Des restaurateurs craignent de ne pas être payés par Foodora

L'entreprise Foodora, qui faisait affaire avec quelque 700 restaurants à Montréal, s’est placée à l’abri de ses créanciers plus tôt cette semaine.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne L'entreprise Foodora, qui faisait affaire avec quelque 700 restaurants à Montréal, s’est placée à l’abri de ses créanciers plus tôt cette semaine.

Des restaurateurs montréalais craignent de ne pas voir la couleur de l’argent que leur doit l’entreprise de livraison de repas à domicile Foodora, qui s’est placée à l’abri de ses créanciers plus tôt cette semaine.

Propriétaire de la friterie Patati Patata, boulevard Saint-Laurent, Luc Séguin estime à environ 3500 $ la somme que lui doit Foodora, soit l’équivalent de la dernière semaine de livraisons avec cette plateforme. « C’est fâcheux parce que c’est déjà difficile pour les restaurateurs à cause de la COVID-19. Foodora nous avait approchés au début de la crise en disant qu’on pourrait faire de bonnes affaires avec eux. Ils devaient déjà être en difficulté à ce moment-là. C’est un dur coup, mais on va s’en remettre. »

L’impact sur son entreprise sera quand même limité et il dit ne pas être inquiet pour l’avenir du restaurant : « Mais ce n’est pas un bon moment pour avoir des coûts comme ça ».

La Banquise, de la rue Rachel, espère de son côté récupérer le montant de 10 000 $ que lui doit Foodora. « À court terme, ça ne nous met pas en danger », a indiqué le copropriétaire Marc Latendresse. « Mais ça nous met un petit stress. »

M. Latendresse compte obtenir davantage de précisions concernant le dossier vendredi et entreprendra les procédures requises s’il n’obtient pas le paiement attendu. La Banquise n’avait jamais fait de livraisons auparavant. L’établissement s’était tourné vers cette option quand la salle à manger avait dû être fermée en raison de la pandémie.

Foodora, une entreprise fondée à Berlin en 2014, faisait affaire avec quelque 700 restaurants à Montréal et une centaine d’autres à Québec. Elle a annoncé lundi qu’elle cesserait ses activités au Canada à compter du 11 mai, alléguant ne pas être en mesure d’atteindre la rentabilité souhaitée compte tenu de la féroce concurrence dans ce domaine. Elle a par la suite a déposé un avis d’intention de faire une proposition en vertu de la Loi sur la faillite et l’insolvabilité, déclarant du même coup des dettes de 4,7 millions de dollars.

Plus tôt cette semaine, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes a accusé Foodora de vouloir contrer sa campagne de syndicalisation. Le syndicat a d’ailleurs déposé une plainte de pratique déloyale auprès de la Commission des relations de travail de l’Ontario.

Gabriel Aubé, directeur général du restaurant H123, de la rue Notre-Dame Ouest, ignore aussi s’il pourra récupérer les 1000 $ que doit Foodora à son établissement. « On ne sait pas si on va être payés ou pas, mais je suis optimiste parce que Foodora est quand même une grosse compagnie. Ils continuent de faire des affaires aux États-Unis. On est confiants qu’ils vont nous payer, mais je n’en sais pas plus pour l’instant. »

Gérant au restaurant Le Toasteur, de l’avenue Laurier, Nadir Benetia ignorait que l’entreprise Foodora s’était placée à l’abri de ses créanciers lorsque Le Devoir s’est entretenu avec lui jeudi. Le restaurant continuait d’ailleurs de confier la livraison de certaines commandes à Foodora. « Déjà qu’on a moins de travail et qu’il n’y a pas beaucoup de commandes », a-t-il dit au sujet des difficultés que traverse l’industrie de la restauration en raison de la pandémie.