Voyager gratuitement… ou presque

Grâce au cumul de points liés à des programmes de cartes de crédit, le «travel hacker» Jean-Maximilien Voisine a pu récemment faire un tour du monde en une semaine en enchaînant les escales de 24 heures à Boston, Copenhague, Istanbul, Kuala Lumpur, Singapour (en photo), Hong Kong, Osaka et San Francisco.
Photo: Roslan Rahman Agence France-Presse Grâce au cumul de points liés à des programmes de cartes de crédit, le «travel hacker» Jean-Maximilien Voisine a pu récemment faire un tour du monde en une semaine en enchaînant les escales de 24 heures à Boston, Copenhague, Istanbul, Kuala Lumpur, Singapour (en photo), Hong Kong, Osaka et San Francisco.

Voyager gratuitement : l’idée fait rêver. Et le rêve peut être bien plus près de la réalité qu’on ne le croit. Du moins si l’on se fie aux travel hackers, ces mordus du cumul de points liés à des programmes de récompense ou à des cartes de crédit.

En un an et demi, Pierre-Luc Vézina-Labelle a réussi à réunir suffisamment de points pour partir deux fois en voyage avec sa conjointe. Leurs destinations : la Louisiane, pour une dizaine de jours, et la Gaspésie, pour une semaine. Gratuitement ? Oui… enfin, presque.

Après quelques clics, les points — savamment accumulés — se sont transformés en vols d’avion, nuits d’hôtel, locations d’Airbnb, de voiture et frais d’essence. « Il ne nous restait plus que quelques activités et repas à payer », raconte celui qui se décrit comme un « travel hacker junior ».

« C’est vraiment une science. Il y en a qui maximisent encore plus que moi », laisse-t-il tomber. L’idée est simple : optimiser le retour sur chaque dollar dépensé. Mais pour y parvenir, il faut du temps et de l’organisation, puisque chaque point n’a pas la même valeur et que chaque carte de crédit n’offre pas le même retour sur investissement.

Une véritable science donc, qui, une fois maîtrisée, permet de faire fructifier son pactole de points jusqu’à atteindre une ristourne touchant les 5 à 10 % des dépenses effectuées. Voire plus pour les travel hackers expérimentés.

« J’estime avoir chaque année un minimum de 20 à 25 % de retour sur ce que je dépense », indique Jean-Maximilien Voisine, qui amasse avec une assiduité monacale les précieux points depuis une quinzaine d’années. Depuis quatre ans, ce travel hacker de haut niveau partage sur le blogue Milesopedia son expertise, ses astuces et ses stratégies pour voyager gratuitement… ou presque.

« Je tiens au “presque” parce que ce n’est pas complètement gratuit », soutient-il. En effet, certains frais persistent. Et pour maximiser les possibilités, il faut remiser sa carte de débit et accepter de débourser un peu plus en optant pour des cartes de crédit ayant des frais annuels plus élevés. Les points s’y multiplient plus rapidement et certains avantages, tels que l’accès aux salons des aéroports ou à des petits-déjeuners gratuits, deviennent alors accessibles aux voyageurs.

Se fixer un objectif

Avant de se lancer dans le travel hacking, il faut se fixer un objectif. « C’est important, puisque chaque objectif vient avec un plan de match », explique Pierre-Luc Vézina-Labelle. Partir à Disneyland en famille, faire une escapade d’amoureux à New York ou même se lancer dans un tour du monde : tout est possible, mais chaque objectif doit être accompagné d’une stratégie bien précise.

Certaines cartes de crédit permettent d’obtenir plus rapidement des nuits d’hôtel gratuites ; d’autres sont plus efficaces pour faire fondre la facture de transport. « Il faut y aller stratégiquement. Il ne faut pas prendre n’importe quelle carte de crédit ou accepter n’importe quelle offre qui vous tombe sous les yeux », souligne Jean-Maximilien Voisine.

Il faut y aller stratégiquement. Il ne faut pas prendre n’importe quelle carte de crédit ou accepter n’importe quelle offre qui vous tombe sous les yeux.

Des groupes Facebook permettent d’échanger sur les meilleures offres du moment. Et également sur les meilleures pratiques en matière de travel hacking, puisque plusieurs astuces permettent de faire grimper plus rapidement le solde de points. La principale : toucher les fameuses primes offertes en demandant une nouvelle carte de crédit.

« La stratégie, c’est d’essayer de passer comme un nouveau client plusieurs fois, explique Pierre-Luc Vézina-Labelle. On annule la carte, on se fait oublier de la compagnie pendant six mois et on revient comme nouveau client pour recevoir à nouveau la prime. »

Autre astuce : certaines cartes de crédit offrent davantage de points pour certaines dépenses, par exemple l’épicerie ou l’essence. « J’ai une carte de crédit qui donne cinq fois plus de points pour l’épicerie, poursuit-il. J’achète donc des cartes-cadeaux en épicerie — par exemple une MasterCard prépayée que je peux utiliser n’importe où et pour n’importe quelle dépense —, ce qui me permet de bénéficier encore plus de cet avantage. »

Photo: Pierre-Luc Vézina-Labelle Pierre-Luc Vézina-Labelle et sa conjointe ont voyagé en Louisiane (en photo) et en Gaspésie presque gratuitement au cours des deux dernières années.

Au moment de dépenser ses points, il faut également bien évaluer la valeur de ceux-ci. « Je me sers de mes milles Aéroplan pour effectuer des voyages en classe Affaires à l’autre bout du monde puisque ça me procure un énorme retour, explique Jean-Maximilien Voisine. Mais pour ceux qui utilisent leurs milles Aéroplan pour acheter des cartes cadeaux, les milles valent beaucoup moins. »

Avoir une bonne organisation

Être un travel hacker implique donc d’avoir un portefeuille bien garni en cartes de crédit. Certains en ont une dizaine en roulement. « Il faut faire attention à l’effet que ça peut avoir sur la cote de crédit, pointe Pierre-Luc Vézina-Labelle. On ne recommande pas de faire ça quand on veut obtenir une hypothèque dans la prochaine année. »

Il est également primordial de payer assidûment son solde de carte de crédit, affirme Jean-Maximilien Voisine. « On ne se lance pas dans ce hobby si on a des dettes. C’est très important de payer tous les mois. » Et il faut éviter le piège de dépenser plus que ce que l’on ferait normalement afin de cumuler plus de points.

Investir du temps

Pour parvenir à bien naviguer dans ce système — où les informations sont souvent difficiles à obtenir —, un important investissement de temps est nécessaire. La plupart des travel hackers consacrent plusieurs heures par semaine à leur hobby. « C’est certain que ça demande du temps, mais ça devient une passion pour plusieurs d’optimiser la façon de gérer leurs dépenses », soutient Jean-Maximilien Voisine.

Grâce au cumul de points, celui-ci a pu faire un tour du monde en une semaine, la semaine dernière, enchaînant les escales de 24 heures à Boston, Copenhague, Istanbul, Kuala Lumpur, Singapour, Hong Kong, Osaka et San Francisco. Le tout contre 150 000 milles Aéroplan (qu’il estime avoir amassés après avoir dépensé environ 600 $ pour obtenir diverses cartes de crédit) et 200 $. « Je n’encourage pas mes lecteurs à faire ça, soutient celui qui vit désormais des commissions qui lui sont versées sur les cartes de crédit souscrites à partir de son site Internet. Mais c’est un exemple de ce qu’il est possible de faire avec des programmes de récompense. »