Nourrir le monde

Gabrielle Tremblay-Baillargeon Collaboration spéciale
L’épineuse question de la distanciation sociale a été complexe à mettre en place pour la surintendante Diane Hébert.
Photo: Sollio Agriculture L’épineuse question de la distanciation sociale a été complexe à mettre en place pour la surintendante Diane Hébert.

Ce texte fait partie du cahier spécial Services essentiels

Diane Hébert roule sa bosse dans le milieu manufacturier depuis plus de 25 ans, mais n’est en poste que depuis un an chez Sollio Agriculture, la division agricole de La Coop fédérée. En tant que surintendante, elle supervise l’ensemble des opérations du couvoir de Victoriaville.

Du ramassage des œufs à l’incubation jusqu’à l’éclosion finale, l’équipe du couvoir s’assure que les poussins viennent au monde dans de bonnes conditions, puis les envoient par camion à des fermes qui les élèveront durant 36 jours avant leur visite à l’abattoir. Des dizaines de milliers d’œufs et de poussins passent quotidiennement entre les mains du personnel qui fournit les producteurs de volaille du Québec selon leurs besoins. « Quand on parle du concept de la ferme à la table, nous, on est plus proches de la ferme que de la table », dit Mme Hébert en riant.

Dans cet établissement où la proximité et la manipulation (des œufs, des poussins, des cargaisons) font partie du quotidien, l’arrivée de la crise de la COVID-19 s’est étendue comme un nuage noir au-dessus des 65 employés. L’angoisse était présente, et Mme Hébert se devait de rassurer son monde. Sa solution ? La fierté. « On fait partie d’une coopérative : notre vision est de soutenir les familles agricoles et tout en assurant l’approvisionnement au consommateur. On a un rôle à jouer dans cette crise-là », affirme Mme Hébert, résolument positive, soulignant qu’aucune personne n’a été mise à pied malgré la situation. « Au début, ça faisait drôle de venir travailler le matin parce qu’on se sentait un peu seuls au monde », concède la surintendante.

Seuls, ensemble

L’épineuse question de la distanciation sociale a évidemment été complexe à mettre en place. C’est au carrousel où œuvrent les préposés au sexage que le défi était plus grand : alors qu’en temps normal 25 personnes trient les poussins mâles et femelles à raison de 40 000 à l’heure,les mesures d’hygiène ont forcé le couvoir à réduire ce nombre (et le temps d’exécution) de moitié.

Ainsi, tandis qu’une demi-équipe s’affaire à « sexer » les oisillons, l’autre désinfecte l’usine au grand complet — et après quelques heures, les postes s’échangent et le cycle s’enclenche à nouveau. Afin de soutenir l’équipe du couvoir, certains éleveurs ont accepté de modifier leur commande en récoltant des poussins mixtes, c’est-à-dire non triés. Et comme la quantité de poussins traités l’est à la demande des éleveurs à raison de deux mois d’avance, le couvoir doit penser en amont.

Sollio Agriculture a également mis en place des programmes de reconnaissance pour les employés, dont un bureau d’assistance pour le personnel en quarantaine et des paniers alimentaires distribués chaque semaine. « Les gens sentent qu’ils sont reconnus dans leur travail, qu’ils sont importants », déclare Mme Hébert, soucieuse du bien-être de son monde. « Ça va vraiment bien, le moral et bon », poursuit-elle. « Oui, on doit aller travailler, mais on est chanceux parce qu’on peut continuer à le faire. On peut continuer à vivre », souligne-t-elle.