L’audace d’un contremaître montérégien

Pascaline David Collaboration spéciale
Pour éviter les contacts, le contremaître Denis Desroches (à gauche) a mis au point un système de corde à linge qui relie deux poteaux installés à l’intérieur et l’extérieur de  son bureau.
Courtoisie Pour éviter les contacts, le contremaître Denis Desroches (à gauche) a mis au point un système de corde à linge qui relie deux poteaux installés à l’intérieur et l’extérieur de son bureau.

Ce texte fait partie du cahier spécial Services essentiels

Contremaître à la Coop des Montérégiennes et travailleur essentiel, Denis Desroches a mis en place un système pour éviter le contact avec ses clients et ainsi réduire les risques de transmission du coronavirus. Il place désormais les documents qu’il veut transmettre sur… une corde à linge. Un système simple, mais efficace, qui a dès lors été implanté dans trois usines de la Coop.

La Coop des Montérégiennes, dont toutes les opérations sont jugées essentielles et sont maintenues, fait partie des dix plus grandes coopératives agricoles de la province et emploie plus de 120 personnes. C’est dans la petite ville de 7800 âmes d’Acton Vale que Denis Desroches travaille, au sein d’un des quatre centres d’engrais de la Coop où sont mélangés des produits en vrac destinés aux agriculteurs. Habituellement, le contremaître réceptionne les bons de commande d’engrais, de fertilisants et de semences qui sont ensuite amalgamés par le centre avant d’être chargés dans des camions et remis aux agriculteurs. « Je ne voulais pas faire affaire avec les clients face à face dans mon bureau, comme c’est le cas en temps normal », explique M. Desroches.

Pour éviter ces contacts, il a donc mis au point un système singulier. Une corde à linge relie deux poteaux qui ont été installés à l’intérieur et à l’extérieur de son bureau. Il suffit alors d’accrocher le bon avec une pince sur ladite corde, puis quelques tours de manivelle permettent d’acheminer le document par la fenêtre vers le client, qui peut ainsi respecter les mesures de distanciation physique. « C’est presque comme un service à l’auto », explique-t-il en riant. De quoi se muscler les bras, puisqu’il lui arrive de servir jusqu’à une cinquantaine de clients par jour.

C’est lors d’une vidéoconférence avec David Beauregard, directeur des opérations de la Coop des Montérégiennes et les deux autres contremaîtres de la division des productions végétales, que l’idée a émergé. « Denis avait dit cela à la blague, mais à la grande surprise de tous, j’ai décidé de la retenir, car je trouvais ça simple, efficace et rapide à mettre en place dans nos trois usines d’engrais où les options sont limitées, explique M. Beauregard. Dans une autre usine, la meunerie, nous avons privilégié l’envoi automatique des bons d’expédition par courriel parce que le système le permettait. »

« C’est leur gagne-pain »

La crise n’a pas entraîné de ralentissement ni de gros bouleversement dans l’activité quotidienne de M. Desroches. « Les agriculteurs doivent semer, c’est leur gagne-pain, alors on se doit de continuer à les servir, souligne celui qui reste confiant dans ce contexte incertain. On prend vraiment toutes les précautions nécessaires. » Chaque jour, tous les véhicules et les poignées de porte sont désinfectés et les contacts entre employés sont limités.

Selon les données les plus récentes transmises par les autorités sanitaires, 2789 cas de COVID-19 ont été enregistrés, dont 78 décès, en Montérégie, ce qui en fait la deuxième région parmi les plus touchées, après Montréal, qui compte 11 621 cas. Toutefois, moins de cinq cas ont été répertoriés dans la municipalité d’Acton Vale pour le moment.