À Québec, une réouverture des commerces à géométrie variable

La réouverture des commerces a beau avoir été attendue avec impatience, les magasins n’étaient pas tous prêts à rouvrir leurs portes lundi à Québec. Tandis que certains renouaient avec leurs habitués, d’autres se démenaient toujours avec le casse-tête de leur nouvelle réalité.

Chez Exo, une boutique de la basse-ville pour amateurs de planche à roulettes, l’équipe était loin d’être prête à une réouverture complète, lundi. « On ne sait même pas quand [on pourra rouvrir]. On s’est même donné deux ou trois semaines pour voir comment les autres fonctionnent », explique au bout du fil l’un des employés, Mathieu Dhani. « Ce n’est pas simple. On ne peut quand même pas désinfecter les vêtements chaque fois que les clients les touchent. »

Dans le secteur Vanier, de nombreux commerces n’en avaient pas fini non plus avec les préparatifs. Nicole Cyr avait traversé la ville pour se rendre chez le détaillant de textiles Fabricville. « Je voulais avoir du fil de la bonne couleur. Je me fais des vêtements. Je manque de fil, d’élastiques aussi. » À l’intérieur, on pouvait voir les employés s’activer à réaménager le magasin pour l’ouverture prévue mardi.

 

Non loin de là, Alain et Serge revenaient bredouilles d’une visite chez DeSerres. « C’est fermé jusqu’à mercredi. » Malgré ce petit revers, ils semblaient contents d’avoir trouvé là un prétexte pour sortir de leurs maisons respectives. « Ça commence à être long », de dire l’un d’eux. « On est allés chez Dollarama. J’en ai profité pour acheter des accessoires de cuisine qui me manquaient. »

À quelques mètres derrière eux, une moyenne de 20 personnes faisaient la queue en permanence devant les portes du détaillant américain. Mais l’attrait pour le magasin n’avait rien à voir avec la réouverture, puisque, contrairement aux autres, il avait pu rester ouvert parce que considéré comme service essentiel.

Lise Lortie faisait la file patiemment. « Je vais acheter des élastiques pour faire des masques », a dit la dame de 74 ans. À la question de savoir si le virus lui faisait peur en raison de son âge, elle a répondu du tac au tac : « J’aime pas ça. C’est pour ça que je veux me faire des masques. » Pour elle et son mari.

Par ailleurs, Dollarama n'a pas été la seule à faire de bonnes affaires lundi. Rue Saint-Vallier, des gens faisaient la queue patiemment pour entrer dans la boutique de plein air Latulippe.

« J’ai pas le temps de vous parler, demandez à quelqu’un d’autre », a dit derrière son masque transparent l’homme chargé de gérer les entrées et sorties à la porte.

Au bout de la queue, Guy Bilodeau attendait son tour avec sa conjointe. « C’est la fête de mon gendre aujourd’hui et il avait demandé quelque chose de spécial qu’ils ont ici », a-t-il dit.

À la Librairie du Cartier aussi, la journée a été particulièrement bonne, a expliqué en fin d’après-midi la libraire Gabrielle Barbeau-Bergeron. « Visiblement, les gens avaient hâte. »

Sur place, on se serait presque crus en temps normal, les uns et les autres bouquinant chacun dans leur coin. À l’entrée, une affiche rappelait les consignes à respecter, dont la présence maximale de six clients à la fois, mais il n’y avait pas de marques au sol ou de panneau de protection transparent devant la caisse. Dans l’ensemble, la libraire estimait que la distance de deux mètres avait été « relativement » bien respectée.

« Les gens se sont habitués. C’est comme ça à l’épicerie et à la SAQ. »

D’un commerce à l’autre, les précautions varient beaucoup sur le plan sanitaire. Ainsi, la boutique de vêtements le Jupon pressé avait installé un panneau de protection transparent à la caisse. La boutique étant très petite, le nombre de clientes était limité à deux à la fois. « Si les gens ont déjà fait leur présélection sur le Web, on leur met à l’avance leur sélection en cabine. Ça évite les manipulations. »

À deux pas de là, à la boutique de souliers Schü’z, de gros X rouges au sol rappelaient aux clients la distance à maintenir entre eux. « Quand des clients veulent essayer de mettre une paire de chaussures, je leur fais mettre des gants », a expliqué la libraire Kayla Thibeault.

La jeune femme avait un masque de couleur pendu au cou. « [Je le mets] quand je dois m’approcher des clients pour voir si les chaussures font », a-t-elle dit. « Et je mets des gants moi aussi lorsque je leur fais essayer des chaussures. »

Malgré ces nouvelles contraintes, la jeune femme semblait ravie de revenir en boutique. « On est comme une famille ici. C’est sûr qu’on s’ennuyait. Ça fait du bien pour le moral. » 

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