Les environnementalistes saluent l’annonce d’une consigne élargie

Tous les « contenants de boisson prête à boire de 100 millilitres à 2 litres en plastique, en verre ou en métal » seront frappés d’une consigne d’ici fin 2022.
Photo: Johan Ordonez Agence France-Presse Tous les « contenants de boisson prête à boire de 100 millilitres à 2 litres en plastique, en verre ou en métal » seront frappés d’une consigne d’ici fin 2022.

L’élargissement de la consigne à tous les « contenants de boisson prête à boire fait le bonheur de groupes environnementaux et citoyens, mais le malheur d’associations d’entreprises.

Parmi elles, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI) a réitéré jeudi son « opposition » à la promesse du gouvernement Legault d’instaurer une consigne sur plus de quatre milliards de contenants supplémentaires vendus annuellement au Québec.

En revanche, les partis d’opposition à l’Assemblée nationale ainsi que Greenpeace et Équiterre ont salué l’ambition du gouvernement.

Pour Greenpeace, il s’agit toutefois d’une « étape intermédiaire ». « Si le gouvernement Legault souhaite lutter efficacement contre la prolifération du plastique à usage unique dans l’environnement, il doit considérer des mesures plus ambitieuses, comme l’interdiction des bouteilles d’eau pour lesquelles il existe une alternative », a fait valoir Agnès Le Rouzic, de Greenpeace.

   

La promesse du gouvernement caquiste : tous les « contenants de boisson prête à boire de 100 millilitres à 2 litres en plastique, en verre ou en métal » seront frappés d’une consigne d’ici fin 2022. Les contenants de type carton multicouche — des berlingots de lait au chocolat Québon aux bouteilles de jus de pommes de 960 ml d’Oasis — seront visés par la consigne, mais seulement à compter de 2024.

« Des gens peuvent dire : “ C’est long. C’est un petit peu plus loin. ” Évidemment, il faut faire les choses dans l’ordre. Il faut y aller à un rythme où on s’assure que les acteurs embarquent », a fait valoir M. Legault en marge du caucus présessionnel de son groupe parlementaire à Saint-Sauveur. « C’est important en politique de ne pas aller trop rapidement », a-t-il ajouté.

La consigne sera établie à 25 cents pour les bouteilles de vins et de spiritueux et à 10 cents pour tous les autres contenants.

C’est une réforme qui était attendue par la population

M. Legault s’est félicité d’avoir fait « une annonce qui est bonne pour l’environnement », mais également « une annonce qui est bonne pour l’économie » dans la mesure où l’industrie disposera de plastique, de verre, de métal et de carton multicouche « moins contaminés par d’autres matières ».

« La consigne est un excellent moyen de garantir que nos contenants vides ne se retrouvent pas dans les sites d’enfouissement ou même dans nos cours d’eau », a poursuivi le ministre de l’Environnement, Benoit Charette.

La présidente-directrice générale de Recyc-Québec, Sonia Gagné, est aussi d’avis que l’élargissement de la consigne permettra en effet « d’aller chercher de la matière de qualité pour y trouver de meilleurs débouchés ». « C’est une réforme qui était attendue par la population », a-t-elle ajouté.

Responsabiliser l’industrie

Le gouvernement caquiste confie la responsabilité « financière, opérationnelle et communicationnelle » du nouveau système de consigne aux entreprises qui mettent en marché les contenants de boisson.

Pour forcer l’industrie à rentrer dans le rang, le gouvernement lui imposera des « pénalités » si 75 % des contenants consignés ne sont pas récupérés et recyclés en 2025 et si 90 % des contenants consignés ne sont pas récupérés et recyclés en 2030.

Des « points de dépôt » devront être « facilement accessibles » partout au Québec, a averti M. Charette.

« Je vous rassure, les citoyens n’auront pas à faire 10, 12 endroits. Ils auront à faire un endroit. Et, vraisemblablement, dans bien des cas, l’endroit où ils vont acheter les mêmes produits », a-t-il assuré à la presse.

L’industrie testera des récupératrices automatisées de bouteilles de plastique, de verre, d’aluminium et de carton multicouche, communément appelées « gobeuses », au cours des prochains mois. La « technologie » est disponible, a fait valoir M. Charette.

Pression populaire

Le chef du gouvernement a insisté sur le fait que la « pression » exercée par la population québécoise en faveur de l’instauration d’une consigne sur l’ensemble des contenants de boisson surpassait celle des groupes de pression de l’industrie.

« Il y a toujours des groupes de pression qui s’y opposent. Mais on a résisté. On a résisté parce que c’est le souhait de la population de vivre enfin avec des normes […] du XXIe siècle. […] La population peut changer les choses. Elle finit par mettre plus de pression que les groupes de pression. On y arrive aujourd’hui », a mentionné M. Legault.

Le gouvernement québécois a recueilli l’appui de la Société des alcools du Québec (SAQ), qui a longtemps opposé une forte réticence à l’idée d’élargir la consigne aux bouteilles de vins et de spiritueux, après lui avoir promis qu’elle ne serait pas tenue d’installer des gobeuses dans ses succursales.

« Où il y a de l’espace, on va pouvoir récupérer les bouteilles. Les endroits où il n’y en a pas, il faudra qu’il y ait à proximité un centre de récupération », a expliqué M. Legault.

La SAQ effectuera des tests dans la prochaine année. Elle implantera des gobeuses dans « quelques » points de vente « où l’espace le permet, à l’entrée de la succursale et aussi à l’extérieur à proximité » — dans le stationnement par exemple.

« On veut être efficaces », a déclaré Mme Dagenais dans une mêlée de presse. « [Actuellement,] la réutilisation du verre n’est pas un succès. 30 % de la matière est recyclé. On doit passer à autre chose », est-elle désormais persuadée.


Mieux comprendre le plastique

Le plastique dans l’environnement affecte les animaux, qui s’en trouvent parfois si remplis qu’ils souffrent de malnutrition. Mais qu’en est-il des humains ? L’omniprésence de microplastiques dans l’eau, l’air, la nourriture et le sol les affecte-t-elle ? Il semble que la science ne le sait pas encore.

Ottawa a dévoilé jeudi une vaste compilation de toutes les connaissances existantes à propos du plastique. À la lumière des données disponibles, les scientifiques concluent que « l’exposition aux microplastiques […] est peu préoccupante pour la santé humaine ».

Mais voilà : les recherches manquent sur le sujet. Aussi, Ottawa annonce un fonds de 2,2 millions de dollars pour financer dès juin des recherches visant à combler le déficit cognitif. On cherchera à documenter de manière plus uniforme la présence des microplastiques dans l’eau potable, les eaux usées après traitement, l’air, la chair animale consommée par l’humain et les aliments emballés. On veut aussi comprendre ce qui arrive au microplastique une fois ingéré ou inhalé par l’humain.

Le ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, promet qu’il n’attendra pas ces nouvelles recherches et ira de l’avant comme prévu avec l’interdiction des plastiques à usage unique d’ici 2021.

Le rapport d’Ottawa note par ailleurs qu’en 2016, seulement 9 % de tous les plastiques produits au Canada ont été recyclés, 86 % ont été enfouis, 4 % incinérés et 1 % rejeté directement dans l’environnement (soit 29 000 tonnes). Le secteur de l’emballage est responsable de 47 % des déchets plastique au Canada.

Hélène Buzzetti