Le masque obligatoire suscite des craintes chez les commerçants

Le port du masque est aussi obligatoire dans les lieux partiellement couverts, comme les marchés publics. En fin de semaine, entre 2000 et 3000 masques jetables seront d’ailleurs distribués gratuitement aux clients des marchés Jean-Talon (sur la photo) et Atwater qui auraient oublié le leur ou n’en ont pas.
Photo: Hubert Hayaud Le Devoir Le port du masque est aussi obligatoire dans les lieux partiellement couverts, comme les marchés publics. En fin de semaine, entre 2000 et 3000 masques jetables seront d’ailleurs distribués gratuitement aux clients des marchés Jean-Talon (sur la photo) et Atwater qui auraient oublié le leur ou n’en ont pas.

Le masque est désormais obligatoire dans tous les lieux publics fermés au Québec. Les commerçants anticipent avec une certaine appréhension l’application de cette nouvelle règle susceptible de créer des situations conflictuelles avec leurs clients. Certains en veulent aussi au gouvernement de leur imposer le rôle de « police du masque » en les exposant à des amendes salées.

« Je m’attends à ce qu’il y ait des clients qui s’obstinent un peu, mais on va mettre quelqu’un à l’entrée et s’il y a un problème, je vais leur parler », explique Elliot Legrand, gérant de la Maison du rôti. « On vend déjà des masques et, au début, on donnera des masques jetables à ceux qui n’en ont pas. »

Non loin de là, la boutique Tony Pappas impose le masque depuis le 25 mai, car, explique la vice-présidente Manon Gauthier, la distanciation de deux mètres est incompatible avec la vente de chaussures. « Chaque jour, il y a des gens rébarbatifs et on est obligés de dire qu’ils ne peuvent avoir accès au commerce sans masque, dit-elle. Mais de façon générale, la clientèle est très compréhensive. Le masque, ça va devenir une norme, comme de dire “merci” et “s’il vous plaît”. »

Même s’ils n’envisagent pas trop de problèmes, les commerçants ne sont pas à l’abri de clients moins coopératifs. Mercredi, en Ontario, un client de 73 ans aurait agressé un employé qui venait de lui demander de porter un masque. Comme il avait pris la fuite, les policiers se sont rendus à sa résidence. Deux agents ont ouvert le feu et l’homme est décédé.

Obligatoire

Rappelons que selon le décret gouvernemental, le port du couvre-visage sera obligatoire pour les 12 ans et plus dans les lieux publics fermés partout au Québec. Le masque est donc requis dans des endroits comme les commerces, les restaurants, les bars, les lieux de culte, les centres d’entraînement et les cinémas.

Certaines exceptions s’appliquent. Ainsi, un client devra porter un couvre-visage en entrant dans un restaurant et lors de ses déplacements dans l’établissement, mais il pourra le retirer pour prendre son repas. De même, dans un centre d’entraînement, le port du masque ne sera pas requis lors de l’activité sportive.

Des amendes allant de 400 à 6000 $ sont prévues pour les propriétaires qui autoriseraient l’accès à leurs locaux à des personnes sans masque. Les personnes ayant un problème de santé qui les empêche de porter le masque pourront entrer sans couvre-visage.

Le port du masque est aussi obligatoire dans les lieux partiellement couverts. C’est ce qu’a appris mardi la société Les Marchés publics de Montréal. « On s’est reviré de bord sur un dix cents », dit Jean-Simon Laperle, responsable des communications. En fin de semaine, entre 2000 et 3000 masques jetables seront distribués gratuitement aux clients des marchés Jean-Talon et Atwater qui auraient oublié le leur ou n’en ont pas.

Des agents de sécurité seront postés aux entrées des deux marchés pour s’assurer que la clientèle respecte le port du masque. Mais encore faut-il trouver ces surveillants. La société cherchait toujours vendredi en avant-midi. « Embaucher des agents en quatre jours, c’est un peu un défi », dit Jean-Simon Laperle, qui souligne que la Prestation canadienne d’urgence nuit à leurs efforts de recrutement.

Photo: Hubert Hayaud Le Devoir

Au marché Jean-Talon, les commerçants ont des avis partagés quant au port du masque obligatoire. Les clients peuvent actuellement pénétrer dans les lieux par une dizaine d’entrées. Elles seront réduites à 3 ou 4 dès samedi. « Le monde va s’y faire, dit, derrière son mur de plexiglas, Luc Trottier, propriétaire de Trottier et frères. Les gens aiment venir ici. Il y a un cachet particulier. »

Le propriétaire de la ferme JP Desgroseillers et fils, lui, croit que les marchés ouverts auraient pu bénéficier d’exemptions. Il se dit favorable au port du masque obligatoire dans les lieux publics fermés. « Au marché Jean-Talon, on a un toit, mais pas de murs », rappelle Guy Desgroseillers. Selon lui, les affaires sont moins bonnes avec la pandémie, mais elles l’étaient déjà depuis quelques années déjà. « La COVID-19 a précipité les choses. »

Le fardeau

Les commerces de grande surface sont prêts et certains envisagent de distribuer des masques au début, précise Jean-François Belleau, directeur des relations gouvernementales du Conseil canadien du commerce de détail, qui représente les grandes bannières telles IGA et Canadian Tire. « Il y aura un contrôle à l’entrée. Dans certains quartiers, il est possible qu’on soit obligés de ramener les agents de sécurité. »

Des inquiétudes subsistent. « Depuis le début de la pandémie, ça s’est relativement bien passé. Mais après cinq mois de pandémie, on sent qu’il y a des gens dans la population qui commencent à être un peu tannés. On a des craintes. Les “covidosceptiques” que l’on voit sur Facebook, ils viennent en magasin aussi », signale-t-il.

Photo: Adil Boukind Le Devoir

Même s’il est d’accord avec l’obligation du masque, le Conseil juge problématique le régime de sanctions imposé par le gouvernement, car il rend les commerçants responsables de l’application des règles. « Quand on fait de la vitesse sur l’autoroute, on n’envoie pas le ticket au propriétaire de l’autoroute, c’est-à-dire le gouvernement », illustre-t-il.

Reste à voir si le gouvernement sanctionnera aussi les citoyens à compter du 1er août. « Nos employés vont devoir jouer à la police du masque. Avec les exemptions médicales et la limite à 12 ans, il va falloir croire les gens. Les policiers vont-ils nous reprocher de ne pas avoir fait le contrôle approprié ? » se demande Martin Vézina, responsable des communications à l’Association restauration Québec.

À Montréal, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) n’entend pas pour l’instant mettre sur pied des « escouades du masque » pour inspecter les établissements. « On est là en soutien à la Santé publique. On pourrait intervenir si un commerçant a un problème ou si un citoyen porte plainte », indique l’inspecteur André Durocher. La Sûreté du Québec ne compte pas non plus mener des inspections.

Des opposants au port obligatoire du masque, qui estiment que cette mesure porte atteinte à leurs libertés, entendent manifester dans plusieurs villes du Québec samedi et dimanche.

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6 commentaires
  • Joël Tremblay - Abonné 18 juillet 2020 00 h 42

    En effet, du grand amateurisme du gouvernement sur cette question, littéralement la pire façon possible d'implanter la consigne

    Comme avec toutes les questions, la méthode Caqistanaise est de ne consulter personne et gérer par décrets en faisant faire la job sale par les autres. Aucune surprise ici, nous avons le gouvernement que nous méritons, un gouvernement qui adhère à 150% à l'idéologie d'exploitation industrielle-capitaliste néo-libérale et qui pense qu'il sait mieux que la population ce qui est bon pour elle.

    Pourquoi ce serait aux commerçants, qui partent avec 3 mois de retard et payent déjà d'énormes frais d'exploitations dans les secteurs touchés, de risquer des amendes plutôt qu'aux personnes qui font l'infraction? Ou encore, si le gouvernement impose des choses, pourquoi il ne met en place aucun moyen de minimiser les impacts négatifs sur la population? Pourquoi les masques sont taxables si ils sont obligatoires? Pourquoi les commerçants ne peuvent pas offrir des masques aux clients et les déduire de leurs impôts? Mais non, la méthode Caqistanaise c'est de santionnner sans réfléchir.

    Non, je me trompe, on était probablement trop occupés à statuer sur le caractère essentiel de la fée des dents...

    Bravo à Legault 1er et à la CAQ...

  • Roland Wikaryjak - Inscrit 18 juillet 2020 09 h 48

    La peur du gendarme

    Si le civisme québécois est ancestral, on n'est pas sorti du bois!

  • Eric Lessard - Abonné 18 juillet 2020 10 h 41

    Le vrai problème

    Le vrai problème, c'est que cette mesure c'est faite contre la volonté du peuple. Je suis allé dans les commerces hier, et il n'y avait pas une personne sur dix qui portait le masque.

    On a écrit une loi pour dire que les services devaient se donner à visage découvert au Québec, après avoir monté en épingle le danger du nikab et de la bourka, qui ne concernait pourtant pas une personne sur mille au Québec.

    Nous voilà avec un virus qui pourait tuer une personne sur mille, comme à chaque année d'ailleurs, des personnes qui seraient mortes de toutes façons, et voilà tu-pas que le masque devrait devenir une norme sociale jusqu'à la fin des temps!

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 18 juillet 2020 14 h 56

    « un virus qui tue une personne sur mille qui seraient mortes de toutes façons, comme à chaque année d'ailleurs» (Eric Lessard)


    … Ce qui explique pourquoi les hôpitaux ne sont pas engorgés et que les foyers de vieillards se meurent d'ennui tant il ne s'y passe rien.

    Par exemple, on songe au réseau de la santé en Italie qui, le printemps dernier, cherchait désespérément des malades pour occuper son personnel avant qu'il ne meure itou d'ennui.

    Blague à part, on incrimine le virus, mais en réalité la cause de l'encombrement du système de santé provient de l'affluence des malades;

    Le problème est que l'on admet les malades à l'hôpital, d'où l'engorgement lorsque les malades affluent. Alors, à l'évidence la solution serait de ne pas les admettre à l'hôpital, ce qui diminuerait la charge du personnel soignant.

    - « un virus qui tue une personne qui serait morte de toute façon» - (Eric Lessard)

    C'est ma foi vrai !

    De toute façon -et c'est le lot de ceux qui sont nés- nous mourrons tôt ou tard, grugés par un animalcule ou piétiné par un éléphant dans une forêt de Bavière;

    (Je songe à un fait divers d'il y a quelques années qui rapportait qu'un tudesque qui avait l'habitude de se promener dans un boisée de sa localité est décédé là des suites du courroux d'un éléphant qui s'était échappé d'un cirque itinérant);

    Cet Allemand est peut-être mort d'étonnement en voyant surgir un éléphant, avant même que le pachyderme ne l'écrabouille;

    Là, on est dans le concret et le tangible; un éléphant a plus de consistance qu'un virus évanescent; des éléphants, j'en ai déjà vus, mais des virus et des virusses, jamais je n'en ai vus et vues.

    Alors, va que l'on admette dans les hôpitaux les victimes d'éléphants en cavale.

  • Pierre Labelle - Abonné 19 juillet 2020 08 h 29

    Interrogation???

    Depuis quand en punissant "l'autre" allons-nous responsabiliser le coupable? Cette façon de faire payer les commerçant, de les tenir responsables à la place du hors-la-loi est complètement ridicule. L'irresponsable ne deviendra pas pour autant responsable. Chacun doit assumer les conséquences de ces actes, après tout ne sommes-nous pas des adultes!!!