Les leçons de la réouverture des commerces en région

Une limite de quatre clients a été fixée chez Séraphin, sur la rue Saint-Jean, à Québec. Tous les vêtements essayés sont ensuite nettoyés à la vapeur.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Une limite de quatre clients a été fixée chez Séraphin, sur la rue Saint-Jean, à Québec. Tous les vêtements essayés sont ensuite nettoyés à la vapeur.

On tolère combien declients à la fois dans la boutique ? Faut-il leur offrir des masques ? Peut-on leur faire essayer le mobilier sans le contaminer ? À l’approche de la réouverture des magasins dans le grande région de Montréal, des commerçants du reste du Québec racontent ce qu’ils ont appris ces deux semaines.

Première observation : l’ouvrage ne va pas manquer. Sur la vingtaine de commerces joints par Le Devoir, la moitié ont refusé de se faire interviewer faute de temps.

« J’ai zéro temps, le magasin est plein », a répondu le gérant d’un magasin d’équipement de sport. « On est seulement deux employés, puis il y a des clients qui attendent à la porte », a dit la dame dans une boutique de chaussures de Trois-Rivières.

« On ne pensait pas qu’on aurait autant de monde la première journée », raconte Brigitte Tremblay, superviseure de succursale à Fournitures de bureau Denis . « On avait du désinfectant et tout, mais on manquait un peu de personnel. »

 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir À Fournitures de bureau Denis, des boîtes ont été placées à l’entrée pour orienter les clients jusqu’à une station de lavage des mains.

Autre constat : « Il faut être patient », ajoute-t-elle. « Lorsqu’on vend une chaise, c’est beaucoup plus long parce qu’on installe un sac transparent sur chaque chaise. La vendeuse se met à deux mètres en face du client et lui montre comment fonctionnent les manettes. Si le client veut essayer une deuxième chaise, il prend le sac de la première, le met sur la deuxième et on recommence. »

Selon le Conseil québécois du commerce au détail, la très grande majorité des commerces ont rouvert leurs portes le 4 mai à l’extérieur de la grande région de Montréal.

« Ça c’est très bien passé », note son directeur Stéphane Drouin. « Je pense que le facteur de succès, ça a été la créativité des détaillants et la rigueur qu’ils ont eue dans l’application des règles. » Les directives fournies par la Santé publique sont « quand même assez larges », poursuit-il, et les commerçants ont été «très habiles» pour les adapter.

Et les affaires sont bonnes, selon la grande majorité des commerçants sondés par Le Devoir.

Ça fait 35 ans que je suis dans le commerce et je n’ai jamais vu ça: les gens sont gentils, ils écoutent les consignes

«On est très très contents de nos ventes», a affirmé Luc St-Cyr, propriétaire de la Galerie du meuble à Québec. Aux commerçants de Montréal dans son domaine, il conseille d’abord « d’avoir quelqu’un à l’entrée qui accueille les clients ». Parce « qu’au début, le flot de trafic est plus important ». Tous ses employés portent des masques ou des visières. Quant aux meubles, ils sont désinfectés après usage.

L’autre défi, poursuit-il, c’est la surveillance. « Les gens ne font pas toujours attention, ils sont portés à se rapprocher des conseillers », dit-il. Bref, il faut « toujours » rappeler les mesures de distanciation.

En faire plus que moins

Chez Go Sport Jonquière aussi, les affaires sont bonnes. « On vend plus que l’an passé », affirme le patron Frank Cloutier qui se dit ravi par l’attitude des gens. « Ça fait 35 ans que je suis dans le commerce et je n’ai jamais vu ça : les gens sont gentils, ils écoutent les consignes. »

Afin d’éviter que les clients touchent à trop de vêtements, il conseille à son personnel « de les suivre » et les assister. Pour ce qui est du marketing, il a remarqué que les commerces de centres commerciaux avec portes extérieures comme le sien devaient en faire plus pour attirer les clients. « Les gens ne savaient pas qu’on était ouvert. »

Il a acheté de la pub, placé de grosses pancartes et des fanions près du magasin.

Pour certains, les changements sont plus grands que pour d’autres. Propriétaire d’une boutique de bijoux d’occasion, Jocelyne Rouleau a complètement repensé sa façon d’accueillir les clients sur la rue Maguire. Désormais, ils doivent prendre rendez-vous pour venir en boutique.

« Ils ont choisi d’avance ce qu’ils veulent voir sur le site de notre boutique en ligne. On sort les pièces et je leur accorde 30 minutes chacun. En raison de la forte valeur de l’or qui est très élevée en ce moment, les bijoutiers doivent redoubler de prudence, souligne-t-elle. Nous, on vend pas des biscuits, on vend de l’or ! Si quelqu’un sonne et on ouvre automatiquement, on peut avoir un cambrioleur ».

 
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Micheline Rouleau, propriétaire de la bijouterie La Boîte à bijoux, à Québec, porte bien entendu le masque pour servir sa clientèle.

Dans son domaine, le port du masque complique les choses parce que les caméras de sécurité ne peuvent pas identifier les gens. « À l’entrée, maintenant, on demande à la personne qu’elle découvre son visage pour qu’on puisse la prendre à la caméra. »

Mais les clients ne s’en formalisent pas, dit la commerçante. « Ils sont très respectueux. »

Dans le secteur du vêtement aussi, les contraintes sont grandes. « Les gens ont besoin d’être sécurisés », observe Jean Beaulac, propriétaire de la boutique Marie-Soleil à Drummondville. « Je crois qu’il faut même en faire plus que ce que demande la Santé publique. »

Chez lui, le port du masque est obligatoire pour le personnel et aussi pour les clients à qui on en offre un gratuitement à l’entrée.

« On fait ça parce qu’en service à la clientèle, la proximité du deux mètres est à peu près impossible. »

Chez la boutique Séraphin de Québec, les masques sont obligatoires seulement lors de l’essayage pour les vêtements qu’on doit enfiler par-dessus tête, explique Véronique Parent, copropriétaire. « Après, je passe tous les vêtements à la vapeur ». Pour le reste, on tolère à l’intérieur entre trois et quatre clients à la fois et la consigne de base est la suivante : « Magasiner plus avec les yeux qu’avec les mains. »

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