l’OQLF fasse rapidement enquête pour déterminer si le restaurateur contrevient — ou non — aux dispositions de la Charte de la langue française, qui encadre l’affichage public et la publicité commerciale. « Si c’est conforme à la Charte, ça va tout simplement indiquer qu’il faut [la] bonifier encore une fois. »

« Franco-responsable »

Le copropriétaire du Pho King Bon, Guillaume Boutin, n’est nullement inquiet. Sa bannière, qui comprend également la mention « bistro vietnamien » est dans les règles, dit-il. Et le concept a reçu au préalable le feu vert du Registraire des entreprises.

L’organisme gouvernemental « n’aurait jamais dû autoriser un nom comme celui-là », réplique le président d’Impératif français, estimant que cette « erreur » a cautionné les jeux de mots grossiers du menu.

« Ce n’est pas parce que le nom a été accepté que ça empêche le Registraire de s’y pencher à nouveau », observe de son côté le président du Mouvement Québec français, Maxime Laporte. Ne voulant se faire le juge « du bon ou du mauvais goût », il croit toutefois que l’organisme gouvernemental doit réexaminer le dossier, tout comme l’OQLF.

« Si on veut que le Québec préserve son visage français, les entreprises doivent se montrer franco-responsables en affichant leur nom d’entreprise dans la langue française », fait-il valoir.

Au moment où ces lignes étaient écrites, ni l’OQLF ni le ministère du Travail — dont relève le Registraire des entreprises — n’avaient pas répondu aux demandes du Devoir.

« Il n’est pas question d’être vulgaire, c’est de l’humour, tout simplement », se défend le restaurateur Guillaume Boutin, ajoutant que le sacre anglais qu'évoque sa bannière est « couramment utilisé » au Québec, « même par les jeunes d’aujourd’hui ». « À la limite, on peut appeler ça de l’humour noir. Mike Ward en fait, tout le monde en fait […] On est en temps de COVID, les gens ont besoin de rire. »

Et jusqu’ici, souligne-t-il, l’accueil du public, en personne comme sur les réseaux sociaux, est positif. Le restaurant rencontrerait également un succès bœuf : son nom attire la clientèle, soutient M. Boutin.

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