Pourquoi les véganes ne sont pas écolos, selon Paul Ariès

«L’élevage fermier n’est pas responsable du réchauffement climatique», croit Paul Ariès.
Photo: Guillaume Souvant Agence France-Presse «L’élevage fermier n’est pas responsable du réchauffement climatique», croit Paul Ariès.

Pour la plupart d’entre nous, le véganisme est apparu il y a quelques années à peine. Pourtant, c’est un courant beaucoup plus ancien, dont les théoriciens, notamment le philosophe australien Peter Singer, ont formulé les thèses antispécistes il y a plusieurs décennies. Le Devoir est allé à la rencontre de personnes aux voix opposées pour faire le point sur ce sujet qui polarise. Point de vue du politologue français et historien de l’alimentation Paul Ariès, qui publiait en janvier l’ouvrage Lettre ouverte aux mangeurs de viande qui souhaitent le rester sans culpabiliser.

Comment en êtes-vous venu à vous intéresser au véganisme ?

J’ai publié il y a 20 ans un ouvrage sur la libération animale. J’ai très vite découvert que derrière ces réseaux se trouvait une idéologie solide, telle que la développent des philosophes, principalement anglo-saxons. Je pense à Peter Singer, considéré par le quotidien The Independent comme le philosophe le plus influent de notre siècle, auteur du livre manifeste Libération animale dont les thèses sont terrifiantes.

L’idée de l’égalité entre les animaux, humains compris, peut sembler sympathique. Sauf si elle conduit à remettre en cause l’égalité entre tous les humains. Singer nous dit en effet qu’à cause de sa capacité à ressentir la souffrance, un chiot valide serait plus digne de vivre qu’un nourrisson, un grand handicapé ou un vieillard sénile. « Je ne pense pas que tuer un nourrisson soit jamais l’équivalent de tuer une personne », déclarait-il à la revue La Recherche.

Si je suis anti-végane ce n’est donc pas pour défendre mon bifteck, mais l’unité du genre humain. C’est aussi pour défendre le droit à la vie des animaux d’élevage, mais aussi domestiques et même sauvages, contrairement aux thèses que prônent les véganes les plus conséquents.

On confond souvent le véganisme et le végétarisme. En quoi sont-ils différents ?

Les végétariens refusent de consommer de la viande. Les végétaliens refusent également de consommer les sous-produits animaux (miel, beurre, lait, oeufs). Les véganes vont jusqu’à refuser la laine, le cuir, les chiens d’aveugles et la dératisation. Bref, tout ce qui cause de la souffrance animale. Ils oublient pourtant que l’agriculture tue 25 fois plus d’animaux que l’élevage.

Le véganisme n’est pas une façon plus moderne de se dire végétarien ou végétalien. Le véganisme est une idéologie politique totalitaire bien avant d’être un régime alimentaire. Il est le cheval de Troie du courant antispéciste et l’idiot utile des biotechnologies alimentaires.

Le véganisme serait donc contre l’écologie ?

Les véganes conséquents le disent ouvertement : ils ne sont pas écolos. Ils haïssent l’écologie et les écologistes. Déjà parce que le symbole de la nature est la prédation et que la prédation humaine n’est qu’une goutte d’eau face à la prédation animale (le lion mange la gazelle, le chat la souris). C’est pourquoi certains véganes proposent même de modifier génétiquement les espèces animales, voire d’éradiquer les espèces prédatrices.

Les véganes ne sont donc pas du côté de la défense de la biodiversité, mais de sa réduction. Tous les véganes veulent supprimer les animaux d’élevage. Certains envisagent de supprimer les animaux domestiques, d’autres souhaitent même éradiquer les animaux sauvages, car la vie dans la nature serait d’abord une souffrance.

En quoi le véganisme est-il inséparable de l’agriculture industrielle ?

Les véganes ne pensent pas en termes d’écosystème et d’espèces, mais d’individus. Ils ne sont pas du côté de l’agriculture paysanne et de l’élevage fermier, mais du productivisme industriel. Ils ont tout faux au regard de la situation planétaire. L’élevage n’est pas en soi responsable de la faim dans le monde. La première cause de la famine, c’est la destruction des agricultures vivrières, c’est le fait de breveter le vivant, c’est l’achat des terres en Afrique, c’est le gaspillage alimentaire.

L’élevage fermier n’est pas responsable du réchauffement climatique. Une prairie avec ses vaches n’est pas une source, mais un puits de carbone. Une prairie d’un hectare absorbe chaque année une tonne de CO2. L’élevage n’est pas non plus responsable de la crise de l’eau potable. Les véganes disent qu’il faut 15 000 litres d’eau pour produire un kilo de boeuf, mais ils confondent l’eau potable réellement consommée (3 %) ; l’eau sale qui sert à l’assainissement des installations (3 %) et l’eau de pluie qui se trouve dans la prairie (94 %).

L’agriculture végane serait d’ailleurs incapable de nourrir huit milliards d’humains. La seule solution pour remplacer le fumier animal serait d’utiliser toujours plus d’engrais chimiques et de produits phytosanitaires, bref tout ce qui détruit la terre et l’humus.

D’où vient cet engouement pour le véganisme ?

Les grandes utopies politiques du XXe siècle sont en faillite, or la nature a horreur du vide. L’antispécisme est une idéologie prête à l’emploi pour des générations qui ne croient plus au paradis sur terre. Elle est surtout caractéristique des milieux bobos, c’est-à-dire urbains. Un phénomène lié à la perte de nos liens avec les animaux. Le véganisme a incontestablement une dimension religieuse. Il raisonne en termes de Bien et de Mal et appelle à une forme de conversion.

Végétarien, végétalien ou végane ?

Si végétariens, végétaliens et véganes ont pour point commun de ne pas consommer de viande, leurs habitudes alimentaires diffèrent tout de même quelque peu.

Végétarien
Il s’agit d’une personne qui ne mange aucune chair animale, donc ni viande rouge ou blanche, ni poisson ou fruits de mer.

Végétalien
En plus de rejeter la viande, le poisson et les fruits de mer, un végétalien va supprimer de son alimentation tous produits d’origine animale. C’est-à-dire les oeufs, les produits laitiers ou encore le miel par exemple. Son alimentation n’est constituée que de végétaux ou de produits d’origine végétale.

Végane
Plus qu’une pratique alimentaire, le véganisme est un mode de vie. C’est-à-dire qu’en plus d’exclure de son menu tout produit d’origine animale, un végane va adopter un mode de vie respectueux des animaux. Il n’utilisera aucun objet, accessoire, vêtement ou produit domestique issu des animaux ou de leur exploitation. C’est-à-dire la fourrure, le cuir, la laine ou encore les produits cosmétiques qui ont été testés sur les animaux, par exemple.
25 commentaires
  • Simon Dubeau - Abonné 4 mars 2019 09 h 30

    Article tendancieux

    Sous cette forme et par son utilisation de très nombreux racourcis, cette entrevue pourrait probablement faire l'objet de poursuite légale pour incitation à la discrimination et à la haine envers les véganes.

    • Nadia Alexan - Abonnée 4 mars 2019 10 h 28

      Je suis d'accord avec vous, monsieur Dubeau, l'article de Monsieur Rioux est biaisé, avec beaucoup d'erreurs factuelles. Je voix rien de mal dans la volonté de réduire la souffrance des animaux et notre empreinte de CO2.

    • Ghislaine Gendron - Abonné 4 mars 2019 13 h 34

      "poursuite légale pour incitation à la discrimination et à la haine"??? Vous rigolez là ? Incitation "à la discrimination" , tout d'abord, ça n'existe pas. Ensuite, "incitation à la haine" , je vous suggère d'aller lire l'article de la loi.

      Que vous ne soyez pas d'accord avec l'article, c'est une chose et ça se défend. Mais vraiment ? Une poursuite pour "incitation à la haine evers les végans" ? Vous n'êtes sûrement pas sérieux....

    • Pierre Cloutier - Abonné 4 mars 2019 13 h 36

      Monsieur Dubeau : Dites-le donc, Christian Rioux est véganophobe. Pour vous il est interdit de critiquer cette pratique extrême ? Je suis aussi, dans ce cas, véganophobe parce que je suis avant tout contre le fanatisme, le dogmatisme et toutes formes de démagogie.

    • Jean-Charles Morin - Abonné 5 mars 2019 14 h 58

      Sans offrir la moindre preuve de ce que vous avancez, c'est plutôt vous qui, par vos affirmations gratuites, donnez dans la libelle diffamatoire.

  • Stéphane Groleau - Inscrit 4 mars 2019 09 h 51

    Beaucoup de faussetés dans cet article...

    Il faudrait faire une différence entre la France et le Québec! Au Québec, le mouvement végane s'intéresse à l'écologie, contrairement à ce qui se passe en France. Et encore là, il ne faut pas généraliser. Paul Ariès devrait lire cet article: https://www.veganequebec.net/spip.php?article521

    De plus, l'article contient de nombreuses faussetés. Par exemple pour la quantité d'eau, ce n'est pas les "véganes" qui disent ça! C'est l'organisme international Water footprint! https://waterfootprint.org/en/water-footprint/product-water-footprint/water-footprint-crop-and-animal-products/

    Contrairement à ce que dit Ariès, oui, il faut considérer l'eau de pluie qui tombe sur les prairies, car cet espace de terre est consacré à l'élevage. Cette eau et cet espace servent donc à l'élavage plutôt qu'à la production d'aliments pour consommation humaine. De toute façon, c'est la même méthode de calcul pour les cultures végétales. L'eau de pluie est considérée dans les calculs, tout comme l'eau grise engendrée. C'est la façon de faire pour pouvoir comparer sur les mêmes bases et prendre tout en considération. Il faut éviter de prendre juste ce qui fait notre affaire.

    Et concernant nourrir 8 milliards d'humains, oui c'est possible et c'est même autant, sinon, plus production de cultiver de manière végane. Il devrait lire cette étude sur la productivité des fermes véganes réalisée sur une petite ferme québécoise : https://humaneherald.files.wordpress.com/2018/12/The-productivity-of-vegan-organic-agriculture.pdf?fbclid=IwAR0r9iY0hy-ivb0uK9eo6WIT9LM5reHfQNsZQPtHEzw6BjYLOSM2EkP5gO4

  • Monique Lavallée - Abonnée 4 mars 2019 10 h 01

    Manque de rigueur

    Je suis une étudiante au baccalauréat en sciences biologiques à l'Université de Montréal et je constate que votre article comporte certaines abérrations. Quelles sont les sources que vous avez utilisé pour écrire ce texte? Certains éléments sont erronés. Par exemple: "Une prairie avec ses vaches n’est pas une source, mais un puits de carbone. Une prairie d’un hectare absorbe chaque année une tonne de CO2". Il est vrai qu'une prairie est un puit de carbone due à la surface végétale faisant la photosynthèse. Par contre, s'il y a des vaches qui la piétiennent, les plantes n'étant pas cachées par celles-ci ont une capacité de photosynthèse grandement réduite. De plus, les vaches, par leurs flatulences, produisent du méthane, un gaz à effet de serre encore plus puissant que le CO2.

  • Martine Dupont - Abonné 4 mars 2019 10 h 03

    Crédible?

    Cet individu que vous avez interviewé manque de nuances et de crédibilité. Il serait pertinent qu'il continue à s'informer sur le sujet.

  • Louise Melançon - Abonnée 4 mars 2019 10 h 05

    Très intéressant...

    Encore une fois, un mouvement totalitaire naît par manque d'équilibre dans l,analyse de la réalité... les extrêmes basculent en dehors de la réalité.

    • Françoise Labelle - Abonnée 5 mars 2019 06 h 42

      Lisez la définition de végane dans l'encadré et dites-moi entre quelles lignes vous voyez le spectre de Paul Pot?
      Qu'un individu ait tenu des propos extrêmes (ou qu'on lui ait attribué ces propos), en généralisant à tout un groupe, vous basculez dans le sophisme. Parfois je mange de la viande et parfois non. Avec l'âge, de moins en moins.