Un été sans moto ni caravane

Plusieurs ont abandonné l’idée de faire de la moto cet été.
Photo: Mike Groll Associated Press Plusieurs ont abandonné l’idée de faire de la moto cet été.

La circulation interrégionale étant entravée et les séjours interdits du côté des États-Unis, à quoi bon dépenser de l’argent pour immatriculer son véhicule, se disent de nombreux habitués de ces loisirs d’été que sont la motocyclette et le caravaning. Certains adeptes craignent en tout cas d’en être réduits cet été à tourner en rond, plus ou moins autour de leur maison.

En raison de la pandémie, une utilisation beaucoup plus réduite de ces véhicules est à prévoir pour les prochains mois, estime Jean-Pierre Fréchette, directeur général de la Fédération motocycliste du Québec (FMQ). Il constate à regret que tout est déjà annulé du côté des activités liées à la pratique de la motocyclette. Depuis trente ans, la FMQ offre par exemple des formations de perfectionnement pour la conduite de la moto. « Et c’est la première fois que ça n’a pas lieu », explique M. Fréchette.

Plus d’un demi-million de Québécois possèdent un permis de moto. Parmi eux, environ 214 000 immatriculent une moto au printemps.

Jean-Pierre Fréchette conduit une moto depuis cinquante ans. « C’est la pire année pour la moto », confirme le directeur de la FMQ. Avec un de ses amis, il avait prévu de longue date de partir découvrir à moto la mythique route 66 au cours de l’été. Avec la progression de l’épidémie aux États-Unis, il n’a plus envie d’y aller, même si les frontières étaient rouvertes. Trop risqué. « C’est certain que notre projet de voyage est annulé », dit-il en insistant sur son déplaisir.

Ça me brise le coeur, car je suis une passionnée, mais je suis les consignes le plus possible

Résidente de Deux-Montagnes, Jacynthe Dauphinais, 48 ans, roule d’ordinaire sur une rutilante moto noire Harley. À regret, elle s’est résignée à la remiser cette année. « Les plaques coûtent cher pour ne pas pouvoir rouler ». Et « par respect pour les travailleurs », elle dit préférer attendre que la situation soit sécuritaire. Elle prend donc son mal en patience.

Remisée aussi, la moto de Bernard Duplessis : « Tant qu’il n’y a pas plus de liberté » de mouvement, tant qu’il ne retrouve pas son travail, c’est fini pour lui cette année.

Adepte de la moto depuis trois ans, Sylvie Préfontaine, de Val-d’Or, dit s’être faite à l’idée elle aussi. « Ça me brise le cœur, car je suis une passionnée, mais je suis les consignes le plus possible. »

Franck Brooke, 27 ans, aime d’ordinaire « aller s’amuser dans les courbes des Laurentides et du Vermont », mais se sert aussi de sa puissante moto comme simple véhicule. « Je suis de Longueuil; alors, avec le confinement, les déplacements sont très restreints. »

Le prix de l’immatriculation et les contraintes à la circulation qui pèsent en raison de la pandémie lui font envisager de remiser son véhicule pour l’année. « Je reste optimiste pour une réouverture pour le mois de mai, sinon ça ira tout simplement à l’année prochaine. »

Pourquoi craindre les déplacements de motocyclistes en région, se demande Jean-Christophe Nadeau, puisqu’ils portent « majoritairement des gants et un casque qui couvrent tout leur visage » ?

Pour Annie Porcheron, c’est un sentiment de frustration que « de devoir payer si cher pour faire un aller-retour à l’épicerie ». D’autres motocyclistes disent n’avoir que faire des restrictions et entendent se déplacer.

 

Des coûts supplémentaires

Le remisage de ces véhicules risque d’avoir un coût financier supplémentaire pour leurs propriétaires.

Les règlements de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ) sont formels : le remisage doit être d’une durée de moins d’un an, à défaut de quoi des frais supplémentaires et des délais liés à une inspection du véhicule par un mandataire de la SAAQ seront nécessaires.

« La situation est effectivement exceptionnelle », reconnaît la SAAQ au Devoir, sans pour autant avoir l’intention d’assouplir ses façons de faire.

Selon la SAAQ, « la décision revient au client d’immatriculer, de remiser ou de déremiser ou non son véhicule ». À cet égard, l’inspection pour un véhicule remisé plus d’un an est « une mesure afin de nous assurer que les véhicules qui circulent sur les routes du Québec sont en bon état mécanique ».

La situation exceptionnelle n’invite-t-elle pas la SAAQ à revoir ses règles, au moins pour cette année ? Pandémie ou pas, il s’agit d’« une question de sécurité routière », tranche la SAAQ.

La caravane ne passera pas

Il en va sensiblement de même pour les caravanes, ces véhicules récréatifs à bord desquels des milliers de Québécois partent sillonner l’Amérique, hiver comme été.

Même s’il est plus difficile de connaître le nombre exact de caravanes québécoises en circulation en raison du recoupement de certains permis. On sait qu’ils sont plusieurs dizaines de milliers, affirme Paul Laquerre, rédacteur en chef du magazine Camping Caravaning.

« Je connais des gens qui, à cause de la crise, ont dû laisser leur caravane au Mexique. Ils ne pourront sans doute pas la récupérer tout de suite. Beaucoup de gens, ceux qui vont en Floride l’hiver, entreposent l’été leur caravane en Virginie. En général, ils sont assurés pour six mois. Comme ils risquent de ne pas pouvoir y retourner, les compagnies d’assurance […] se disent prêtes à modifier les règles. Ce qu’on voit venir est qu’au mieux la saison cet été va être décalée. Mais je ne suis pas sûr que la promiscuité d’un certain type de camping va pouvoir être tolérée. »

Roger Laroche, l’ancien journaliste à la circulation pour Radio-Canada, est un adepte du caravaning. Joint par Le Devoir, il affirme qu’un des effets de la crise sanitaire risque de marquer l’arrêt temporaire de la migration annuelle de milliers de Québécois vers la Floride à l’automne.

« Les snowbirds, j’en suis ! Pour y aller, même si c’était permis, ça va prendre un vaccin au moins. Et là, on n’en a pas. Alors les séjours là-bas, c’est terminé pour l’instant. Ce qui veut dire que, pour bien des gens, les véhicules devront être remisés. »

Depuis qu’il est à la retraite, cet expert de la circulation se consacre à un blogue qui explore notamment les différentes facettes du camping. Selon lui, beaucoup de caravanes seront en vente l’été prochain. Mais il conçoit que bien des propriétaires de ces véhicules vont tout de même vouloir bouger.

« Je suis de ceux-là. J’ai une machine où je suis autosuffisant. Si les terrains de camping sont fermés, on risque de voir des gens squatter un peu partout, dans les terrains de stationnement des écoles, dans les cours d’église ou dans les Walmart. » Si les différentes ressources d’accueil ne sont pas accessibles durant l’été, « les municipalités risquent de s’en mordre les doigts », pense-t-il.

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