L’été prend ses quartiers au marché Jean-Talon

Mercredi après-midi, le marché était peu animé. Une poignée de kiosques avait pris forme alors que des marchands et des employés y mettaient la touche finale.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Mercredi après-midi, le marché était peu animé. Une poignée de kiosques avait pris forme alors que des marchands et des employés y mettaient la touche finale.

Le Marché Jean-Talon lance jeudi sa saison estivale, armé des mesures de précautions nécessaires pour accueillir les clients en temps de pandémie. Certains commerçants craignent malgré tout de voir leur chiffre d’affaires s’effondrer.

Comme chaque année au début du mois de mai, le populaire marché montréalais se décloisonne, remise ses murs amovibles et s’ouvre sur l’extérieur. Mais aujourd’hui, crise sanitaire oblige, l’endroit est plus bouclé que jamais, ceinturé de hautes clôtures métalliques.

À compter de jeudi donc, l’expérience n’y sera plus comme avant : les entrées se feront au compte-gouttes, à trois endroits seulement, sous l’œil attentif d’employés chargés d’en contrôler l’accès. Chaque client sera également prié de se désinfecter les mains avant de faire ses emplettes.

Pour respecter les consignes gouvernementales, les allées ont aussi été élargies et les kiosques, éloignés les uns des autres. De nombreuses flèches habillent désormais le sol, mais les clients pourront se déplacer librement, précise en entrevue Nicolas Fabien-Ouellet, directeur général par intérim de la Corporation des marchés publics de Montréal.

Pour le moment, aucun n’est tenu de suivre un trajet pré-établi, mais la situation pourrait changer si besoin. « On veut y aller progressivement et rester flexible », fait-il valoir. L’argent comptant est aussi toujours permis. Comme au gouvernement, on n’en interdit pas l’usage, mais on privilégie les transactions par carte.

Le long des allées, d’autres employés veilleront au respect des consignes sanitaires, notamment de distanciation physique. Pour embaucher tout ce personnel supplémentaire, le marché a fait appel à une agence, indique le directeur général intérimaire.

Quant au coût de ces mesures spéciales, M. Fabien-Ouellet n’a pu avancer de chiffres. Chose certaine : la situation ajoute une pression financière. « Ces mesures là sont exigeantes, on ne peut pas le nier, dit-il. On doit quand même faire le nécessaire. On est un service essentiel, on est là pour nourrir Montréal. »

Et l’offre habituelle du marché sera au rendez-vous, assure-t-il. Or, pour ceux qui sont impatients à l’idée de fleurir leur balcon ou leur cour arrière, il faudra patienter encore un peu. Les marchands de fleurs débarqueront dans le courant de la semaine prochaine.

S'adapter

Lors du passage du Devoir mercredi après-midi, le marché était peu animé. Une poignée de kiosques avait pris forme alors que des marchands et des employés y mettaient la touche finale.

C’est le cas de Sylvain Pelletier, des Jardins d’Émilie. Ce pomiculteur de Rougemont possède un point de vente depuis quatre ans au Marché Jean-Talon. Pour offrir une large gamme de légumes, il fait affaire avec plusieurs maraîchers. Ses étalages se remplissaient justement à vue d’oeil lorsque croisé sur place.

Pour accueillir ses prochains clients en toute sécurité, il n’a pas lésiné sur les mesures à prendre. Gants et masques de protection pour tout le monde, insiste-t-il. Ses employés devront aussi se laver régulièrement les mains et servir derrière les larges panneaux vitrés.

« Financièrement, ç’a engendré des coûts énormes », lance-t-il, espérant surtout ne pas devoir rester fermé le dimanche trop longtemps. Cette décision risque de lui faire perdre beaucoup de ventes, et des produits. « On vend des fruits et légumes. C’est périssable », dit-il.

Il juge en outre la mesure contradictoire avec le message « d’acheter local » martelé depuis plusieurs semaines par Québec. « Pendant que Costco et Walmart vendent le dimanche des fruits et légumes qui ne viennent pas toujours d’ici, nous, on doit fermer. C’est inconcevable. »

Jérôme Arlabosse, propriétaire de La crêperie du marché, travaillait lui aussi d’arrache-pied mercredi après-midi. Il entend réouvrir samedi le petit comptoir qu'il gère depuis 2008. « L'objectif de ce mois-ci, c'est de faire survivre l'entreprise », précise-t-il.

Puisque ses clients ne pourront plus savourer leurs crêpes salées ou sucrées sur place, assis à l’une des tables, le restaurateur mise surtout sur la formule pour emporter.

Il a d’ailleurs revu son menu afin de s’adapter au contexte particulier. « On va revenir au modèle de base, c'est-à-dire la petite crêpe nature pour emporter à la maison. Normalement, c'est notre produit accessoire, mais là, il va devenir notre produit moteur. »

Du moins, le temps que les consommateurs puissent à nouveau se poser, dit-il, « avec un petit verre de cidre ».

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