S'approprier les symboles d'espoir

La popularité de l’arc-en-ciel, devenu emblème d’espoir, a également permis à des entreprises d’ici de limiter les pertes d’emplois.
Photo: pigmentdesign.ca La popularité de l’arc-en-ciel, devenu emblème d’espoir, a également permis à des entreprises d’ici de limiter les pertes d’emplois.

De nombreux entrepreneurs québécois font preuve de créativité pour s’approprier les symboles de la crise de la COVID-19 que sont devenus l’arc-en-ciel ou encore les visages du duo Arruda-Legault.

« Il fallait s’attendre à ce qu’il y ait une récupération commerciale des vedettes médiatiques que sont devenus le Dr Arruda et le premier ministre Legault », souligne Olivier Turbide, professeur au Département de communication sociale et publique de l’UQAM.

Bières, t-shirts, autocollants, bijoux et étuis à cellulaires, nombreux sont les objets à travers lesquels les Québécois affichent leur solidarité en cette période de pandémie.

« Respecter les règles de confinement, c’est devenu une cause », renchérit Sandrine Promtep, professeure agrégée au Département de marketing de l’École des sciences de gestion de l’UQAM. « En ce moment, on a besoin de héros, on a besoin d’être rassurés et d’exprimer notre fierté », ajoute-t-elle.

Le confinement requis semble contribuer à ce que les Québécois revoient leur façon de consommer. Un sondage mené par l’Observatoire de consommation responsable de l’UQAM révèle que 35 % des Québécois remettent actuellement en question leur mode de consommation. Il montre également un intérêt accru pour l’achat local, alors que 34 % des Québécois disent faire davantage d’achats de produits d’ici.

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« Il y a un souci de soutenir les entreprises québécoises, particulièrement celles qui ont un message à transmettre […] On assiste à des mouvements de foule pour limiter les catastrophes financières des petites et moyennes entreprises », observe Fabien Durif, directeur de l’Observatoire.

L’engouement

Comme pour des milliers de Québécois, le point de presse du premier ministre François Legault, du directeur national de santé publique, Horacio Arruda, et de la ministre de la Santé, Danielle McCann, est devenu un « rendez-vous télévisuel » pour Maxime H. Bergeron.

La mi-mars a été rude pour le cofondateur de la Brasserie Générale, qui a dû mettre à pied les sept employés qui travaillaient à son pub du quartier Limoilou, à Québec. Il était loin de se douter qu’à peine quelques jours plus tard, un clin d’œil à « Horacio » lui permettrait de poursuivre ses affaires.

« Horacio porte un message d’espoir et de réconfort. Mon objectif c’était de faire sourire les gens qui sont confinés, alors j’ai pensé à créer une bière pour lui rendre hommage », raconte au Devoir M. H. Bergeron. Sa porter robuste américaine, actuellement seulement offerte dans la capitale nationale, s’est rapidement hissée au sommet de ses bières les plus vendues. L’engouement pour la « Horacio » sera toutefois à peine suffisant pour permettre à la microbrasserie de souffler un peu. D’ailleurs, pour s’assurer de maintenir ses liquidités, M. Bergeron s’est aussi lancé dans la livraison de repas préparés.

« Ça me permet de gagner du temps, de rester visible et de payer simplement nos frais de base. Disons que ça va réduire l’ampleur des dommages financiers qui seront toutefois inévitables », mentionne M. H. Bergeron. Dès cette semaine, la Brasserie Générale a décidé d’orienter une partie de sa production pour rendre la « Horacio » plus accessible et en produire un plus grand volume. « Des gens de Sept-Îles, de Lanaudière et de la Mauricie m’ont écrit pour avoir des canettes. Je me dis que si le message vend, tant mieux, même si ce n’était pas le but initial », confie M. H. Bergeron, qui a décidé de verser 0,25 $ par canette vendue à la Fondation du CHU de Québec pour notamment contribuer à l’achat de matériel médical pendant la pandémie.

La popularité de l’arc-en-ciel, devenu emblème d’espoir, a également permis à des entreprises d’ici de limiter les pertes d’emplois.

« Ce qu’on a vu naître, c’est un mouvement de solidarité des Québécois qui se manifeste à travers l’achat d’un produit local associé au mouvement d’espoir », confie William Giroux, cofondateur de KaseMe, une entreprise située en Beauce qui se spécialise dans le design et la fabrication d’étuis pour cellulaires.

Dans les derniers jours, KaseMe a remis en avant son étui aux arcs-en-ciel aux teintes pastel pour faire un clin d’œil au mouvement #ÇaVaBienAller, explique M. Giroux.

Jusqu’à présent, les ventes en ligne ont doublé, permettant à l’entreprise de combler les pertes générées par la fermeture de plusieurs magasins où se vendaient ses étuis.

« On est vraiment très chanceux, parce que ça nous permet aussi de garder nos dix employés temps plein en poste », souligne M. Giroux.

Pour Fanie Giguère-Robitaille, « le tourbillon COVID-19 » s’avère l’occasion de mettre en avant la créativité des artistes québécois. Un matin, habillée en mou comme sans doute la plupart des Québécois confinés, elle ouvre son compte Instagram et découvre l’illustration de Marish Papaya. « Ç’a été un véritable coup de foudre avec sa vision de l’arc-en-ciel », dit-elle. La fondatrice de l’entreprise Pigment, qui se spécialise dans la conception et la présentation visuelle, lui propose de faire imprimer des autocollants à partir de son illustration afin d’aller les coller aux vitrines des commerces de Québec. « C’était surtout pour répandre l’espoir, ce n’était pas dans le but de les vendre », souligne-t-elle.

Or, les deux nouvelles partenaires confient s’être attachées au duo Arruda-Legault. « Marie-Chantale [Marish Papaya] a fait une deuxième version de l’arc-en-ciel avec au bout les visages de M. Legault et de M. Arruda et là, il y a vraiment eu un engouement. Les gens nous écrivaient pour se les procurer », raconte Mme Giguère-Robitaille.

C’est ce qui a marqué le début d’une collaboration qui s’étend désormais à six autres artistes, qui, à travers leurs illustrations, espèrent égayer le « nouveau » quotidien des Québécois.

Vendus entre 4,95 $ et 15 $, les autocollants ne génèrent aucun profit, mentionne Mme Giguère-Robitaille. « Ça couvre les coûts de production, des enveloppes d’expédition, des timbres et le temps de gestion. Ça nous permet d’avoir une job, mais sans plus », mentionne-t-elle.


 
2 commentaires
  • Lyne Godmaire - Abonnée 9 avril 2020 10 h 12

    et notre ministre Madame McCann ?

    Une 3e figure importante du trio quotidien. Pourquoi ne pas mettre, ajouter sa photo ? Elle se bat avec un système qui a subi d'énormes coupures au cours des dernières quinze années.

    • Brigitte Garneau - Abonnée 9 avril 2020 15 h 09

      Vous avez entièrement raison. Il ne s'agit pas d'un duo, mais bien d'un trio...