Les avantages d’un bon accueil

André Lavoie Collaboration spéciale
Selon Catherine Noppen, professeure en gestion touristique à l’ITHQ, le Québec se distingue par la chaleur de son accueil.
Getty Images Selon Catherine Noppen, professeure en gestion touristique à l’ITHQ, le Québec se distingue par la chaleur de son accueil.

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme d'affaires

De la même façon que le visage du tourisme d’agrément a changé, au Québec et à travers le monde, à la faveur des changements technologiques ainsi que es valeurs des nouvelles générations, le tourisme d’affaires a lui aussi pris un nouveau virage. Cela se reflète sur le profil de nombreuses destinations québécoises, qui n’affichent plus tout à fait les mêmes services ou doivent se réinventer pour assurer le dynamisme de leur région.

Le Québec sait recevoir, c’est bien connu. Mais une hospitalité proverbiale et des paysages enchanteurs ne suffisent plus, surtout lorsqu’il s’agit d’attirer la clientèle d’affaires. Même la dynamique des congrès n’y échappe pas. « Pendant son âge d’or dans les années 1980, le congrès était perçu comme une récompense, avec un gros programme étalé sur plusieurs jours, souvent le week-end, affirme Steeve Gagné, président de l’Association des professionnels de congrès du Québec (APCQ). Il affiche désormais un souci de performance, se tient en milieu de semaine, et parfois dans des lieux inusités. »

Celui qui est aussi coordonnateur du volet tourisme de la Corporation de développement économique de Victoriaville reconnaît l’importance grandissante du tourisme d’affaires chez les acteurs régionaux, et les chiffres sont éloquents. « C’est facilement 60 % de leurs revenus, et pas seulement concentrés pendant la période estivale. Ça leur permet d’étirer la saison touristique, de conserver des emplois et de rénover des hébergements qui, autrement, ne pourraient pas survivre. » Cela vaut autant pour les hôtels que pour plusieurs clubs de golf ou pourvoiries, qui ont vu l’intérêt d’ouvrir leur porte à cette clientèle, même si elle passera sans doute plus de temps en réunion qu’à frapper des balles ou à taquiner le poisson.

Ce renouveau dans l’industrie,Catherine Noppen, professeure en gestion touristique à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), en constate aussi les bienfaits, et ce, depuis une dizained’années. Non seulement des agglomérations se sont dotées de nouvellesinstallations attrayantes, comme l’arrondissement de La Baie, au Saguenay, ou la ville de Lévis, près de Québec, mais ce souci débute souventpar leur site Internet. « Plusieurs organisations ont ajouté des rubriques et beaucoup d’informations, ce qui n’était pas le cas auparavant, souligne Mme Noppen. Le mode de communication a changé, et ce ne sont plus seulement les planificateursd’événements qui connaissent certains lieux ou font des appels de proposition. De plus en plus de gens ont envie de faire ce type de recherches parce qu’ils en ont vu d’autres. »

Le Québec, avec un sourire

En plus d’une offre exceptionnelle en activités extérieures et d’une abondance de produits du terroir de grande qualité, une destination de tourisme d’affaires peut aussi se distinguer par la chaleur de son accueil. Selon la professeure de l’ITHQ, leQuébec a une bonne longueur d’avance en la matière. « Dans la région de Québec, au Saguenay ou dans le Bas-du-Fleuve, c’est frappant, alors qu’à Montréal même, on pourrait penser que c’est un peu trop. Nos étudiants en stage ici ou à l’étranger le constatent aussi : au Canada anglais et aux États-Unis, on donne un bon service accompagné de “Yes Ma’m, No Sir, Thank You”, mais où est le sourire ? »

Les acteurs locaux du secteur ne l’ont pas perdu, et continuent de faire des démarches auprès despouvoirspublics pour que l’on reconnaisse l’importance du tourisme d’affaires, celui « qui valorise le face-à-face et rend les contacts virtuels beaucoup plus efficaces par la suite », résume Steeve Gagné.

Mais quelques nuages se profilent à l’horizon. « La pénurie de main-d’œuvre, ça concerne l’ensemble de l’industrie touristique, poursuit le président de l’APCQ. On manque d’employés partout : dans les cuisines, les bars, les services d’entretien, etc. Des millions de dollars sont laissés sur la table parce que les compagnies ne peuvent pas prendre des contrats et que les patrons, qui faisaient autrefois de la gestion, doivent mettre la main à la pâte pour la cuisine ou le ménage. »

Quant à Catherine Noppen, son cheval de bataille demeure la transformation d’un secteur qui génère beaucoup de déchets. « Je tape sur ce clou depuis des années, dit-elle. Les fêtes et les festivals ont commencé à abolir certaines choses, à offrir des verres compostables, mais le tourisme d’affaires doit vraiment implanter une gestion responsable de ses activités. » Cette industrie a beau vendre du rêve, elle n’échappe pas aux réalités de notre époque.

En chiffres

Le tourisme d’affaires dans l’ensemble du Québec, c’est :

Plus de 600 millions de dollars de dépenses

3443 congrès et événements, soit 66 par semaine

Plus de 1 million de nuitées, soit près de 20 000 par semaine

Le secteur touristique au Québec et au Canada, c’est :

1,8 million d’emplois en 2018 au Canada

402 000 emplois en 2018 au Québec

Chaque dollar dépensé par les touristes rapporte près de 0,28 $ aux trois ordres de gouvernement canadien.

Chaque dollar dépensé par les touristes rapporte près de 0,70 $ à l’économie québécoise.

Source : L’Alliance de l’industrie touristique au Québec