Produire, acheter et manger local

Mélanie Gagné Collaboration spéciale
Accompagné de son amoureuse, Laurence Fischer, le maraîcher Donald Dubé veut amener la société à changer sa façon de voir la chaîne agroalimentaire. 
Photo: Éric Labonté / MAPAQ Accompagné de son amoureuse, Laurence Fischer, le maraîcher Donald Dubé veut amener la société à changer sa façon de voir la chaîne agroalimentaire. 

Ce texte fait partie du cahier spécial Services essentiels

Donald Dubé, de la Ferme du Vert Mouton à Saint-Valérien, dans le Bas-Saint-Laurent, a rapidement trouvé la façon de s’adapter à la crise sanitaire et de maintenir ses activités. Il réfléchit aussi à l’après et rêve d’un « grand chantier de l’autonomie alimentaire » pour le Québec.

Donald Dubé et son amoureuse, Laurence Fischer, spécialisés dans le maraîchage biologique depuis dix ans, ont d’abord perdu leurs clients restaurateurs. La demande dans les épiceries a ensuite beaucoup diminué, amputant considérablement leurs revenus hivernaux. Pour le couple, pas question de se décourager ni d’abandonner. Il fallait faire germer les meilleures idées pour pallier la crise sanitaire.

« C’est beaucoup d’inquiétude, confie Donald. On a dû réinventer notre façon de faire. On a créé une boutique en ligne. On vend des paniers de pousses et des plants de jardins certifiés biologiques que nous livrons à domicile. Nous sommes renversés par la demande ! On a vu notre production augmenter par rapport aux autres années pour une même période. C’est une heureuse surprise ! »

Les propriétaires de la Ferme du Vert Mouton se sont ensuite heurtés à des problèmes d’approvisionnement, comme l’explique M. Dubé : « Tout est arrêté partout. On a des fournisseurs qui ne peuvent pas nous approvisionner, que ce soit en terreau ou autre. Tous les systèmes de distribution ont été court-circuités, arrêtés. » La distanciation sociale représente également un défi dans un jardin. Donald et Laurence ont demandé à leur équipe de bien suivre les mesures, au travail comme ailleurs, afin qu’une saison estivale soit possible.

Faire la révolution alimentaire

Donald Dubé est biologiste et ancien consultant en environnement. Il y eut d’abord son rêve d’avoir une ferme. S’est ensuite ajouté le désir de lancer un mouvement afin que la société change sa façon de voir la chaîne agroalimentaire. Le producteur, très préoccupé par les changements climatiques, milite depuis des années en faveur d’une autonomie alimentaire québécoise. Avec la cheffe Colombe St-Pierre ainsi que l’animateur et comédien Christian Bégin, il a récemment lancé la plateforme « Goûter NOUS ! », pour favoriser la mise en commun d’expertises et l’élaboration d’un plan de souveraineté alimentaire.

« On a un premier ministre qui vient de dire qu’on doit gagner en autonomie, on a le président de l’UPA qui mentionne que nous sommes probablement allés trop loin en misant sur l’importation et en produisant pour l’exportation. Ce n’est pas banal, ce qu’on vient d’entendre de leur part ! On va devoir mobiliser tout le monde. Nous reprogrammer dans notre façon de consommer. Il ne pourra pas y avoir de demi-mesures. Tout ça va se baser sur la nécessité. C’est bien de parler d’achat local, d’encourager les producteurs, mais ça touche plus que le commerce.C’est l’habitation des territoires, c’est la mise en production des terres », souligne-t-il.